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Full text of "Relation de ce qui s'est passé en la Nouuelle France, es années 1640. et 1641. Enuoyée au r. pere prouincial de la Compagnie de Iesus, de la prouince de France."

-- >4/t£**&-:' ''JET ? 



im: 



RELATION 

DE CE QVI S'EST PASSE' 
EN LA 

NOVVELLE FRANCE, 

ES ANNE'ES 1640. ET 1641. 

Enuoyée au R. Père Prouincial de la 

Compagnie de Iesvs, de la 

Prouince de France. 

Parle P. Barthélémy Vimont delà me/me 
Compagnie, Supérieur de la Rejldence de Kebec. 




A PARIS; 

Chés Sebastien Cramoisy, Imprimeur ordinaire 
du Roy , rus S. Iacques , aux Cicdgnes. 

M. DC XL II. 

AVEC PRIVILEGE Ç V ROT. /- 




T AB LE 

DES. CHAPITRES 

CONTENVS EN CETTE. 
Relat ion. 

EU Refidence de No- 

[ jtre Dame de Recou- 

uranceà Kebec.&'du 

Séminaire des Vrfk- 

lines > Chapitre I. page / 

De la Refidence de Sainfî lojefh 3 

Chap. II. 17 

Continuation de ce qui sefifafé 

entre tes Saunages de la Refi- 

a ij 




TA BLE 
dencedeSJofeph.Ch. III. 34 . 
De quelques b apte fines plus fi- 
gnalés,en la Refidence de SJo- 
y?/4Chap.IV. + 9 

Du baptefime d'<vn îfuron *en la 
Refidence S. Iofeph, proche Ke- 
^GChap.V. 7? 

De l'Hofiital, Chap. VI. 8 y 
De la Refidence de la Conception, 
aux Trois Riuieres 3 Ch. VII . 
106 

De quelques baptefimes en la Re- 
fidence de la Conception , aux 

Trois Riuteres, Ghap. VI 1 1. 
/// 

De laprifie de deux François, con- 
duit s au pais des Hiroqucis^ 
de leur retour aux Trois Ri- 
uieres 3 Chap.IX. jjtf 

De la deliurance des prijbnniers 



DES CHAPITRES. 

François , & du fourfarler de 
faix , auecles Hiroquoù, Cha - 
pic. X. IJ3 

De la guerre des Hiroquois*^ 
Ch.XI. nf 7 

D'vne Miftonfaiteà Tadouf 
y^Chap.XÏI. 182 

Des bonnes ejperances 3 & des 
objlacles , de la conuerfion des 
Saunages ,Ch.XIII. 



202 



a u; 



— ■ 



T AB LE 
DES CHAPITRES 

contenus en la Relation 3 de 
ce qui s'eft palTé dans le pais 
des Hurons, depuis le mois 
de Iuin de Tannée 1640. iuf- 
ques au mois de Iuin 1641. 

\E ïejtat gênerai du 
Chrifiianifme en cescon» 
trées 3 Ch.I. y 

*De la Rejîdence fixe 3 & JMipon 
de S ain aie Marie x Ch.IL' 12 
JDe la Alifïon de la Conception 
aux Attign^intans , ou Na- 
tion des Ours 3 Ch. Il I. 77 ; 
Des Mlfions de S. loftph aux 
Attinguccnongnahak 9 & de 




DES CHAPITRES. 

S. Jean Bapifte aux Arend* 

trônons P Ch. IV. jj 

De la Mifion des Apflres aux 

Khionontatchronons 3 ou Na* 

tion du fetun 3 Ch, V. jp 
De La Aîipon des Anges aux 

Attm andarons 9 ou Nation 

neutre >Ch. VI. 
De la Mifôon du Saintf EJprk 

aux Nipjtriniens ,Ch. VIL 



4F 



PERM ISSION D'IMPRIMER. 

NOus Iacque s Dinet, Prouincial de la 
Compagnie de iEsvs^en la Prouince 
de France^ fuiuant le Priuilege qui nous a 
efté o&royc par les Roys Très Chreftiens 
Henry III. le 10. May 1583, Henry IVY 
le io. Décembre 1605. & Louys XIII. à 
prefent régnant , le ï\ï Février 1612. par 
lequel il cil défendu à tous Libraires &C 
Imprimeurs, de n'imprimer aucun Lîure 
deceux qui fontcompofés par quelqu'vn 
de noftre Compagnie , fanspermifîion des 
Supérieurs dicelle : Permettons à Seba- 
flien Cramoify Marchand Libraire , &c 
Imprimeur ordinaire du Roy , d'imprimer 
la Relation de ccquiseft paféenla 2{ouueI/e 
France Jsannés 1640.^ 1 641. tant de fois, 
& en telle forme &: cara&ere que bon luy 
femblera , auec pouuoir auffi d'imprimer 
toutes autres Relations de ladite Nouuel- 
leFrance,qui feront enuoyéesdepardeça. 
En foy dequoy nous auons fignélaprc 
fente: A Paris ce 20. Décembre 1641. 

Iacq^ves Dinet. 



RELA* 




RELATION 

DE CE QVI S'EST PASSE' 

en la Nouuelie France, es 

années 1640. & 1641. 

On R. pEREi 

le fais quafi comme ce- 
luy j qui ayant eferit fe$ 
lettres>en eftoit luy-mef- 
me le porteur :Iay tracé 
en la Nouuelie France les Chapitres fui- 
uans y&c iè les viens moy-mefme prefen* 
ter à V.R. La flotte qui a fait trauerfer 
l'Océan à ce peu de lignes 5 nous a embar- 
qués trois de noftre Compagnie , le Père 
Nicolas Adam , que la charité, de V, R. a 
ï'appellé pour les infirmités, le Père Ciau* 

A 




m 



i Relation de la Nouuelle France, 
de Quentin , qu'elle a auffi mandé pour 
trauaiiler aux affaires de Ja Million : Et' 
moy qui parois fans cftre attendu, mais 
non pas fans ëftre enuoyé. Monfieur le 
Cheuahcr de Montmagny noflre Gou- 
uerneur, les principaux François de noflre 
Colonie, le R. P. Vimont noftrc Supé- 
rieur, & tous nos -Pères les Sauuages mef- 
mes m'ont condamné d'entreprendre ce 
voyage pour le bien jpoblic & commun. 
Nous eftionsquatre vaifîeaux de compa- 
gnie commandés par le fieur deCourpon, 
homme vaillant & bon nauigateur : Vne 
tempefte nous fepara au fortir du golfe de 
faind Laùrens -, de forte que nous né nous 
fommes point veus depuis , ny rencontrés 
en mer. Lé vaifïeaUqui portoit le Père 
Claude Quentin ayant pris la manche de 
iain £t Georges pour celle qui fepare l'An- 
gleterre de la France , a demeuré long, 
temps fanspàrôlftrevmais enfitf Ï5ieu l'a 
conduit à bon port. Nous rencontrafm es 
âlix approches des terres vn grand malt, 
■Se d'autres pièces dii débris de quelques 
nauires perdus aux codes de France ou 
d'Angléterre.Quoy que c'en foit,îe ne voy 
ifim feul bien fur la mer, c'eft que vous 



m 



de tannée 1640. &té^u 5 
cft es à tous moments dans vile dépendan- 
ce de Dieu plus grande & plus immédiate» 
pour ainfî dire $ &: par confequent plus 
douce que fur la terre : Mais pourfuiuons 
' noflre route, V.R. verra dans la fuiteede 
ce difeours ^ comme Dieu va exauçant les 
grandes prières qu'on fait pour les pauure$ 
Sauuagcs , comme il va beniffoxit les fe- 
cours qu'on leur donner mais elle verra auf- ; 
ii comme les Damons ne dorment pas, 
comme ils s'efforcent de tout "perdre > ces 
maudits efprits voyans que leurs anciens 
fu jets les quittent, que les âmes fain6fces, 
& que les grands delà terre Se bien chéris 
du ciel", s'employent pour faire ouurir la 
porceàrEuangiiedansde vaftes contrées 
que nous découurons tous les iours , rem- 
plies de Nations bien peuplées , 8c toutes 
fedentaires , arment tous leurs fuppofts 
tant qu'ils peuuent, pour détruire ce qui eft 
fi faindement commencé, pour ruiner la 
Colonie Françoife , & pour fermer toutes 
lesauenuësde falut à toutes ces âmes qui 
n'ont iamais ouy parler de Icfus-Chnft. 
Les Chapitres fuiuans feront voir les 
grandes oppofuions qu'ils nous forment, 
Cependant ie confoieray vpftre R. l'aflu- 

A i J 






4 Relation de la Nouuelle France' 
ranc qu'elle a des fujecs en ce Nouueau 
Monde, qui courent à grands pas à la fain- 
&eté : Dieu leur dépare fes faueurs en 
abondance , les difficultés les animent, la 
difette eft leuttrefor, les dangers leuraf- 
furance , les fouffrances leurs délices , la 
mort en la Croix leur attente, & le Dieu 
des viuans leur grande.recompenfe. I'cf- 
perequîauffi.roftqueiemeferay acquitté 
de ma commiffion , V. R. mc donnera 
mon Pafleportpour retourner en ce Nou- 
ueau Monde, Se mourir dans vn nouueau 
pais, ou parmy ces bons Néophytes qui 
m'ont rauylecœur par leur pieté, & par 
leur deuotion ; ie les recommande tous , 
&touslesouuriersdel'£uangiie, & tou- 
te la Colonie Françoife , à (es fainds Sa- 
crifices^ aux prières des amesfainftes, 
qmhonorentktres aimable Iefus. 



De y. R„ 



Très- humble «r.obciflant feruitetu ea 
ooftre Seigneur, Paul le Ieune. 



de tannée 1640. (§f 1^41. 




De la Refîdence de Nojîre-Dame de 
B^ecoHurance à Kebec,& da Sé- 
minaire des Vrjtilines. 

Chapitre Premier. 

'Eft en ce Chapitre que ie 
deurois parler de la vertu 
de nos François , mais il 
fuffît de dire , que la paix> 
le. repos, & la tranquillité 
que nous pofledons, & le bon exemple 
de ceux qui nqus commandent, auecle- 
loignement des occafions du pèche, nous 
mettent dans le chemin du Ciel fans 
grande recherche : fî bien que fi quel- 
quVn de ceux qui meurent en ces con- 
trées, fe damne, iç croy qu'il fera dou- 
blement coupable : car tout nous porte 
à la Vertu, & le chemin du yice eft icy 
tout plein de honte , &c de vergongne, 
c'eft aflezpour cet article. jj'Difons deux 
mots du Séminaire des Mères Vrfulines. 
Deux braues filles armées d'vn bon dot., 

A iij 



6 ' 'kéîàtton de la Nouuelle France, 
pour ayder à baftir laMaifon qu'elles font 
commencer cette année à Kebec 5 & qui 
leur couftera bon,feroient bien receiies en 
leur Monaftere qui renferme plus de ioye 
dans fon petit pourpris , que les Palais 
des Cefars dans leur grande eftenduë. On 
dit.qba peine fe trouuera-t'il des filles 
fepulieres qui veuillent porter leurs jbiens, 
& pafler leur vie en ce Nouueau Monde, 
foit parmy lesFilles de laMifericorde dans 
l'Hofpitàl,foic danslamaifon des Vrfuli- 
nes •Qi\°y donc? eft^il pofîibîe que tout ce 
qu'il y auoic de filles genereufes en lan- 
cienne France, foie paffé en la Nouuelle? 
Saju'il ne fecrouue plus de cœurs afféshar- 
dis,pour fuiure les veftiges de ces premiè- 
res Amazones? c'eft ce que ie ne puis 
croire 5 du moins puis- je affurer que fi 
on vouloit des Religifeufes profefTes > 
qu'on en trouuerôit dix pour vnc : Quy* 
mais elles manqueraient d'employé non 
pas fi les Sauuages s'arreftent 3 comme 
ils s'y prennent fort bien , Dieu mercy* 
Madame de la Peltene qui avn cœur 
vrayement généreux j &: toutes fes filles 
font leur poifible pour auancer ce def- 
fein 5 auilî me femble-iïl que noftre 



de l'année 1640, & 16 4L 7 
Seigneur les fauorife : car, il Te rrouue 
quelques perfonnes en France de mérite 
& de vertu, qui prennent cette deuotion, 
vrayement chreftienne , de marier quel- 
ques Seminariftesjils enuoyencpar exem- 
pic, cent efeus pour luy faire vne petite 
maifonnette, &c voila vne famille arreftée, 
auec quelque autre aide qu'on luy donne, 
de cultiuer vn peu de terre pour fon viure. 
Ils ont quatre Semijnariftes quaii toutes 
preftes à marier ,ie prie Dieu qu'il les fa- 
uorife d'vn heureux rencontre. Si cette 
pieté touche le cœur dcpiuiieurs, les Sau- 
uages quitteront les bois pour nous venir 
iomdre , Se les parens donneront leurs en- 
Tans au Séminaire , pour pouuoir entrer 
dans ces maifons , &c pour ioiiyr de cette 
aumofne enregiftrée dans les cahiers du 
grand Dieu. 

Au refte , l'occupation de ces bonnes 
Mères efttres-vtile 5 & le fera èncor plus 
dorcfnauant , quand elles feront bafties* 
Outre les petites Françoifes qu'elles in- 
ftruifent? elles ont de petites Senûnariftes 
fedentaires j ces enfans feront bien plus 
fermes en lafoy que les autres,* car elles 
font dans vne continuelle inftru&ion , el« 

A iiij 



8 "Relation de la Nouuelle France 
les ne voyent rien qui ne les porte à la 
vertu. Nous auons marié cette année 
Magdeleine de fainét Iofeph AmhWian, 
tirée de leur Séminaire ; Cette jeune fem- 
me fortit 'bien couuerte de leurmaifon , 
les Mères luy donnèrent fon petit ameu- 
blement j bien- toit après elle donna des 
preuues d'vne foy viue & animée de ia 
charité , eftant aux trois Riuicres elle fur 
recherchée &: follicitée de plufieursiéunes 
hommespayens;maisfaconftance les re- 
butta, & fit voir que Jefus-Chrift a des 
grâces plus fortes que la nature : comme 
elle vit que certains Jongleurs fouffloient 
& chantoient vn fien frère malade , elle ne 
fit quepleurer : fi toft qu'on eut chafTé ces 
Charlatans , iapauure enfant fe mit à rire> 
témoignant par fes larmes l'horreur qu'el- 
le auoit de leurs anciennes fuperftitions» 
& montrant par faioye le plaifir qu'elle 
prenoit devoir fon frère dans les penfées 
d'auoir recours à Dieu, Elle porte le nom 
de la BrMeie Magdeleine de fainél Iofeph 
Carmélite , cette ame faincte honorée 
de Dieu par plufieurs miraicles , a procuré 
fur la terre le dot du mariage de cette ieu- 
ne Néophyte , ie né doute nullement 



de tannée 1640 & 164.1. 9 

qu'elle neparlepuiflammentpour elle de- 
dans les deux, 9i pour ceux qui trâuaiilent 
en cette vigne, qu'ellea tant chérie. 

OutrecesSeminariftes arreftées , nous 
en enuoyons d'autres paffageres, veftuës à 
la Saunage, qui demeurent quelque temps 
en cette petite maifon , pour y eftre m- 
ftruites fur les Myfteres de noftre créance. 
Gesieunes filles ayant pris quelque bon- 
ne teinture en cette Maifon , s'en retour- 
nent par après chés leurs parens. Quand 
ces bonnes Mères feront logées plus au 
large, elles auront encor vne autre occu- 
pation, les filles Se les femmes qu'on vou- 
dra baptifer, iront paffer quelque iours de- 
uant leur baptefme en leur Monaftere, 
pour y apprendre auec plus de repos la do- 
arinede lefus-Chrift; voire mefme les 
Néophytes y pourront aller , pour fe pré- 
parer plus fain&ement à la fainfte Com- 
munion: Or encor qu'elles foient logées à 
l'eftroit , elles ne biffent pas d eftre fou- 
tient vifitées par de bonnes femmesSauua. 
gespreffées de la faim , les Mères les font 
prier Dieu, leur difent vn bon mot, les 
font manger, puis les renuoyent auec cet- 
te double aumofne: Mais defeendons plus 




r- ■ ' ' v 

io Relation delà NouneUe France 

enparuculier.&difonsdeuxmotsdespe- 
tices Scmmariftes , fuiuant le mémoire 
que leur, bonnes Mères m'ont cnTé 

Ces Petites créatures ont vn fi grand dc- 
fir de fc faire inftruirc S ac 

elles manquent à leur deuoir . & fi '/ 

Dard™ v a / en ° UX P ° Ur en ^mander 
Fi don. Vn de nos Pères eitanc defeendu 
« Printemps à Tadouflàc, à la requefte 

mmanfies luy efenuirent de leur propre 
mm .témoignant d'vn cofté vne Lnd c 

co^olaaoadecequ'ninftru.foifleurs 
compatriotes , & de i autre vn ^ £g 

f° n r ^ u r ; Ie Pc «Jcut ces deux leur en 

2 £UrS enf r S L eftoicnt capables du 
Maffinah.gan auffi bien que les noftres ; 

tous coftes , es regardoient auec attention 

commesilsleseulTentpûlire.ilsfairoienc 
dire&red.recequi eûoit couché dedans, 
bien .oyeux de vo ir que noftre papier par- 
loueur langue car ces enfans efcriuoienc 
^ Sauuage. Ccft vn plaifir de voir les 



de ï année \è^o. éri64i* n 
filles plus grandelettes& les mieux inftrtû- 
tes,s'accofter des Seminariftes païragerest 
leur expliquer là do&rine de lefus-Chrift , 
feferuirdesmefmes interrogations qu'on 
leur fait, déchiffrer vne image, raconter 
gentiment vne hiftoire, &: fc concilier fat* 
tention de celles qui les écoutent. 

Silesa&ions extérieures font des indices 
des mouuemens K des affe&ions du cœur, 
ces enfans croiffent tous les iours 'en la de- 
uotion Se en la vertu, elles font tous les 
foirsf examen deleurconfcience , &: s'en- 
tr aduertiflênt auec paix de leurs petits de- 
fauts i elles ont vn très-grand foin de re- 
chercher leurs offenfes quand il fe faut 
confeffer ; il y en a vne qui na pas plus de 
huift ans, qui parle aux plus petites , les 
aide à s'examiner , &: leur recommande 
fur tout de ne cacher aucun péché. le puis 
rendre bon témoignage de kur confeien- 
ce ^ mais 1e puis aflurer auec fincerité , que 
ie n'ay entendu aucun enfant François de 
leur âge, ny deçà ny delà l'Océan, qui pu- 
urit fon cœur plus nettement 5 & qui en re- 
connût mieux les petits plis 8c replis.; en 
vn mot, 1 les Saunages fe confeffent par- 
faitement bien s c'eft chofe admirable 




Il Relation de la Nouuelle France* 
comme ils concernent Vira porcance déce 
Sacrement, cela ma par fois donné de 1 %. 
tonnement , de voir que les barbares con- 

ve°û£nr <ÎUeleSlleredgUCSi S norcn ^« 
veulent ignorer. 

La veille : dcrAffomption de la fainde 
Vierge s vn Père ayant ouy enconfeffion 

IapemeAnneMarieNegabamat, cette 
enfant luy du après l'abfolucion , #rât 
eapttch ni-^icb ùjfctmi -, Mon père ,i e 
veuxeoufiourseure vierge, ne me fù tei 
pointfomrdecetteMaifon.ie defire dV 
demeurer toute ma vie.fes paroles cou- 
chèrent le Père , fe reflbuuenanc des refî. 
fiances qu elle luy auoit faites, iufques là 
qu il la prit vne fois , & fit fcmblant de la 
jeteerdans la riuiere, voyant qu'elle ne 
vouioitpas obeïr àfes parens , qui Juy 
commandoient de demeurer auec ces 
bonnes Filles. 

Agnes Chab*ek*echich entendant 
parler la Mère Supérieure des grandes 
fouffrançes de nolrre Seigneur , décria; 
nclas I s .In euft payé pour nous , nous fe- 
nonstombéesau feu après noftrcmort, en 
vente le l'aime plus que mov-mefme ; les - 
autres témoignèrent au/Tz qu'elles l'ai- 



de l'année 1^40. (§^\C^i. 15 

moientrquelquVne s'enqueAafî Dieun'e'- 
ftoit pas ailes bon pour pardonner aux 
mcchans Manites, la Mère leur répon- 
dit 3 que les Démons eftoient fupeibes* 
& que s'ils fepouuoierit humilier que Diçu 
leur feroit mifericorde. 

iLes grandes neiges 8c les froids tous 
glacés ne font pas capables d'éteindre i ar- 
deur d'vne ame qui aime Iefus- Chnfb 
Madame de la Pelterie^qui n'a point de 
confolation plus fenfible que de vifucr les 
Sauuages 5 s'envintà S. Iofeph au trauers 
des neiges pour affilier à la Meffc de mi- 
nuit auec les nouueaux Chreltiens,ellc a- 
mena auec foy deux ou trois SemmarifteSj 
ces enfans eftansde retour en la Maifon, 
Agnes fe mit à raconter ce qu'vn Père 
auoit dit de la Naiflfance du petit Iefus * 
en la Prédication qu'il fitauxSauuagesfur 
ce Myftere 5 elle exprimoit les geftes , di- 
foit la Mère Supérieure , monftroit le re- 
but que les Bethleemites faifoient de la 
fain&e Vierge, auec vne indignation con- 
tr'eux >& vne compaffion pour la Mère Se 
pour l'Enfant, elle décriuoit le paie Iefus 
dedans facreiche aucc àcs paroles qui ac- 
lendnflbienc les bonnes Mères. 




T4 Relation de UN ouuelle France^ 

On auoir drefîedansle Séminaire vne 
petite creiche, les enfans ne ceflbienc 
d'aller voir le petit Iefus qui y rcpofoit , el- 
les le tenoient à genoux auprès de luy , 
portoient de petites écorces allumées,fau- 
te de chandelles de cire; ïouuent elles Vonc 
des bouquets & des chappeaux de fleurs 
qu'elles vont prefenter à l'image de lafain- 
&e Vierge, qu'elles apoflrophent âuec des 
affections fort tendres. 

S'eftant vniour raffemblées elles firent 
Vne petite cabane dé feuillages, la tapifTe- 
rent de verdure, à leur façon ,puisallerent 
demandercongê à la Mère Supérieure dy 
pafler la nuict, la Mère les en voulant de- 
ftourner, leur dit qu'elles auroient peur, 
&que la porte de cette cabane ne fermoit 
poiht.Nous ne craignons rien,firent-elles, 
nous porterons aucc nous l'Image de Ie- 
fus & de là fainde Vierge, êc le mefehant 
Manit^ ne nous pourra aborder ; nous 
n'auorts pas peur des âmes des trefpaffez j 
car ceux qui meurent, s'ils font bien bons, 
s'en vont; au Ciel ;s'ils n'ont pas payé Se 
1 fatisfait pour leurs offenfes , ils vont en 
Purgatoire, s'ils font bien mefehans , ils 
vont en Enfer ; ils ne foniront pas de ià 



del'annêe 1640. $ 1641. ij 
pour nous venir trouuer > ïi le Diable 
s'approche de noftre cabane t\ous prie? 
ronsDieu ,&: il le fera fuir : la Mère ad- 
joufte dans fon mémoire, cette ref^nfe 
meftonna,ii s'en faut beaucoup que nos 
petites Françoifes foient fi prefentes à 
elles, quoy qu'on les inftruifefans cefle. 

Il y a vne petite Huronne parmyles 
Algonquines , eftant interrogée fi elle 
auoit encor fa mère, celle que i'ay en 
mon pais n'eft plus mal chère mère., ref- 
pond cet enfant , parce quelle ne croie 
point en Dieu > c'eft vous qui eftes mes 
vray es Mères puis que vous m'inftruifés, 
cette petiteNeophyte fut long-temps auec 
le bon Charles Sondatfaa la veille de 
fon Baptefme , elle luy pailoit des biens 
qu'on reçoit dans ces eaux facrées, des 
grandes recompenfes que Dieu! donneà 
ceux qui luy obeïflent, des horribles cha- 
fti mens qu'il exerce furies fuperbes 5 &: 
& fur 'les rebelles 1 elle le prdfe fort d'exci- 
ter les petites Huronnes de venir demeu- 
rer au Séminaire , elle en difoit mille 
biçns : Ces FilleS vierges nous aymenc 
tarit > difoit -eîle^ce font vrayement nos 
mères, nous ne niânquons de rien auçç. 



î6 Relation de la Nouuclle France l 
dlcs; Cet homme fage & ferieux fe plaî-' 
foie fi fortau di r cours& àlaconuerfation 
de cette ieune fille, âgée d'enuiron dou- 
ze ou treize ans, qu'il y pafla plus de deux 
heures &: demie. 

Si quelque perfonne de fon païs la viens 
vifiter, elle ne s'enquefte point de fespa- 
rens 3 ny.de ee qui fe paffe parmy (es pro* 
ches, mais elle demande files Hurons 
n'ont point enuie de croire enDieu,s'ils ne 
\ quittent point leurs dances& leurs chants 
fuperflitieux, s'ils confultent toufiours les 
Diables. 

Vn fien parent l'interrogeant, fi elle ne 
vouloir point retourner en fon païs: Non, 
dit-elle >ie n'y penfe plus , ie me trouuc 
fort bien où ie fuis: Ma fille tu ne fais pas 
bien, !uy dit-il> il ne faut pas que tu pen- 
fes à toy feule quand tu feras bien instrui- 
te, il faut venir inftruire tes compatriotes: 
voila comme les enfans les plusSauuages 
deuienoent enfans de Dieu ; qu'il foit be«* 
ny à Jamais par toutes les nations de la 
terre. 

La bonne Madame de la Peltcrie qui 

a ietté les fondemens jie ce petit Semi- 

i*aire,a fujet de bénir Dieu de ce qu'il la 

1 choific 



de l'année 1640. & 164J. 17 
ehoifîe pour vn puurage qui luy eft û 
agréable : Mais Ton cœur eft grand, les 
defirs quelle a de raffembler les pères 8c 
meres 3 encor errants, pour ayderàfauuer 
les enfans, luy Font fouhaitter ymrefor 
deflus (es forces; elle ne ceffe de vifiter 
ces bonnes gens, elle leur parle des yeux* 
ne pouuant leur parler de la langue, elle 
lçur parleroic bien plus volontiers des 
niains ; Et fi elle pouuoit exercer le me* 
ilier demaffon & de charpentier pour leur 
dreiTer depetites demeures , & de labou- 
reur pour les ayder à cultiuer la terre y 
clles'ycmployeroîtauec autant d'ardeur 
qu'elle voit de bonnes difpofitions en ces 
peuples pour s'arrefter -, mais fes brasfont 
fbibles auffi bien que les noftres. Dcus 
Dûtninus fortitudo nojlra inMernum. 



Delà Kefîdence de fainêî lo/epk 
Ghahtre IL 






E nombre des Chreftiens croift tous 
les ioursjlereûedeceuxqui ne font 

B 



18 Relation de la Nouuelle France 
point baptifés,& oui fe retirent en cette 
Bourgade encommancée , n'ont point 
d'aliénation de la iof, les prières fe font 
publiquement, &dansles cabanes,&dans 
' les maifons,& dans la chapelle, les Sa- 
cremens font en honneur, ôc plufieurs ne 
fçauroient garder aucune offenfc qu'ils 
croyent tant foit peu griefue , fur leur 
cœur ,fî toft qu'ils penfent eftre blefles, 
quoy que légèrement, ils ont recours aux 
remèdes facrés,queDieua laiffés en fon 
Egiife. On ne fouffre aucun deffaur pu- 
blic, les Néophytes font fortement liés 
par enfemble ,auec vnzele quMn n'auroit 
iamais ozé efpcrer des Sauuages : car c'eft 
chofe eftrange comme ces peuples font 
froids , & efloignés de noftre chaleur , Se 
de noftre promptitude; mars defeendons 
plus en particulier : kfruciibus eorum co> 
gnofcetK eos. 

Les Chreftiens plus zélés s'afîemble- 
rent à noftre defeeu durant cet hyuer,pour 
traiter par entr'eux, des moyens de fe 
conieruer en la foy • l'vn d'eux haraguant, 
dit, qu'il faifoit plus d'eftat des prières, 
c'eft ainn" qu'ils parlent, que de la vie, êc 
qu'il mourroiepiuroft que de les quitter; 



de l'année 1640. {éf i6^u *| 
fautre dit, qu'il deliroit qu'on le punift 
& qu'on le chaftiaft > en cas qu'il fe de- 
mentift de la parole qu'il auoic donnée à 
Dieu^vn troiiîefme s'eferia, qu'il falloir 
mettre en prifon ceîuyqui tomberoit dans 
quelque faute, & qu'il le falloir faire ieuf- 
ner quatre iours fans boire ny manger: 
les aâions de iuftice, qu'ils voyent par 
fois exercer contre les delinquans, leur 
donnent ces penfées : Charles Meiachica-. 
^at tout nouuellement baptîfé fe trouua, 
dans cette aflemblée^ non feulement cela 
ne Fepouuenta point ? ains au contraire il 
en fut ccpfolé : ie fuis des voftres, leur 
dic-il,tôut ce que vous concliierés m'ag- 
gréera ,c'eft tout de bon que ie croy en 
Dieu,& fi vous aués quelque croyance, 
que ie doiue perdre cœur, ie vous donne 
dés à prêtent la liberté de me lier,&: de 
me tenir en prifon : mais mon cœur me 
dit que iemarcheray droit, &: que ce que 
i'ay embraffé auec tant d'afFe&ion, ne 
fortira iamais de ma penfée. 

Cette affemblée fe fit dans le filence 
de la nui£b: Se le matin ils nous en vindrent 
donner aduis; nous repartifmes qu'ils pro- 
Cedoient auec trop deieuenté> que la dou- 

B ij 



i o Relation de ta Nouuelk France] 
ceur aitoit plus de pouuoirfur lesefpritSgi 
que la force jquvne femme tout fraîche- 
ment nous auoit dit, que ce qui la retar- 
dent de prefler fon baptefmeeîtoit, qu'el- 
le ne çroyoit pas pouuoir viurefifain&e- 
ment que les Chreftiens, & qu'elle ne 
fçauroit venir tous les iours à la Méfie, 
comme ils faifoient dans les rigueurs de 
rhyuer,eftans par fois aiTes eiloignésde 
rEgiife i&c la neige , & la grefle , & le 
froid , affiegeant le chemin; Que fera-çe 
donc, leur difions nous , fi on parle de pri- 
fon à des gens foibles , &c non encor éclai- 
rés du flambeau de la/oy ; ils ne laiiTerenc 
pasde pourfuiure leur pointe ,&c de dire 
tout haut, qu'ils auoient fait vn complot 
parentr'eux , que le premier de leur 
nombre qui tomberoit dans quelque fau- 
te y tant foie peu notable, fubiroit laprifon 
& le ieufne : cela épouuenta les foibles > 8c 
le bruit courut parmy les infidclles,quc 
les SauuagesChreftiens auoient des chaif- 
nes> & des liens tout prefts pour garotter 
hs refradlaires. Quelques Payais nous di- 
rent qu'on îoiioit a tout perdre , & que les 
Saunages Ce tueroient les vns les autres; 
tout cela nous confoloic fort : car nous/ 



de l'année 1640. ç^r 1641. % l 

prenions plaifir de voir lVnion des Chre" 
fUensjilelt bien plus aifé de tempérer l a 
ferueur que de l'allumer: Il efl bon que 
les Sauuages fentent ces feux , mais il ne 
faut pasconde-feendreà tous leurs defirs, 
\zs façons de faire d'vn peuple ne fe chan- 
gent pas-fitoft 5 il faut procéder auec dex- 
térité, douceur , Se patience. 

Quelque temps après ces refoîutîons 
prifes , yn de nos Pères eftant entré dans 
la cabane d'vn des principaux Sauuages 
qui les atioient rceeuë's &c approuuées $ce 
bon - homme enuifagea le Père d'vn œil 
trifte, & luy dit , NiKani's, je fuis en chole- 
re, iay fafchéDieu ,i'ay penfé m'en aller 
rendre prifonmer à Kebec , pour pafler 
quatre iours fans boire ny manger 3 fumanc 
ce quenousauonsrefolu,maisi'attensque 
tu m'y enuoyesjlePereà ces paroles fut. 
furpris 3 ne (cachant que refpondre -, cet 
homme le voyant penfif , luy du, tu n'as 
point de cœur , tu te déifies de nous autres, 
tu ne tiens pas affés ferme 5 tu t'imagines 
que fi tu nous enioignois ces pénitences, 
que nous ne les ferions pas y éprouue - le 
tout maintenant en ma perfonne 5 com- 
mande moy d'aller en prifon, donne moy 



2-1 Relation ie la Nouuelle France \ 
v n mot d'efcrit afin que la porte me foie 
°uuerte,& tout à l'heure ie parts enta pré- 
sence. Le Père luy demande ,fi fa faute 
meritoit bien vn tel chaftiment : ouy > dit- 
il, i'ay fafché Dieu 5 mon péché eft grand, 
iay frappé mafernmeauec cholere,il eft 
vray qu'elle m'a irrité • car ce matin m'en 
allant à la Méfie, ie luy ay dit quelle y 
vint après moy , ne l'ayant point veue, ie 
Tay frappée à mon retour ; iene veux per- 
fonneauecmoy>difoit-il,qui ne prie Dieu: 
ouy mais, luy fie 1 e P ere^ tu fçaisbien qu'il 
n'eft pasiourdefefte,&: quelle n'a point 
d'obligation d'affifter auiourd'huy à la 
fain6te Meffe ? Il eft vray>refpond-il,mais 
puis que ceft mieux fait d'y affifter,elle le 
deuoit faire, veu mefme que ie l'y auois in- 
ukée, &:quec'eftnofi:recouftume de l'en- 
tendre tous les iours 5 ie mérite néant- 
moins chaftiment, carie me fuis laifle em- 
porter à ma cholere, donne moy vn mot 
de lettre afin que ie faffe pénitence de 
mon péché; le Père fe mit là-defïbs à ex- 
eufer cette faute, &: à témoigner que cet- 
te bonne femme eftoit bien marrie d'a- 
uoir defobey , qu'elle aimoit fon mary , 8c 
queiamaischofefembla^le ne luy arriue« 



de l'année 1640. & 1641. 25 
toit: Cette panure créature prenant la pa- 
role, dit, d'vnevoixpleinc de douceur &: 
de regret , mon Père, i ay en mon cœur ce 
quevousauésenlabouche \ &puisfeteut: 
La conclufîon fut, que dés leiendemain au 
poinft du iour , ils fe vindrent confefler 
tous deux : mais ce qui nous eftmmâ fort , 
fut que cette bonne femme jamais ne 
s'exeufa , quoy que fon nrary Iuy dit ou re- 
prochait^ cependant elieauoit vn grand 
fujet d'exeufe $ car elle nous dit depuis que 
quand fon mary fappeila pour aller à la 
Meffe , qu'elle ne l'auoit pas entendu, 
neantmoinsdepeurdelefafcher, elle ai- 
ma mieux fe rendre coupable , quede s"ex- 
tufer. 

A quelque temps de là, vn ieune hom- 
me eftant tombé dans vne faute a fies lour- 
de, car il s'eftoit enyuré , vn Chreftien fon 
parent délibéra de le faire mettre en pri-* 
fon : commeonendemandoit aduisà ce* 
iuy dont ie viens de parler , il répliqua , ie 
n'ay point de parole fur ce fujet, i'ay me- 
nte chaftiment , on ne me l'a pas donne 5 
ie n'y puis condamner vn autre. En effec , 
il ne voulut iamaîs déclarer fon aduis^ on 
nelaifTapasd'enuoyerceieune étourdy a 

B ii.j 



z 4 Relation de la Nouuelle France 
Kebec , monfieur le Gouuerneur le 
mettre dans vne baffe folle , à la requête 
des Sauuages,il y fut mis iuftement la veil- 
le de Noël, &: le lendemain de cette gran- 
defefte, cinq des principaux Chreftiens 
allèrent trouuer rhonficur de Montma- 
gny, & IVn d'eux luy tint ce difeours: 
Voila les deux plus proches parens du pri- 
fonnicr, fçauoir eft NoëlNegabamat, Se 
Charles MeiachKa^at, il y a long-tepms 
queie premier eft déliuré deschaifnes du 
Diable; pour le fécond , il a efté mis tout 
récemment en liberté par le fain£t Bap- 
tefme » mais quant à celuy que vous aués 
fait emprifonner^ il eft garotté de tous co« 
ftés , le Diable le tient fortement lié , car 
il n eft pas encor baptifé , 5c fon péché mé- 
rite vne double pnfon; au refte, fes parens 
vous prient d'en faire iuftice , car eftans 
Chreftiens ils veulët garder toutes les loix 
de Dieu, ilsfe départent entièrement de 
fa parenté, Voila vn coup capable d'éton- 
ner tous ceux qui connoiffent les façons 
de faire des Saunages, lefquels ne fçau-* 
roient fouffrir qu'on touche leurs alliés,* 
mais Dieu a plus de force que la nature: 
Monfieur le Gouuerneur repartit, qu'il le 






de tannée 1640. & 16^1. ij 
feroit venir deuantfoy, qu'il luy donne- 
roit'de bons aduis , &ç de la terreur • & que 
s'il retomboitdans fa faute, qu'il ne man- 
quèrent pas de le faire reprendre vne autre 
fois; tout fe N paflaauec prudence, M auec 
fruid: Ce pauure homme eftant fortyde 
prifon jtious vint aufîi- tort trouuer à fainéfc 
Iofeph , il nous dit , qu'il n'improuuoic 
point ce que les François & les Saunages 
auoienc fait , qu'au commencement cela 
l'auoit/ fort irrité , mais qu'ayant connu 
que c'^ftoit pour fon bien, qu'il s'eftoit ap- 
paifé ; îe m'amenderay > difoit il > le Capi- 
taine ma donne de bons aduis 5 ie les gar- 
deray -, il m'a fait entendre qu'il auoit de 
longs bras, & qù'encorqueiallafle à Ta- 
douffac ou aux Trois Riuieres , qu'il attei- 
gnoit iufques li, Se encor plus loing-, ie luy 
ay promis que ie ne le mécotemerois plus, 
&: que ie me rendrois obeïffant, c'eft la pa- 
role que ie vous donne auflî Se que ie gar- 
deray i mais haftés- vous de me bapufer, 
afin que ie deuienne plus fage. 

Eftant de retour en fa cabane , les prin- 
cipaux Sauuages ralletent trouuer fur la 
nui&> Se luy parlèrent en cette forte: Tu 
fpisbien que tu tes meflé de fortileges 3 




z 6 Relation de la Nouuette France, 
mais comme nous fommes maintenant 
Chreftiens , nous ne craignons plus tes in- 
uocations de Démon, tes menaces & tes 
forts nenous donnent plus répouuante;au 
reftejlfautquetu fqaches que c'eft nous 
qui t'auons fait mettrre en prifon , c'eft 
nous qui auons prié noftre Capitaine de 
t'arrefter 5 fois maintenant plus fage, quit- 
te tes façons de faire s fi tu veux croire en 
Dieu & receuoir fa Loy, nous t'aimerons , 
& té protégerons par tout;finon,dés à pre« 
fent nous renonçons à ta parenté., & à ton 
amitié : fi tu veux perfeuerer en ta malice, 
tu feras bien de t'éloigner- car fi quelquvn 
te met à mort > comme tu en as efté défia 
dans les dangers 3 nous ne vengerons point 
ta mort.^ A ces paroles , cet homme qui 
auoit coutume de donner de la terreur aux 
autres par fes iongleries 5 &par Ton impu- 
dence 5 fe trouua bien eftonné : Vous m'a- 
ués fait plaifir , refpondit-il , ce que vous 
auésfaitne tend qu'à mon bien^ie l'ay def- 
ja dit à noftre Capitaine , ie fera y plus re- 
tenu 8c plus diferet d'orefenauant, la refo- 
lution en eft prife; pour mes fortiieges, 
c'eïr vnc choie que i'ay défia abandonnée, 
&que ie ne reprendray iamais : Voila le 



de F année 1640 .& 164.1. ly 
premier coup de iuftice que les Sauuages 
ayent fait exercer ; il les faut petit à petit, 
& auec adreffe , ranger dans la foufmif- 
fion. 

Voicy d'autres adionsauffi remarqua- 
bles que les précédentes f quelques Sauua* 
ges de llfle, &C autres endroits, eftans def- 
cendus à fain£fc Iofeph \ les Chreftiens 
voyansqueces nouueauxhoftes n'auoieht 
pas dequoy difner , firent vne cueillette 
par entr eux,8c' fournirent iufques à douze 
cens anguilles boucannées , diuifées en 
douze grospacquets^ayans raffemblécet- 
te aumofne ils nous enuoy ent querir,pour 
fçauoirfîelle feroit agréable à Dieu * les 
pauures gens n'auoient pas trop de vi- 
ures pour eux ; mais comme on leur re- 
commande les actions de charité, ils fe 
cottiferent ioy eufement les vns les autres : 
Ayans donc enuoyé quérir quatre des 
principaux Sauugesnouuellement venus, 
ils leur mirent cette aumofne entre les 
mains, pour eftre diftribuée à tous ceux 
qui en auoient befoiri; nous approuuaimes 
fort cette bonté, elle ne fera pas fans re- 
compenfe 5 Dieu la bénira au centu- 
ple. 



28 Relation de la Nouuelle France 5 

Cette charité n'empefcha pas, que ces 
nouueaux hottes, naturellement fuper- 
bes & orgueilleux, n'enflent diuerfespri- 
les auec les Chreitiens de fain£t Iofcph, 
Ôcquafi toufiourspourla Religion h voicy 
trois ou quatre paroles qui donnent à con- 
noiftre la grande vanité, & i'infuporta- 
ble fuperbe du Capitaine de ces Insulai- 
res. Nous eftant venu voir pendant le fe 
jour qu'il fitàtS.Iofeph.ilnoustintce dif- 
coursj'auoisquelquedefleindepaflericy ■ 
l'hyuer , mais on me dit que voftre Capi- 
taine, ny vous autres auffi , ne m'aimes 
pasjpeut-eftrene fçaués vous pas que ie 
commande dés ma ieunefle, que ie fuis 
nay pourcommandcr.fi to'fi que i'ouure 
labouche, tout le monde m écoute jaufiî 
efi-il vray que ie fouftiens , & que ie con- 
ferue tout ie pais pendant la vie de mes 
petits enfans , & de mes neueux , c'eft ain- 
ii qu'il nom me fes gens, les Hurons mef- 
mes me preltent l'oreille,& ie commande 
parmy eux, ie les règle, comme citant 
Capuaine , ie ne dy mot ça bas , les autres 
parlent, mais ilnefe fait rien que ce que 
i'aydanslapenféejiefuis comme vn ar- 
bre , ks hommes en font les branches , 



de l ' année 1640. $f 1^41. 2,9 
aufquelles ie donne la vigueur : Voir vn 
hoûùnecout nud,qui n'any chaufFiireaux 
pieds , ny autre habit qu'vn menant bouc 
depeau,qui n'abrie que la moitié de ion 
corpsjdiigracié chria nature n'ayant que 
la moitié de fes yeux 3 car il eft borgne , 
fcc corne vn vieil arbre fans feuilles.; voir, 
dif-je , vne fquelette, ou plutoft vn gueux, 
marcher en Prefident , &c parler en Roy , 
c eft voir l'orgueil &c la fuperbe fous des 
haillons : Ce Thrafon , & vne partie de fcs 
genseftans dans cette difpofition, furent 
bien-toftauxprifes auecnos Chreftiens, 
ilsleurreprochoientquela foy êclesprie- 
res faifoient mourir les hommes ; que de- 
puis que qudques-vnss'eftoient fait bapti- 
fer^que les maladies auoientregnéparniy 
eux y&c qu'à mefme temps qu'on leur a err- 
feigne vne autre croyance que celle de 
leurs perjes, à mefme temps la mort les a 
exterminés ;quvne partie de ceux qui fe 
font faits Chreftiens 5 s'entendent auec les 
François pour perdre tout lepàïs des Sau- 
uagesj ils apportent des exemples qu'ils 
croyent fort puiflans: Vn tel, dTToit-il , 
ayant deux femmes, & n'ayant pas voulu 
obeïr au Capitaine dfes François^ eft tom- 



jo Ke^ation de U Noumïïe France > 
bé malade tout fur l'heure, d'autres fom 
nions fubitement ayans qmrté leurs an- 
ciennes façons de faire;Les Chreftiens là™ 
defius fe défendent , quelques-vns auec 
trop de zèle ; fi les prières vous tuent>allés 
vous- en ailleurs 3 Se ne demeurés point 
auec nous, , chacun fe trouue bienicy de 
croire en Dieu, Se d'auoir quitté fes vieil- 
les malices.Ce n'eft pas la foy qui nous ex- 
termine, mais nos péchés, & notamment 
voftre infidélité ; c'eft vous qui vous faites 
mourir, retenans les Démons au milieu 
de vous par vos méchantes aétions- fça- 
chés que nous ne vous craignons nulle- 
ment, & que nous ne quitterons iamais la 
croyance que nous auons embrafiTée. L'af- 
faire en vint à tel point fans que nous en 
euffions connoiflance , que les Infidelles 
parlèrent dafibmmer quelques-vns des 
croyans : Ce qu eftant venu aux oreilles 
d'vn des principaux Chreftiens , il s'en al- 
la fur la nuid trouucr les ieunes gens bapti- 
(es, &c leur dit -, on parle de meurtre > tenés 
ferme en la foy , fi on veut maflacrer quel- 
qu Vn pour fa croyance, il ne faut point 
mettre la main aux armes , foufFrons la 
mort pour Iefus-Chrift noftre Capitaine; 



de l'année ifj&.^jp. ié^.j. 31 
mais fi onnous veut tuer par inimitié par- 
ticulière, ou par enuic ,il Ce faut défendre 
courageufement : Nous ne &eûmes point 
Ce procédé que long-temps après, & en- 
cor par accident ; te vous laiffe à penfer iî 
la refolution des Chreftiens nousconfob. 
Benediftus Deta in «ternum , les Sauuagcs 
paroiffent froids comme la glace , mais 
Dieu ne laiffe pas d'échauffer & de brufler 
leur cœur quand il luy plaift. 

Dans ces entrefaites , vn Chreftien 
ayant parlé fort hautement,lesautres nous 
en vindrent donner aduis , difans qu'il 
prouoquoit trop les Infidclles ; nous le fif- 
mes venir pour luy recommander la dou- 
ceur & la difcretion : II nous dit ces paro- 
les j Enieignés-vous maintenant vne autre 
doctrine que celle que vous nous aués en- 
feignée par cy-deuant ; Non pas , luy dif- 
mes-nous} Ne nous aués vous|pas dit, re- 
pliqua-t'il.que quand il s'agiffoit delà foy, 
il falloir tenir bon, & parler hardiment, 
& monftrer qu'on ne craignoit point la 
mort j & que fi on mourroit pour fa crean- 
ce,qu'on iroit tout droit au cieljC'eft cela, 
adioufta-t'il , qui m'a fait parler haut, ils 
nous reprochent que nous les faifons mou» 



32, Relation de la Nouuelle France^ 
rir , quittans les couftumes de nos ance- 
fires,&que nos prières tuent tes Sauua- 
ges, & là-defTus ils nous menacent ; ie leur 
ay ditqueieneiescraignois pas, ny tous 
leurs Démons 5 que ie les deffiois de me 
' tuer , que iecroirois malgré qu'ils en euf- 
fent 5 & qu'ils s'en aliaflent d'auec nous,s'ils 
auoient peur de nos prieres:Son zelenous 
pleut*, mais nous luy recommandafmes de 
l'affaifonner de douceur, & que cette ri- 
gueur n'attiroit pas des efprits aigris par 
leurs malheurs. 

A quelques mois delà, lemefmeChre- 
fiien ayant fçeu que fa liberté en auoit for- 
tement irrité quelques-vns,&: qu'ils ma- 
chinoient la mort.» à ce qu'on luy rappor- 
toit, il s'en allatrouuerMonfieurleGou- 
uerneur, pour luy demander vn cas de 
confeience , car comme il s'agifïbic de 
mort, Se qu'il fçait bien que nous ne por- 
tons point les armes, il s'imagina que c'e- 
jftoit à celuy qui commande aux foldats, 
& qui fait profeffion des armes, de fat is- 
faire. à la demande, vn de nos Pères de 
faind lofeph 3 fe trouua par rencontre es 
iour làà Kebec, l'ayant apperceu il le pria 
derinrroduire chés Monfieucle Gouuer- 

neurv 



de tannée 1640. ft) 164!? 3$ 
lîeurj auquel il auoic vn petit mot adirés 
eftane en faprefenceilluy demanda com- 
me il fe deuoit comporter, en cas que 
quelqu'vn l'attaquait, 8c le vouluft mettre 
a mort : Puis que iefuisChreltien,difoit- 
il, te veux faire tout ce que doit faire vn 
bon Chrftien; s'il fe faut défendre, ie me 
defendrayjs il faut poferlesarmeSj ieles 
pofetayrMonfieurle.CheualierdeMonc- 
magny luy demanda s'il auoit des enne- 
pis 5 & à quel propos il faifoit cette de- 
mande : ie fuis le premier de ma nation, 
refpondit-il^qui me fuis fait Chreftien.» 
ceux démon pais, voyant quei'ayq; it é 
leur patty,croyent qjafe les prières & la foy 
quei'ay embraffée lfeur caufe les grandes 
maladies qui les ont quafi tous extermi- 
nés jVoyla pourquoy ils me haïrent à 
mou: Monfieur leGouuerneur iuyayanc 
donne la refolution de fon doute, ce bon 
homme luy dit; tous lesiours* fuoûqueie 
fuis leué ie dy à Dieu, fi on me tue pour ce 
que ie croy en toy 3 l'en feray bien aile, ie 
feray bien content de mourir, ie luy dy 
le mefme à la Méfie tous les iours,& ie 
fens dans mon cœur que ie ne les crains 
pas tous tant qu'ils font ; car ils neiçau- 

c 



3 4 Ration de la NouueVe France " 9 
roient toucher à mon ame, leur rage ne 
peutiomber que fur mon corps; fi quel- 
que vn m'attaque pour quelque autre fujec 
que pour la foy 3 il ne fera pas le bien venu. 
Il difoit cela d'vne façon figaye& firefo- 
]uë> qu'il recréa Monfieur ieGouuerneur, 
lequel admirant fon courage &c fa bonne 
difpofition, luy tefmoigna que fi on lat- 
taquoit pour la foy, qu'on s'attaquoit à fa 
propre perfonne , n'ayant qu'vne mefme 
créance &ù quVn mefme Dieu auec luy: 
cela refioùu merueilleufemenc ce pauure 
Néophyte, qui s'en alla auflî content que 
s'il euft gaigné vn grand Empire. En voy- 
laiuffifamjment pour ce Chapitre. 

Continuation de ce qui s'efl pafsé entre 

les Saunages de laReJtdence 

de SainB lojeph. 

Chapitre III. 



LE Diable qui voit bien que î'arreft 
des Sauuages erram 5 eft le plus court 
chemin 5 & le plus allure de leur fàlut, 
bande toutes fts forces pour détruira ce 



de l'année liS^o. (§j 164t. 35 
que Dieu a fi heureufement commencé. 
LesSauuages de rifle dont fay parlé cy- 
defliis ,eftans fur le point de fe retirer de 
Saind Iofeph , où ils eftoient venus pour 
vn peu detemps,né vouloiétpas (efeparer 
auec aigreur de nosChreftiens, 6c- de nos 
Catéchumènes : lis firent ioticr'vn refibrt 
qui auroit bien fait du mal , fi D»eu n'euit 
donné de la confiance à ces bons Néo- 
phytes 5 ils les inuitenc donc à vn feftin , &c 
ïeurdifcnr , que la prière eft bonne , qu'il 
eft vray que noilre doftrine eft vn peu ru- 
de^ notamment touchant les Mariages * 
mais qu eftant receuë de quelques vns, les 
autres la pouuoient aufli embraffer auec 
le temps, &c que pour faciliter l'affaire >Sù 
pour vne plus grande vnion des vns auec 
les autres, il ferpit à propos qu'ils derneu- 
raflent tous enfemhie, qu'il falloir choifir 
quelque lieu plus éloigné de Kebec 5 que 
n'eftoit Sainft Iofeph pour mille raifons 
qu'ils alleguoient ,quc les Pères leroienc 
auec eux pour les inftruire,&: que petit à 
petit chacun le rendroït aux façons us 
faire des François : bref ils çefmoigne» 
rent vne grande amitié, &: vn grand defir 
que les Chrelliens quittaient leur demeu- 

C ïj 



5'6 Ration de la Nouuelk France* 
ré pour s'en aller loger aueceux en quel 
que autre endroit ;c'ciloitvn coup fourré 
de l'Enncmy de Dieu &c des hommes, 
qui fe feruoit de la bouchede l'éloquence 
d'vn miferable borgne, qui ne voie que 
la moitié de la terre, & rien du tout de la 
beauté du ciel. Nos Neophytesayans en- 
tendu ce difeours, nous en vindrent faire 
le rapport: Il ne fut pas difficile de leur 
faire voir la malice de Satan, & fincon- 
ftance de ceux qui les inuitoient ; c'eft 
pourquoy î'vn d'eux dansvneafTemblce 
qu'ils firent fur ce fujet, leur dit ces paro- 
les: Siie ne croyoispas en Dieuie vous 
pourroisfuiure, mais le coup eft donne; 
i'ay refpondu à Dieu , & luy ay dit , que ie 
luy obeïrois ; & ainfî ie ne puis m'éloign er 
du lieu où nous fommes inftruits de Ces 
volontés : Vn autre adioufta, vous dites 
que vous tiendrés fermeau lieu que vous 
vouléschoifir.&ievous auife que la foy 
feule vous donnera de la confiance , ie 
vous connois bien , vos telles , ny vos 
pieds n'auront point d'arrelt îufques à ce 
quevouscroyésenDuu. 

Ces Algonquins eftans retournés aux 
trois Riuieres, enuoyerent inuiter les Sau- 



- 



de tannée 1640. ^1641. 37- 
mges deSain&Iofeph d'aller à la guerre 
auec eux: celuy qui porta la parole > vfa 
de ces termes: Voicy vn coup d'Eftat pour 
Jes prières & pour la foy quevous aués em- 
braflee, les Algonquins de i'Ifle, &de la 
petite Nation , difent que fi vous les vou- 
lés accompagner à la guerre, qu'ils fe fe- 
ront tous baptifer au retour, & qu'ils em- 
braieront les prières. îean Baptifte Eti- 
nechka^ac refpondit au nom de tous $ vo- 
ftre harangue n'eft pas dans fon luftre, 
vous l'aués mife à rentiers : vous dites , al- 
lons à la guerre, & puis nous nous ferons 
baptifer $renuerfés voftre parole* & dites; 
Faifons nous baptifer,& puis allons tous 
de compagnie à la guerre; fi vous parlés 
ainïï ', voftre dïfcours ira droit, vous ne^ 
vous mettrés pas en danger de vous per- 
dre - y & Dieu noftre père voyant (es en fans 
enfemble , aura de bonnes penfées pour 
nous : Ce difçours en fon langage n'a rien 
de barbare 3 & ces fentimens ne fc trouuenc 
que dans vn cœur vrayement Chreftien. 

Quelques vns de nos Néophytes ne 
laiflerent pas de les accompagner, quoy 
qu auec peine , à £aufe de leurs fuperftU 
ttons : Voicy ce que l'vn d'eux nous enra«? 

C iij 



Z$ Relation de la Nouuelle France l 
contoit à fon retour. Partant de SainOTo- 
feph : nous allafmes prier Dieu à la Cha- 
pelle :pa(Tantpar les trois Riuieres nous 
nous confeflafmes nous autres qui eftions 
baptifés 5 & vn peu au delà lesmefcroyans 
firent vnfeftin de deux chiens, ils chante-* 
rent & hurlèrent félon nos anciennes cou- 
tumes, & tout cela pour tuer des enne- 
mis, le leur difois prou que cela ne fer- 
uoit de rien, mais ils s'en mocquoient 5 
ilsconfulterent cinq fois les Diables dans 
leur tabernacles, pendant tout ce temps 
là nous nous retirafmesàpart faifant nos 
prières à genoux, vnSauuagç non encor 
bapiifé iemicdenoftre coité, renonçant; 
au Sabbat deunfïdeles e A la dernière con* 
fuite les ennemis nous enuironnerent , 
û toft que nous en eufmes le vent mes 
longleurs quittent leurs tabernacles, Se 
& gaignent au pied 5 le leur criay tauç 
haut 5 &Jeurdemanday cequeleurauoienc 
feruy leurs démons 5 mon difeours ne fur 
pas long, car il fe fallut fauuer auffi bien 
que les autres, les vns gaignent les bois, 
les autres les eaux, nous nous embarquaf- 
mes fur le grand lac, fur lequel voguoic 
r£nnemy> nous paflafmes & repàflafmes 



de l'année 1640* (§f 164T. 39 
dins les dangers fans eftre defcouuertsj 
le priois Dieu dans mon ame de tout 
ni)n cœur , il mefemblou que ie Tentais 
dans moy ie ne fçay quelle force qui me 
fouftenoit, & qui me donnoit i'efperance 
de mon faluc. Voila comme fe termina 
noftre guerre difoit ce bon Néophyte, 
Mais touchons quelques a&ions parucu- 
lieres des plus fermes Chreftiens. 

Vn îeune homme nous parlant dfpo u- 
fer vne fille Chreftiennc 5 nous luy con- 
feillafmes de prendre aduis de fon frère 
aifné, homme de confideration parmy les 
Algonquins: 11 n'eft pas Chreftien, ref- 
pondit il , il eft ennemy des prières , ie ne 
le reconnois point pour mon frère , s'il 
croyoit en Dieu ie luy obeïrois de tout 
moncœur ; quel bon aduis me pourroit 
donner vn homme, qui néprend pas pour 
foy les bons aduisqu'on luy donne de Ton 
falut? c'eft à vous de me conseiller, vous 
m'aués donné a vie de l'ame^ie fuitiray 
auflivoftredîïe&tonpourle bien de mon 
corps. Sa mère sortant mifevn iouren cho- 
lere,luy dit, qu'elle vouloit fe retirer de 
Sain£t lofeph pour demeurer ailleurs , où 
©lleefperoit plus grand fecours: Sonfils 
C iiij 



40 Relation âe la Noumlle France" 
luy répliqua ; Ma mère , nous n'auons pas 
receu îa foy pour les biens de la terre » 
quandtout le monde s'en iroit iedemeure- 
roistoufiours auprès de ceux qui nous en- 
feignent le^kemin du ciel j c'eft coût de 
bon que je croy en Dieu ,ie tiendray fer- 
me iufqi^es à la mort. Vn fien parent le 
voulant ebleuer après fonmariageduydit, 
qu'il s'embarquaft au piutoft pour empef- 
cher le défordre de fa femme , laquelle 
eftant allée voir fes parens aux trois Riuie- 
res, sygouuernoit mal , au dire de cet im-" 
pofteur .- Ce bon ieune homme nous vint 
trouuer là^deiTus,&: nous dit ; le viens 
d'apprendre des nouuelles qui affligent 
mon cœur, on m'a rapporté que ma fem- 
me n obeïfloitpas;àDieu ; mais il n'impor- 
te,qu\llequitte Dieu fi elle vcut>que tous 
mes parens me quittent & m'abandon- 
nent , ienequitteray iamaislafoy -ce qui 
m'attriftedauantage, c'eft l'ofîenfe qu'elle 
commet, Se le peu d'eftat qu'elle fait de 
fon «me. De bonne fortune nous venions 
de receuoir des lettres des Pejtt qui font 
aux trois Riuieres.quirendoientvn grand 
témoignage del'honnefteté.&delacon- - 
ftance en la foy, de cette ieune femme .j 



de Fannee 640 &1641. 41 
fon mary entendant la le&ure de ces let- 
tres s'écria: Ahîievôy bien maintenant 
le deflein de mes parens, ils ont forgé cet- 
te calomnie pour me perdre 5 ils s'imagi- 
nent que s'ils me tenoient parmy eux qu'ils 
me feroient quitter la foy , ils font bien 
loin de leur conte , ie ne la. quittera/ " 
qu'auec la vie ; La refolution de ce ieune 
homme me touehale cœur. 

Fentendois certain iour vn Sauuagc 
Chrefhen prefeher dans vne cabane, ou 
vn ieune homme baptifé mouroit 3 les 
raifons que l'Efprit de Dieu luy fuggeroir, 
m'eftonnoient \ il ne me voyoit pas , car 
i'eftois derrière la cabane où îem'arreftay 
pour l'efcouter : Il parloit du mefpris de 
la terre, & du bonheur duCiel,auec des 
paroles de feu 5 ce que nous croyons eft 
vray , difoit-il,c'eft porter enuieà ceux 
qui vont en Paradis, de sattrifter de leur 
mort: Vne autre fois preflant vn infidèle 
de fe rendre à Dieu; le n'ay pas a (Tés d'ef- 
pricluy dit-ece homme, -pour eftre bapti- 
fe, ie ne fçaurois retenir tout ce qu'on 
m'enfeigne,iefuis muet deuant Dieu,ie 
nefçay que luy dire. Il n eft pas befoin , 
luy iîc ce Neophytç^de beaucoup parler 



42, Relation de la Nouueïïe France^ 
des lèvres, fuffic que ton cœur foitàDieuj 
quand feftois encot petir garçon, & que 
monperes'enallantà lachaiTe où en quel- 
que autre endroit, me laitfbit en la cabane, 
ie ne faifois que penfer à luy, i'y pen- 
foislefoir en me couchant, &c le matin 
en me leuanr,& ie difois en mon cœur, 
quand le ver ray-/e ; ma bouche ne parloir, 
point, tout ce paiïbit dans ma penféq voi- 
la comme il re faut comporter, difoit il, 
enuers D'eunlimportepeiiquetu parles' 
iuffirque ton cœur penfeàluy.le foird^ 
uant que prendre ton repos , le matin à 
ton réueil ,penfe à luy,& luy dy feule- 
ment ces quatre paroles i fi re fçauois ce 
qu'il te faut dire,ie teledirbis,cela fuffit, 
il n'en demande pas dauantage. La langue 
du cœur eft la plus intelligible en Para, 
dis. Noël Negabamac voguant ce prin- 
temps dans vn canot auec vn de nos Pè- 
res, luy raconta cequeie vay dire: Il y a 
deux hyuersqueiepenfay perdre la vieen 
ce lieu cy, le Père demandant laraifon/il 
pouriuit , comme ie trauerfois le grand 
fleuue auec mes gens pouraller à la chaiTe 
de l'autre bord , nous fuîmes enuironné s 
dVn grand banc de glaces, qui fefacaf. 



r 



de l'année 164.0. e?^î64't» 45 

fotentd'vne telle imperuofité dans la ren- 
contre de deux courans d'eaux , que nous 
penfions tous eftre perdus : Voyant le 
danger éuident, nous moncafmestur vne 
glace, fur laquelle nous tirafmes auffi nos 
canots ,1e malheur eft qu'elle eftoit fi pe- 
tite, qu'à peine y pouuionsnous eftre de- 
bout : Nous voila tous fur vn pont flot- 
tant > mais fi eftroit, &'fi volage , qu'au 
moindre heurt nous attendions vne mort 
fans reflburce 5 ie mecriay , c'eft fait de 
nous, prions Dieu pour la dernière fois : 
Toy qui as tout fait, tuesto.ut-puiflant, 
fauue nous fi tu nous veux fauuer > fi tu 
veux que nous mourions, nous le voulons 
bien > puis que nous croyons en toy , nous 
irons au ciel , & nous te verrons , nous ne 
croyons pas en toy pour viure long-temps 
fur la terre : ayant fait ma prière tout haut, 
ie dis à mes gens ; Ne craignons point, 
mourons courageufement , nous femmes 
baptifés : Courage , nous irons au ciel: Au 
commencement duperiU'eus grand peur, 
mais ayant fait ma prière ie ne craignois 
plus la mort : le n'auois pas acheué la 
parole qu'il fe fit vne grande éclaircie dé- 
liant nos y eux, les glaces s'êcattans pour 



44 Relation de h Nouuelle France, 
nous faire pafTagqauffi-tofr nous mettons 
noftre canot à l'eau, nous fautons dedans 
plus viftc que le vent, nous voguons fans 
içauoir où nous allions, car les glaces nous 
détoboient la veuë des bords delariuie- 
res, en fin cette éclaircie nous conduifit 
îufquesaux riuesoùnous défilions aller, 
nous fufmes fi épouuantés de cette mer- 
veille, que fans nous dire mot les vns aux 
autres , chacun fe mu à genoux fur le 
bord du fleuue, pour remercier Dieu du 
péril que nous venions d'euiter par fa fa- 
neur. Ce bon homme ne nous auoit point 
encor raconté ce grand bénéfice de no- 
lire Seigneur, les Sauuages parlent peu de 
ce qui fe pafTe chés eux, fi les pccafions ne 
s en prefentent. 

Vne pauure femme eftant venue deux 
ou trois fois pour feconfeflen&n'avanc 
peu le faire pour l'abfencc du Père qui la 
pue entendre, ede s'en retourna fi trifte 
qu'elle pafla vne grande partie delanuid, 
en larmes ; le matin eftant retournée, elle 
dit au Père, ie n'ay point eu de repos de- 
puis mon offence , ie ne m'en retourne- 
ray plus que ie ne fois confeilee, i'ay défia 
remarqué que quelques vnsneiçauroienr 



■ 



âe l'année 1640. & 164I. 45 

fouffrir fur leur cœur aucune oflfenfe qu'ils 
ayenc comruife volontairement, quoy 
que fort légère. Wieune SauuageChre- 
ftien s'eltant cueille la nui£t, &: voyant 
vne femme indécemment couuerte dans 
fon fom meil, fut faifi de frayeur, tant l'oc- 
cafion dépêcher touche ces bonnes gens» 
ne fçachant comme aduertir cette fem- 
nre>depeur de luyjdonnerdelaconfufion, 
il s aduita de battre rudement vn chien, 
& de le faire crier bien haut, afin que cet- 
te femme s'éueillant le remit dans la bien- 
feance. Si ie dy que des filles Se dés fem- 
mes & des ieunes hommes foliacés au mal 
iufques aux menaces ,ont imité leSainft 
loiçph & la chafte Sufanne , fvferay de 
redites > ces a&ions cftant réitérées men- 
tent d'eftre publiées , car en vérité elles 
font héroïques. 

Vnieune payen s'eftanr g'ifle la nui£t 
dans vne cabane ^s'adrefFa à vne ieune fiU 
le Chreftienne , Se luy dit ces quatre paro- 
les*: Crois-tu en Dieu $Ouy 5 dit -elle, y 
croy : y crois-tu tout de bon > c'eft tout de 
bon , reipond la fille : adieu donc > dit ce 
frippan , ien'ay rien à te dire. 

Va bon Néophyte nous difoit vn iour> 



46 Relation de la Nouuelle France 
qu'il s'ennuyoit de cette vie, qu'il fentoiï 
bien maintenant qu'il eftoit pnfonnier &t 
qu'il penfoit inceflamment à Ja vie qui ne 
meure iamaisjque ion cœur eftoit toujours 
en-Dieu» 

Vn de nos Pères ayant parlé de noftre 
Seigneur dans vne maifoii.de Sauuages, 
& recommandé Phonnefteté, vne ieune 
femme mariée depuis peu, le fuiuit 3 Se luy 
demanda en fecret , fi elle ne pouuoit pas 
bien iefeparer de fon mary * & coucher 
auecvnefiennéparente:Le Père luy de- 
mandai] elle haïflbit fon mary , &c s'il la 
traitoit mal : Non pas, fït~eîle,mais ie vou- 
drots bien mefauuer. 

La mcfmeeftant allée communier aux 
Vrfulines auecfes compagnes , les Mères 
leut firent vn petit fefhn: celle -cy ne fît 
que pleurer pendant que les autres man- 
geoient : O n la prefle d'en donner la rai- 
ion 5 mais iamais elle n'en voulut parler; 
Celaeftanrvenuànos oreilles, nous luy 
demandafmes Iciujct de fes larmes ; enfin 
après vn long filence: l'eftois trifte, réf. 
pondicelle^ecequevousm'auiésmariée^ 
îe voyoïs ces bonnes Religïeufesauec lef- 
quelies i'ay detçeuré i &c i eufTe bien voulu 



de l'année iê%o& 1641. 47 
viure comme elles , & ie ne fçaurois plus 
maintenant : Mais ne vous ay-je pas de- 
mandé, luy dit vn de nous , fi vous defiriés 
eftre Religicufe ? ne m'aùés vous pas ref- 
pondu que vous vouliés efhe mariée? 
Vousm'aués bien demandé, fioeIle 3 fi ie 
vouloiseftrc Religicufe: lenevousay pas 
refpondu queievouloiseftremanée^mais 
■ bien que ie ne penfois pas pouuoir faire 
comme ces bonnes Filles , & voila le fu jet 
de ma douleur j de cequeien'ay pasafles 
d'efprit pour viurc comme elles. 

Vne ieune femme Chreftienne pçnfant 
mourir en (es couches,&fa petite fille nou- 
uellement nêe,eftat fi malade que tes fem- 
mesSauuages difoiéc qu'elle s'en alloit ex- 
pirer s le père & la merc de l'enfant promi- 
rent àDieu qu'elle feroit toufiours vierge, 
c'eftàdire^qu'ilslaferoiêtReligieufequâd 
elle feroit grande , fi el] e le vouloit élire : 
Dieu fauua la mère & la fille : Maintenant 
ces bonnes gens offrent fouuent leur fruit 
à noftre Seigneur , & le fupplient de l'ag- 
gréer pour fa Maifon. Le fieur Giffard 
fauua la vie à la mere-& noflre Seigneur 
refufeita , pour ainfi dire 3 le petit enfant* 

Vne bonne Chreftienns eftant accou- 



! 



4$ Relation delà Noauelle France] 
chéedansles bois, voyant Ton enfant noti* 
uelleraent né bien malade , &: ne fçachani: 
que luy faire , coniuka quelques autres 
Chrefticnnes 5 mais comme ces bonnes 
gensnefçauoientpas la formule du Bap- 
tefme , ils s'âduiierent de pendre leurs 
chappelets au col du petit enfant ; & peut- 
eftre que noftre Seigneur aggreant leur 
foy& leur {implicite a conferué cette pe- 
tite créature, qui depuis a receu le faind 
Baptefme ,&le porte fort bien : l'aurois 
quantité d'autres adions femblablesà dire 
de nos Néophytes > mais il faut éuiter la 
longueur. En vérité, Dieu eft bon , & fa 
Bonté n'a point de limites:Le Scy th & le 
Tarure font auiïi bien à luy que lesGrecs, 
ievoudrois que toutes les langues du ciel 
& de la terre le beniffent pour les merueil- 
les qu'il a opéré, &c qu'il opère tous les 
lours deuant nos yeux , au milieu de la 
Barbarie : qui n'admire point ces Maa- 
morpholes , ne les voit pas ^ ou qui les 
voit v & ne les admire pas, n'a point de 
cœur,neconccuantpasce quilacôufté à 
leius-Chrift pour changer des enfans de 
Sathan des enfans du grand Dieu. 



De 



de farinée 1^40. g?* 1641. 49 



De quelques haptefmes plus fu 

là E^ejîieme de Sainùl lokph. 



ignalésin 



CttÀPlï-RrEr'1-IH. 



T E nombre de ceux qu'on a fait-Chrc- 
JL^ftiens cette année, es Refidences de 
la Conception & de S. Iofeph * n'eft pas 
moindre que celuy des années précéden- 
tes > nous ations maintenant cette confola- 
tion qu'on ne baprife pas feulement les 
enfans Se les malades,mais encor les adul- 
tes qui font pleins de vie Se de famé; les 
grâces que Dieu fait à quelques yns de ces 
bons Néophytes font fignalées ; l'en 
toucheray quelques-vnes en ce chapitre^ 
tpe ie prefenteray comme vnenchere- 
compenfe à tous ceux qui procurent de- 
uantDieu &c deuantleshommes 5 lacon- 
uerfion de ces peuples. 

Nous baptifafmes à mcfme iour trois 
chefs de familles qui fe retiroiem ordinai- 
rement àTadouflàcmaisle defîrdeleur 
falut leur a fait prendre party auec les 

D 



jo Relation de ta Nouuelle France 3 
Chrefticns de la Refidences de Sain& 
Iofeph, lepluî» fignalé des trois Te nom- 
me Charles Meiachfca^ac* Monfieur le 
Chcualier de Montmagny ,noftre Gou-* 
uerneur le voyant fi zélé pour noftre 
croyaecvoulut eftrefqn parrain: Iedirois 
volontiers de luy ce que noftre Seigneur 
diioit de Nathanacl : Ecce <verè Ijraë/itA 
inquo dolus non eft> ce bonhommeeft vn 
vray liraëlite, \{ n'eft compofé ny de frau- 
de ny de Ibpercherie, c'eit la mefme can- 
deur ila toulïoursefté porté au bien, mais 
depuis enuiron deux ans Dieu l'a forte- 
ment touche., il nous a raconte , qu'eftant 
certain iour dans les bois , il vit vn homme 
v'eftu comme nous, &: qu'il entendoit vne 
voix qui luy difoit: Quitte tes anciennes 
façons de faire , prefte l'oreille à ces gens 
la, & fais comme eux; 8c quand tu feras 
inftruit , enfeigrie tes Compatriotes: le 
ne fçay , difou-il, fi c'eftoit la voix du 
grand Capitaine du ciel , mais ie voyois &c 
conceuois des chofes grandes; ie tins au 
commencement tout ce difeours pour vne 
réuerie de Sauuage , & i'ay pafTé plus dvn 
an fans y faire autre reflexion que celle 
que ie ferois fur vn longe : Mais enfin 



de ï 'année 16 40. p} % 16 41. jt 
Voyant que ce bon-homme s'efforçôit de 
nous irimer le plus p/és qu'il luy eftoin 
poffible ,1fcî^UG3^d)ndirion > voyant fa 
ferueur à embraflerôt publier U foy,ouoy 
qu'il enfoit de cette viiion ou de ce (ongç , 
i*ay creu que ces bons effets ne pouuoient 
prouenirquede la grâce de Ieius.Chiift: 
Si toft qu'iï eut^entendu çett e voix, il quit- 
ta de foy-mefme fans nous parler , car il 
cftoit bien loin de nous 3 toutes les folies 
de fa Nation > les feftins à tout manger ^ les 
chants fuperftitieux 5 il quitta mefmc les 
chofes indifférentes > comme de fe pein- 
dre le vifage, de s'oindre.&de fe graifler 
les cheueux &. la face > à la façon des au- 
tres Saunages , il quitta le petun jdotu les 
Sauuages font paffionnés au delà de et 
qui s'en peut dire: Ilfemit à prefeher [es 
gens jdifant, qu'il falloir croire en Dieu* 
qu'il nous falloir prefter l'oreille y qu'il 
falloit faire le ligne de la Croix sc'eft, di- 
foit-il $ tout ce que ie fçay j ilie faifoit à 
tous proposfans prononcer aucune paro- 
le 3 n'ayant pas encor efté inftruit : îl par- 
la fi bien aux Sauuages deTadou!Tac 3 &à 
quelques vns du Sagné, qu'ils le déléguè- 
rent à Kôbec pour venir quérir quelque 

Dij 



5 1 Relation de la Nouueïle France^ 
Père de noftre Compagnie , afin de leur 
enfeigncr les prières ; c'eftain fi qu'ils par- 
taient : Ce bon -homme voyant que le 
Père qu'il demandent n'y pouuoit aller, 
fetourmentoit : le penfe,faifoit il, qu'on 
s'imagine que ie fuis vn menteur 3 il s'a* 
dreffe au fieur Oliuier , &: le coniure de 
faire en force auprès de Monfiearnoftre 
Gouuerneur , qu'on enuoyaft ce Père à 
Tadoufiac, affinant que les Saunages qui 
eftoient là* vouloicnt croire en Dieuj il 
n'y eutpointmoyendeluy fatisfaire pour 
lors : Il s'en retourne donc porter refpon- 
fe, qu'on ne les pourroit aller vifiterj qu'au 
Printemps le Père quilsdemandoient les 
iroit voir : Ayant fait fon meffage il s en 
reuint en la Refidence de Sainâ: Iofeph* 
amenant auec foy deux familles : Nous 
prenions platfir de voir la naïfueté de ce 
bon Néophyte, il neiettoit point les yeux 
fur les autres François, mais fur nous 5 taf- 
chant de nous imiter félon Ces forces 5 il 
nous vint demander vn papier , nous 
priant d'y marquer tous les iours : Mar- 
qués , diloit-ilj les iours de fefte, les iours 
de trauail, le> iours qu'on ne mange point 
de chair , les iours de ieufne , les iours que 






de l'année 164.0. fy 16 4.1. j$ 
vousieufnés vous autres , & non pas les 
f^ompagués , c'eit ainfi qu'ils nomment 
les hommes de trauail , car ie veux 
faire entièrement comme vous : Luy 
ayant donné ce papier, il rernarquoit fore 
bien la différence des iours. Vnhonnefte 
Fraçoisayât fait quelque voyage auecluy 5 
nous a rapporté, qu'il fe contentoit les 
iours dt poiffon dVn peu de galette bouil- 
lie dedans de Teau pure; il s eft comporté 
iî religieufement en ce point que le pauure 
homme a quelquefois pafledeux iours fans 
manger, n'ayant autre chofe que de la 
chair 3 ne voulant pas violer le Comman» 
dément del'Egiife , auquel il n'eft nulle- 
ment obligé dans la neceffité deleurs vi- 
ures : Eftant inuitë au feftin les iours qu' on 
ne mangeoic point de viande, il gardoit 
(on mets pour (a famille, fans y ..toucher; 
mais comme nous luy allions dit feule- 
ment qu'on ne mangeoic point de chaït 
les iours marqués dans fon papier -, Luy 
• prenant cela au pied de la lettre, fans phi- 
lôlophec plus auant , ne mangeoic point 
de chair , mais ne laiffoit pas de boire du 
bouillon où la viande auoit cuit :Nous en 
eftans apperqeus, nous ne luy vôulufmes 

D iij 



I* 



5 4 Relation de la Nouueîle France * 
point defendre 5 ayans côpaflïondefa pau* 
urerqcariln'auoitlejplusfouuentcesiours 
là quVn morceau de galette, ou vn mpi> 
çeau de pain pour tout mets, &. encor bien 
petit. 

Il a tellement dans Tefprit d'imiter nos 

façons de faire,qu d nous demanda fi nous 

le voudrions bien receuoir par m y nous, 

qu* airlî bien il vouloir quitter fa femme, 

puis qu'elle ne preflbit point fon baptef- 

me) la voix que ray entendiie difoit-il, 

m'exhorte à vous imiter 3 ie ne me foucie 

point d'eltre marié, ie donneray ma petite 

fille aux Vrfulines , & ie dsmeureray auec 

vous ; ce deffein nous fit rire: Comme il 

nous voit par fois retirer feuls à fefcarr^ 

pour nous entretenir auec Dieu, il fait le 

mefme, fe promenant toutfeul 5 contreia 

çouftumedefa nation 3 recitant fonchap- 

pelet,ou ruminant quelque point de la 

dodrine qu'on luy aenfeignée. 

Vn Père de noftre Compagnie, eftant 
defeendu ce 'Printemps à TadoufiTac , 
comme il s'éloignoit tous les iours des 
cabanes , pour fe recueillir quelque 
temps, ce bon-homme le fuiuok fans 
mot dire, fe promenant à part fans lm- 



de l'année 1640. & 1641. 55 
terrompfe : Enfin le Père s'eftant apper- 
çeuqu il portoit vn piftolct fous fa robe, 
luy demanda ce qu'il venoit faire 3 &ce 
qu'il vouloir faire de cesarmes: Vy viens, 
fit-il, pour faire mes prières, ££ pour te 
garder , ce lieu où tu re retires eft dange- 
reux, quelque Etechimin ou autre Sauua- 
ge mal affectionné peut venir iufques icy, 
%>c te tuer fans que nous nous en apperce- 
nions 3 fi cela arriuoit tuattrifterois tous 
les Sauuages, voila pourquoyiç viens ar- 
mé pour te protéger , tu ne deurois pas t'e- 
loigner des cabanes iufques à la venue des 
nauires , qui nous mettront en aflurance. 

On F entend affés fouuenc exhorter les 
Sauuages a fuiure nos façonsde faire; len- 
tes les yeux , leur fait il, fur les principaux 
François, fur les Capitaines ,fur les Pc- 
res, ce font ceux-là qu'il faut imiter s'il 
y à quelque Compagnes qui ne marche 
pas droit , il n y faut pas prendre garde y 
ils ne fçauent pas tous le Malfinahigan, 
ç'eft à dire le Liure qui enfeigne comme 
il fe faut bien comporter: Si toft qu'il fuç 
touché de Dieu , voyant des Saunages du 
Sagné arriueràTadoufTaç, il les alla vifî- 
ter, les exhorta à enibraffer la foydont il 

D iiij' 



I 



5 6 Relation de la Nouuelle France*, 
n'auoit quafî aucune cognoiffance , êz 
pour ce que les prefents ionc les paroles 
decepaïs-cy, il leur offre vn grand collier 
de porcelaine 3 pour les engager à croire en 
noftre Seigneur, te n'appris cela qu'vn an 
après fe encor par accident. 

Ces trois chefs de familles donc fay 
parlé, eftoiem fi ardens à fe faire inftruire, 
qu'ils nous laffoietft. Ayans efte certain 
iour long temps auec nous, on les vinr 
inuiter au feftin , ils fe dirent Tvn l'autre, 
n'y allons pas, nous voicy en repos auprès 
des Pères qui non. inftruifént,efcoutons 
lespendant que nous auons le temps. Qui 
aconnoiffancedu génie desSauuages, iu- 
gera que cette aétion efi; remarquable en 
eux 5 i'ay veu entr'autres Charles donc ie 
parle maintenant, fe bander fi fort pour 
retenirles prières, qu'il en fuoit-à greffes 
gouttes en vn temps afles froid: Il fe fai- 
foitinftruirepar des enfans, eîcriuoit, ou 
plutoft faifoic desmarques (ur de l'efcorce* 
pour s'imprimer dans Teiprit ce qu'on luy 
erifeignoit;ils ont tous trois paffe plufieurs 
nui&s, ou peu s'en falloit , pour fe faire 
dire & redire le Pater &c \\Aue , &r le Credo 
en leur langue , afin de pôuuoir réciter 



de tannée 1640. & 16^1* j/ 
leur chappelcr 5 ils eurent de grands fentî- 
mensen leur baptefmc ,ic m'eftonnay du 
courage de i'vn d'eux \ car deuanc qu'il 
fuft Chrcfticnil auoic de grandes craintes 
que fa femme ne le quittait : eftant baptî- 
fé , non feulement il perdit cette crainte, 
mais voyant qu'elle ne preflbit pas fon Ba- 
ptefme affés fortement à fçn gré, il luy 
dit nettement, que fiellenefe haftoit de 
croire en Dieu \ qu'il la bannîroit de Ces 
■cofte-s j& qu'il efpouferoit vne Creftien- 
ne: Ces troisfamilles font pourleprefenc 
régénérées dans le Sang de T Agneau, il 
n'y a que la femme de Charles qui fe fait 
maintenant inftruire, quoy qu a{fés lente- 
ment 1 c'eftvn naturel brufque &c agard, 
qui donne-bien de l'exercice à ce pauure 
homme :I1 nous vint trouuer certain iour 
tout affligé i Vous m'aués dit que ceux qui 
font du mil y font bien fouuent incites 
par les*Demons, helas » faifoit-ihie fuis 
donc toufîoursauec quelque Démon, car 
ma femme eft inceflamment en cholere; 
fay peur que les Démons qu'elle retient 
en ma cabane ne faffent tort au bien que 
i'ay receu dans le faind Baptefme ;K là 
deflus mettant les bras fur fon cœur: le 



58 T&Ltion de la Nouuelle France ] 
vousaffure, difoit-il, que c'efl; tour de bon 
que ie croy en Dieu , & que ie iuy veux 
obéir; Se comme i'ay appris que le péché 
chaffoit Dieu de noftre ame, quand vn 
autre fait mal en ma prefence,ie crains que 
cela ne porte dom mage à mon coeur. 

Vne autre fois; fa femme luy portant vn 
coulteau dans la cuiffe, uy efquiuant le 
coup, il n'y euft que fa robe offenfée 3 à la- 
quelle cette Megere fit vnegrandeeltafi- 
lade^ià deflus il nous vint trouuer, ren- 
contrant des Sauuages en chemin il fç 
mett it à rire: Voila difoit-iljacholere 
de celle qui me tient pour fon valet , elle 
penloit me pouuoir fafcher, mais i'ay plus 
de pouuoir fur moy que d'entrer en fu* 
reur pour la choleredVne femme ; & re- 
gardant fa robe toute defchirée:£n véri- 
té, difoit-iî 3 cette femme n'a point d'cfprir^ 
c'eft choie eltrange comme les Sauuages 
font ennemis de lacholere,&commece 
péché les choque, 

le ne fçay ce que ce bon-homme n'a 
point fait pour la gâtgner à Dieu : fi tu 
veux croire, luy difoit-il , ie t'aymeray 
vniquementjie te fetuiray à tous tes be- 
foins, ie feray mefme les -peins offices que 



de ïanme 1640. & 16^1. 59 
font les femmes,, i'iray quérir de l'eau Se 
du bois 5 ie techerirayplûs quemoy-mef- 
raq il fe pinçoit le bras, &: luy difoit : Vois- 
tu cette chair >ie ne l'aime pas, c'eft Dieu 
que i'aime,&; ceux qui croyenten luy; f* 
tu ne luy veux pas obeïr 3 il te faut éloigner 
de moy y car ie ne puis aimer ceux qui n ar- 
ment pas Dieu. 

Sa femme fe mocquoit de luy; Ne vois^ 
tu pas que nous mourons tous depuisqu'on 
nous a parlé de prier Dieu 5 où font tes pa- 
rensjoàfont les miens, la plufpart font 
morts , il n'eft plus temps de croire. 

Tu n'as pas d'efprit , luy repartoit-il > 
çeluy qui nous a donné la vie,& qui nous 
h conferue lors que n@us ne croyons pas 
en luy ,nous l'oftera- ni maintenant que 
nous voulons luy obe'ir ? Se quand il nous 
lofteroit ie ne laifîerois pas de l'aimer- 
car ie ne l'aime pas pour viure long-temps 
ça bas en terre 7 mais pour le voir au 
ciel : fî tu ne veux croire en luy > retire toy 
d'auprès de moy ; fi mon Père qui m'a in- 
flruit , dit que ie viuefeul,ieluy obeïray, 
s'il me fait remarier à vneChreftienne^ie 
la prendray. Comme on luy auoit don- 
né yn catalogue des iours de feftes,& qu'il 






6 o Relation de la Nouvelle France 3 
les gardoit dans les bois, fa femme luy re- 
prochoic qu'il eftoit pareffeux , qu'il ne 
chaflbic point, qu'il ne feroit qu'vn gueux, 
qu'il n'auroit pas^dequoy viure, ny dequoy 
fecouurir. Tes paroles, luy difoit-il,ne 
m'eftonnent pas, quand tout ce que \x\ dis 
deuroit arriuer ie ne iaiflerois pas d'obéir à 
Dieu,ien'attens pas de luy des richefies 
en terre , i'efpere neantm oins qu'il m aflî- 
■ftera 3 &quoy que Ton nie die, ieluy obeï- 
ray: Quelques Saunages voyans qu'il jet-» 
'toit aux chiens les os de caftor qu'il pre- 
noir, l'aceufoient de fo!iie,difant qu'il n'en 
prendroitplus: Ceft Pvne de leurs fuper- 
ftitions anciennes de jetter dans la nuiere 
ou dans le feu les osde certains animaux, 
afin qu'ils 'ayent bonne chafTe. Luy leur 
repi ochoit leur ignorance : Ces animaux 
font faits pour nous,difoir-il,c'eft vne tro- 
periedu Diable de s'arrefter à ces fuper- 
ftitions, vousvousarreftésàdes menton» 
ges, Se vous fermés les yeux à la vérité. 

Siont'incitoic à embraff. r quelque cho- 
feoùildoutaft qu'il y eû f pêcherie ne fçay 
pas 5 fâifcir-iLfi cela m'eil permis, ie ]e 
demanileray à mon Père, éc ie feray ce 
qu'il me d^aiurce lu jet. 



de l'année 1640. & 1641. 61 
Quand il s'en alla faire fa chaiî'c pendant 
riiyuer,nous luydonnafmes,comme i'ay 
remarqué cy-defîus, vn petit calendrier, 
où il marquoit tous les loursjnous l'exher- 
tafmes auffi de fe trouner le jour du grand 
Vendredy à Kebec ,s'il y auoic moyen, 
il n'y manqua pas, il s'y trouuaparmy les 
François, & fut plus de trois heures à i'E- 
glife > affiliant auSeruice & àJa Pa/îlon, 
quoy qu'il n'y entedît rien ; apresle difner 
il fe vint confcfler,& après fa confeffionil 
fut encor vne heure &demieà la chappel- 
le,tl n'auoitmagépendat leCarefmequ'vn 
peu de galette, & vifpeu d'Jbuilc de loup- 
nurin.qu'il auoit expreilement conferuée 
pour ce temps- là:s'eiiantconfeile& com- 
munié,ils'en retourna à la chafTede temps 
Iuy eftant encor fauorable, il fit bonne 
prouifion de chair d'Eflan, mais ayant 
donné charge à fes gens de l'aller requé- 
rir auec fa chalouppe, & les vents eftans 
contraires, il fut long-temps comme pn- 
fonnier dans ces grands bois, fans nous 
pouuoir venir voir; à fon retour il nous 
tira quafi les larmes des yeux.nous racon- 
tant comme il fecomportoit dans ce petit 
SannhTement, ' 



9 



.-* 



ëi Relation de la Nouuellè France] 

le difois à Dieu, failoit-il, coy qui com- 
mandes aux vents, arreite-les, afin que ie 
puifle aller en ta Maifon 5 iem ennuie d'e- 
ilre il longtemps fans me confeffer , 8c 
farts voir ta Maifon de prière. Quand il 
faifoit quelque chôfe qu'il penfoit eftre 
péché >auffi-coft il fe mettoic à genoux* 
en demandoit à Dieu pardon, & fe frap- 
poitfoy-mefme,pour tirer vengeance de 
ce quii penfoit eftre faute y &c qui bien 
fouuent ne l'eftoitpas, prenant la crainte 
du péché pour le péché mefme. 

Sa petite fille eftant tombée malade* 
en forte qu'il penfoit qu'elle en deuft 
mourir- fa femme ne manqua pas de luy 
reprocher quelebaptefme la faifoit mou- 
rir$ce bon homme mettant fonefpèrance 
en Dieu j prend fon chappelet, luy pend 
au col, &c la prefente àDieu au ec ces pa- 
roles ; cet enfant eft à toy , tu me l'as don- 
née^ ie te fay rendue, détermine de fa 
Vie comme tu voudras, tu en es le maiftre; 
fi tu veux quelle meure, ieraggréeray,fî 
tu me la veux encor donner vne fois, ie 
t'en remercieray * & fi toft qu'elle fera 
grand e,ie la donnerayaux Filles vierges* 
pour la faire inUruire^ fais-en comme tu 



de l'année î£ 4 o. $ 1641. 6y 
Voudras, quoy qu 11 arnue , îe ne iaifferay 
pas de croire en toy, l'enfant guérit auec 
leftonnement 5 & auec la confolauon de 
fes parens. 

Ayant appris qu'vn certain homme par- 
loitmal deiuy, ri luy vint quelque penfée 
delepayerenmefmemonnoye,& dedi- 
uulguer quelque mal qu on luy auoit ap- 
pris de cette perfonne; faifant reflexion 
fur fa penfée, il deuint tout confus 5 & fe 
mit à genoux, demanda pardon à Dieu, 
difant en foy mefme: fi ceux quinefont 
pas baptifés font du mal, il ne faut pas que 
ceux qui le font ; les imitent, & là deffus il 
fe mit à prier pour celuy qui le calomnioic, 
la nature fce vapasfi auant,ces frui&s ne 
fe cueillent qu'au iardin de la grâce, au mi- 
lieu duquel eftplanté l'arbre de Uiainde 
Croix, fur lequel Icfus-Chriftprioitpour 
fes ennemis* 

Exhortant vn malade, & luy représen- 
tant les biens de l'autre vie; ne pçnfe pas, 
difoit-il,quc les eaux duBaptefmefever- 
fent pour guérir ton corps, c'eft pour pu- 
rifier ton ame,& te donner vhe vie qui 
ne peut mourir,le Baptefme n'eû pas infti- 
tué pour vne chofe fi baffet que noftre vie, 




* 



6 4 R*\ttion delà Nouuellc Ftantël 
noftre Père qui eft dans les deux, ne nous 
fient pas au rang des chiens pour ne nous 
donner que la vie commune aux be* 
ftes. 

De vérité, ie luy ay ouy dire tant de biens 
de la foy ,,& tenir des diicours fi deuots Se 
fi tendres, que l'en eftpis tout eftonrjéjie 
me veux mal,d'auoir laifle eichapper de 
ma memoirejes bons fentimens que Dieu 
luy donne, & à plufieurs autres, mais com- 
me ces bonnes gens ne decouurent les 
mouuemcnts de leur cœur ,que dans les 
occafions qui fc prefentent, &c que nous 
n'auons pour lors , ny plume , ny encre* 
pou les remarquer, nous biffons écouler* 
quantité de fain&esafft&ionsdecesbons 
Neophytes,fans les remarquer^ Adiouftés 
que la rcifemblancede (es aûions, me fait 
craindre le degouft;, pour ce que cela fem- 
ble des redites. 

L'vn de ces trois chefs de famille fut 
nommé Acliiiles par Monfieur le Cheua- 
lier de rifle , lequel prend grand plaifir de 
voir ces bonnes gens fe ranger au bercail 
de TEglife : Tant que des hommes de ver- 
tu & de mérite tiendront icy le timon, la 
foy y florira : Si- ceux qui douiem eftre 

co/nme 



ie l'année 1^40. 6*1641. êj 
comme les yeux, s'aueuglem iamais dans 
les vices ^ le beau iour donc maintenant 
nous iouiflbns > fera bien-toft changé en 
des ténèbres. Mais po«r parler de noftre 
Néophyte 3 ie ne fais pas moins de cas de 
celui-cy que de Charles 5 il eft vray qu'il 
n'a pas fi grande authonté, qu'il a moins 
de parole , maisie croy que'fpn cœur n'eft 
pas moins touché $ il eftoit fore orgueil- 
leux deuant fonbaptefme* nous en efpe- 
rions peu déchoie , Dieu l'a conuerry en 
Vn petir agneau; fon père eftoit Capitaine* 
plusaimé des Françoisqu'ilnelesaimoit* 
il a eftë miferablement maffacré par les 
Hiroquois i'fon fils a maintenant autant 
de bonnes qualirés que fon père en auoic 
de mauuaifes t II fut baptifé en Nouem-* 
bre , &c tomba malade au xnois de De- 
cembre-, on le tenoit pour mort : La crain- 
te que nous auions qu'il n'attribuait fa ma- 
ladieàfônbaptefmecômefont les infidè- 
les 3 nous portoitàlevifiterlouuent, nous 
en retournions toufîours tres-confolés; le 
nem attrifte point de ma maladie 5 ie ne 
crains point la mort ^ ie penfe incefîam- 
ment à Dieu > faifoit-il 3 ie me réjouys de 
ce que mes péchés font effacés; fi ie meurs* 



66 Relation de la iVo uuelle France] 
i'efpere que i'iray au ciel , voila ce qui cou- 
foie mon cœur. 

Il n'auoit qu'vrie petite fille, Dieu luy 
rauit quelque temps après fon baptefme; 
ce coup ne l'efbranla point ; il nous ad- 
uoiia neantmoins qu'il l'auoit reffenty: 
Ma maladie , difoit il, ne m'a caufé aucu- 
ne triftefïe , mais la mort de mon enfant 
m'a vn peu touché j Dieu luy a rendu de- 
puis vn beau fîJs. 

Pendant la MefTe de minui&i comme 
il eftoit malade, il demeura dans fa caba- 
ne , mais il ne voulut iamais dormir ; il 
parla tout ce temps-la en prières, faifant 
i'es plaintes à noftre Seigneur de ce qu'il 
ne pouuoit point aller à l'Eglife comme 
les autresé 

Vn Sauuage me menant de grand ma- 
tin à Kebec, fon canot faifant eau, il def- 
cend deuant l'Hofpital pour demander vn 
peu de feu afin de radouber fon petit vaif. 
feaii 3 i'entray cependant à la Cnappelle s 
i'y trouuay noftre nouueau Chreftien à 
deux genoux , les mains iojntes ^ & les 
yeux au ciel 5 mais fi attentif à fa prière 
qu'il ne m'apperceut point , quoy que ie 
demeurafle là quelque temps, ôc que i'en 



•rtifleâuecafles de bruit; fon attention 
l'attendrifloit 5 en effet , (es deporternens 
me voir que (on cœur eft à Dieu. 
Il nous a dit par rencontre, ce qui l'audit 
mé à embraffer la foy: Vn Chreitien par- 
tît hardiment de Dieu deuànt les 'nfi- 
îlles^ priant publiquemenequoy qu'on 
mprouuaft, &c qu'on (emocquaii deluy , 
c.caufe qu'il conclud quelque chofe de 
•and de noitre créance, puis qu'vnhom- 
e la defendoit û courageufement aux 
:pens de fon honneur;, 
Vn autrehomme fon parent^non encor 
iptiiéj eftant malade à la moi;t ; fit venir 
sami S) &leurdit:I'ayeftéàKebeCji\iy 
itendu parler vh tel Père, des chods de 
utre vie $ tout ce qu'il dit mefembleve- 
abie, iay vn grand regret de mourir 
:uant qued'eftre inftruit 5 vous autres, al- 
îtrouuer ce Pereapres ma mort , écou- 
s-le,croyés ce qu'il vous dira , & vous 
iiesbaptifer; car ce que ces gens-la en- 
igncpt, eft bon : Ce panure homme 
eurt là-delTus , & noïïre Néophyte def- 
toucdifpqfé dansl'ame , ayant fait- ren- 
dre de Charles Ton Compatriote , qui 
nuttoit à croire en Dieu, Ce ioinc auee 

£ y 



C% Relation de U Nonuelle France, 
luy pour venir faire farefidenceàSâii 
Iofeph y Dieu luy a rendu lafanté, mal: 
ne Ta pas forte > & s'il peine beaucoup j 
n'eft pas pour viure long-temps. 

Charles l'emmenant ce Pnntemp 
Tadou(îac,il medifoit en fecret;Q que i 5 
eu de peine à me refoudre à ce voyage 
mefemblokquandiequittay laChappe 
pour m'embarquer 3 qu'on m'arrachoit 
cœur y &c ïamais ie ne m'euffe pu refouc 
à partir y n'eftoit que f efperois de te tro 
ueràTadoufTac, &que i'auroisle moy 
de me confefler & communier. 

Iidifoitvniour après auoirreceu nofl 
Seigneur: Mon cœur eftplein deioye, 
ne fçay ce qu'il die , iefçay bien qui! ps 
le 3 mais ienePentenspas,il va plus vii 
que ma penfée^il me femble que ceq 
Bidj me fait,eft admirable>ie tremble ta 
i'ay peur de fallir ce qui ^ft en moy,il m't 
auis qu'on médit dans rame,qiul fautqi 
ie fois bon > puis que ie croy en luy , 
que ie ne commette plus aucun mal: 
vous fçauiés 3 dil oit -îhcombieni aime me 
baptefme. Se combien i'en reflensdeio) 
dans mon cœur , il me femble que ie n'î 
plus ne n à craindre. Si toit qu'il eut enuj 



m 



de l'année 1640 & 7641. 69 
feconuertir, le Diable lu y dreflTa vne 
te cmbufche > le miferable Mathem- 
:hcichid , donc i'ay fôuuent parlé es Re- 
!ons précédentes, honteux de deoneii- 
parmy les ChrefHens, qui le confort- 
ent par leurs exemples , prit refplution 
s'éloigner auec fes deux femmes, qu'il 
pouuoit quitter; il fit fes efforts pour 
menée ce bon-homme auecluy dans le 
s des Abnaquiois , luy promettant 
nts &c merueilies , comme on dit : mais 
>raue Néophyte luy refpondit,qu'ayâc 
r parler d'vne autre vie 5 il vouloit aller 
r ceux qui en ouuroient le chemin, 
: la chofeeftoit de trop grande confe- 
nce pour la négliger : p eut eftre que ie 
iray pas affés d 5 efprit,difoit-il , pour 
ipren-dre ce qu'on me dira , mais touf- 
rseft-ilbon d'oùir parler de ces mer- 
les y 11 s'en vint à Sainû lofeph , 8c 
chembichtichid s'en alla au païs des 
aaquiois, où il a efté miferablemenc 
cet hyuer, fes femmes font reuenucs 
mifer^bles , fon fils aifné mort corn- 
vn chien , fans baptefme, fa famille 
Jerféej voila la fin de ceux qui ferment 
:ille à la voix de Dieu qui les appelle. 

E iij 




fù Relation de là Nounéh France^ 
le voy bien que ie diray là mefme ch 
fe 5 fiie veux rapporter les bons fentime 
des aucres que nous auons baptifés; car m 
ftre Seigneur leur donne les mefmes afï 
(fttansj & les mefmes volontés. le dir; 
feulement en pafiant 5 que deux ie 
nés hommes à marier nous prefTa 
fort pour leur baptefme > enfin comn 
nous les remettions après leur mariage 
caufeque nous auons de la peine à mari 
les ieunes Chreftiens , damant que le m 
riage des Saunages ae s'affentiit pour To 
dinaireque par vne refiemblance d'hi 
meurs > ou par les enfans que Dieu le 
donne , ou par vn long-temps 3 &c par vi 
longue& mutuelle conuerfation par e 
femble : Comme donc nous rejettio 
nos ieunes gens, leur promettant le ba 
tefme quand ils feroient mariés ; ils no 
venoiem ftxuuent trouuer toîous difoien 
Ou baptife nous fans nous marier, ou no 
trouue des filles propres pour nous ; veu 
tu nous perdre , fi nous mourions dans 1 
bois , s'ilnous arriue quelque accident a 
lans à la chatte y que deuiendront n 
ara es, tu nous fais trembler par le récit.d 
feux.& des tourmens de l'Enfer 5 & tu i 



m 



de tannée 1^40. ^1641. 71 
yeux pas nous déliurer de ce péril: Enfin, 
comme il falloic ce Printemps partir pour 
a}ler àlaguerre^ ils dirent tous deux àleurs 
Capitaines, qu'ils ne^ marcheraient point 
s'ils n'eftoiêt bâptifés,& qu'ils craignoient 
de mourir deuant quedereceuoir ce Sa- 
crement , ils promirent de plutoft iamais 
nefe marier 9 s'ils ne trouuoientdes Chre- 
ftiennes:Ie me foucie bien de mariage, 
difoit Tvn d'eux , vous ne procédés pas 
bien , nous difoit-il , ie vous parle du ciel 
Se du Baptefme , &c vous me parlés de me 
marier^Vne femme effaçera-t elle mes pè- 
ches^! fefafcha fi biêqu il nous dit:Ie[ voy 
bien ce que c'eft* vous voulés que ie fois 
damné, Vous me faites perdre cœur; mais 
vous refpondrés démon ame, Enfin non-* 
obftant les peines que nous appréhendons 
pour leurs mariages, nous les baptifafmes 
à leur grand contentement: Le plus ieunc 
a eftéefleu Capitaine ; &npftre Seigneur 
depuis qu'il eft Chreftien, luy a donné vnc 
ieune femme Chreftienne , qui ne le pou- 
uoit aimer deuant qu'il foft enfant deDieu* 
ils ont efté mariés publiquement à la VC3 
sue des VaiffeauXo 



ui 



1 



m* 



jz Relation de la N&uuelle France* 



Du baptepne dvn Huron en la Hefi- 

dence de Sainft lojepk Vro~ 

che de Kebec. 

Chapitre V. 

LE Père Iean de Brebeuf eftant des- 
cendu des Hurons auec le Père Fran-* 
çois du Peron *fut conduit iufques à Ke- 
bec par des Sauuages,enpanieCherftienSa 
en partie Catéchumènes, il y en auoit vn 
de confîdcration, homme de bon lens* 
fils du Capitaine de fa Bourgade ; mais 
comme en ces quartiers Ià> les enfans nç 
fuccedent pas à leurs pères dans ces char- 
ges honorables, fi bien les neueuxduco- 
ftédela fœur ? cet homme mené vne vie 
priuée en fon païs,neantmoins comme 
il eft adroit , & reconnu pour vn homme 
d'efprir,il eft écouté S^bien voulu defes 
Compatriotes. Monfieur le Cheualier de 
Montmagny ayant appris de la bouche 
du Père de Brebeuf, les belles qualités de 
ce bon Catéchumène, demanda fi on ne 



de l'année 1640. & 16 41. 75 
Je pouuoic pas bien baptifer deuant fort 
départie Père repartit que ce bon-hom- 
me nauoit pas de plus ardens defirs, qu'on 
neleretardoitquepourrépronuer dauan- 
tage:Iamais>difoit lePere 3 îl n'acomba- 
tu formellement la foy. Au plus fort de 
nos perfecutions , lors qu'on nous bannif- 
foit de tous coftés. Se que les portes des 
cabanes 5 & l'entrée des Bourgades nous 
eftoient fermées> il nous receuoit charita- 
blemeru 3 &nous permettoit de faire bapti- 
fer,non pas feulemëtfes parés, mai sencor 
fes propres enfans; ce Printemps dernier , 
il a ietté au feu les forts qu'il auoit pour la 
chatte, déclarant tout haut qu'il vouloir 
croire en Dieu, mais tout de bon, & fans 
feincife; renonçant publiquement à tou- 
tes lesanciennescouftumes, & à toutes les 
fuperftitions de fes anceftres, Eftantalîé 
en guerre, il s'accofta de deux Chreftiens, 
& les voyant retirer dans le bois , pour 
fuir les fuperftitions deleurs Compatrio- 
tes,^ faire a part leur petites prières » il 
les fuiuoit & pho%conime eux. Dans tout 
le voyage depuis les Hurons iufqùes à 
Kebec,qui eft fort long, il napafféiour 
qu'il n'ait inuoquç lefaind Nom de Dieu* 




74 Relation de la Nouuelle France] 
& ramais il ne s'engageoit, dans aucun 
faut, &c dans aucun danger, qu'il n'euft fais 
fa prière & qu'il ne fe fût armé du ligne de 
lafain&e Croix; Ildifoitparfoisau Père, 
que s'il s'en retournent en fon païs fans 
eftre baptifé, qu'il apprehendoit 1 abord 
de fa femme: elle ne manquera pAs,fai- 
foit il , de me faire ce reproche, on voit 
bien qu ? il y a quelque chofe qui manque 
enta foy , files Percs'auec lefquels tu as 
cfté fi long temps , pendant vé fi grand 
voyaget 'auoient iugé digne du baptefmc, 
ils ne te l'auroient pas refufé ?Peut-eftre 
que l'amour de quelque autre femme, t'a 
empefché d e pourfuiure vn fi grand bien i 
Voila, difoit-il ,1e premier falut que i'at- 
tens de ma femme 3 à mon arriuée au païs. 
Monfieur le Gouucrneur voyant vne 
a,me fi bien difpofée , dit pour ce bon 
Néophyte, ce que l'Eunuque de la Reine 
de Candacedifoit à faindt Philippe. Ecce 
aqua quid prohiba eumbàpùfari. Il y a tant 
d'eau fur le païs, qu'y a-c'il donc ^qui puifle 
retarder fon baptefmei Puisqu'il croit de 
tout fon cœur en lefus- Chnft } Les Pères 
y condefeendent aifement , Monfieur le 
Gouucrneur voulut eftre fon Parrain, le 



deFannée Ï640. (Sf 164.1. j$ 
iour eft pris auviagc-fixiefmedt iuin 5 oa 
en porte la nouuellc à ce bon Catechu- 
mene^on luyditque le grand Capitaine 
des François a intercédé pour Ion baptef- 
nie , il eft tout raui 3 la ioyc poflede fan 
cœur tout entier, la cérémonie fe pafla en 
l'Eglife de fain£tIofeph,oùfe retirent les 
Sauuages,ily en auoit pour lors vnbon 
nombre, chacun accoure pour voir vn 
Saunage de trois cens lieues, fe venir pre- 
fenteraubaptefmeen vne Eglife denou- 
ueaux Chreftiens : Ces bons Néophy- 
tes prennent vnfouuerainplaifir à ce doux 
fpedtacle, Se pour marque de leur ioye ils 
font retentir l'air de leurs Cantiques Spi- 
rituels : de forte que ce bon Catéchumè- 
ne s'eferia : Si vous chantiés ces Airs en 
mon païs, vous enieueriés tous les cœurs 
dermes Compatriotes. Enfin le Reuerend 
Père Vifnont commence les fain £fces céré- 
monies, èc le Père de Brebeuf l'interroge 
fu ; Jfà créance, Se fur fes volontés: comme 
il. eft homme de iugement, il ne fe trou- 
bla point 5 il repondit pofément, &refolu- 
ment à toutes les demandes, proteftant 
tout haut qu'il vouloir viure Se moudr 
Çhreftien 5 dansrobfe^:uance des volon- 



, 



y 6 Relation de la NouueUe France, 
tés Se des Commandemens de Dieu,&: de 
fon Eglife, Monfieur de Montmagny Je 
nomme Charles , luy faifant porter fan 
nom il fe nommoit en fa langue Sondat- 
faa, du Bourg d'Ofofauëjfi toft que les 
eauxfacrées eurenc touché fon corps, 8c 
purifié fon aine , fon parrain le carefle, 
Se luy du ; le me refiouis de vous voir 
maintenant au nombre des enfans de 
Dieu ; puis que vous eftes aifranchydes 
liens des Démons, cornbattés genereu- 
fement , tenés la parole que vous au ; és 
donnée à Diçu ,leBaptefme vous a don- 
nédesarmes& des forces contre vos en- 
nemis inuifibles , feruér-vou^-en coura- 
geufement; Et pour ce que les peuples qui 
vous font la guerre défirent de vous dé- 
truire , ie vous veux armer contre eux : là- 
deiîus il luy fait prefent d'vne belle arque- 
bufe 5 quieftonna ce bon Néophyte , car 
ces armes leur font toutes nouuelles : Al- 
lés, luy dit-il, exhortes vos Compatrio- 
tes à embraiïer la foy quevous aués receuë, 
&: les affûtés de ma part, que ie les proté- 
gera y 9 $ 'ils fe rangent au giron de rÊgljfe: 
Ce difeours finy , le Capitaine de nos 
Chreffiens de Sainét Iofeph fe leue * &: 



de Vannée 1640. &iC\\l 77 
âpoftrophant ce nouueau Ghreftien^luy 

dit- 

Mon frère, tous les Sauuages que tu 
vois icy à loueur de toy font Chreftiens, 
nous âuons tous quitté nos vieilles couûu* 
mes, nous auons jette bas les fottifes &: 
lesfuperftitions de noftre Nation, tu ne 
fçaurois conceuoirla ioye de nos cœurs, 
voyansqueui embraffes noftre créance 7 
& que tu aschoificette petite Eglife pour 
y eftre fait noftre frère : oiîy , tu les main- 
tenant 3 nous nauonsplus qu vn Père ,qui 
eft Dieu, &qu vne Mère commune , qui 
cft l'Eglifes voicy donc tes frères qui te dé- 
clarent , que tes amis font leurs amis, & 
que tes ennemis font leurs ennemis "$ èc 
pource que noftre Capitaine t'a fait pre- 
fent d Vne arme à feu, tes frères te prefen- 
tent par mes mains de la poudre pour t'en 
feruir dans les befoins , en ton retour. 

A ces harangues le bon Charles Son- 
datfaarefpondit : Onontio grande Monta- 
gne , (c'eftainfiqueiesHurons SdesHi- 
roquois nomment Monfieur noftre Gou- 
uerneur,àcaufequil s'appelle de Mont- 
magny)le nom que vous maués donne 
eft vn riche prefent , ceft vne obligation 




p$ Relation de hNoùuelle France] 

qui m'eft particulière, de laquelle ie roë 
reffenriray toute ma vie , ce canon que 
Vous auésadjoufté^fera vn grand, bruit de- 
dansnoftrepaïs, il fera voir Peftmie que 
vous faites des croyans ; cet affaire eft im- 
portant > voftre authorité en touchera plu- 
iîeurs y Se voftre prefent ne fera iamais mis 
en oubly ; Puis fe tournant vers les Sauna- 
ges ; Mes frères, fi voftre cœur a de la îoy e 
me voyant fait enfant de Dieu* le mien ea 
doit refiennr dauantage^vous voyant tous 
dans lapofTeffion de ce bon-heur; vous 
m'aués deuancé Se ie vous veux fuiure èc 
imiter: fi vousdefirés d'aller au ciel, i'ay 
les mefmes volontés - ? fî vous faites pro- 
fefïion de garder les Commandemens de 
Dieu t c'eft ce qu'auiourd'huy i'ay publi- 
quement promis &r proteite , i'efpere que 
iamais ie ne me démentiray de ma parole : 
TNÏousn'auons rien de fi précieux que nos 
colliers de porcelaine ifiTen voyois briU 
1er vne vingtaine denant mes yeux pour 
m'allecheraupcchéj ie détournerois ma 
veuë, &mon cœur auroit du dégouft de 
de ce qu'il a tant aimé. Nousfaifons eftat 
dans nos Bourgades de quelques habits , Se 
de quelques robes qui font en efïime par« 



m 



deî'année 1640. $j 164t. y 9 
mynous -fi ce que nous appelions beauté 
me prefcntoit vne de ces robes pour me 
corrompre iielûy dirois : Si le Dieu que 
i'adore veut que ie me férue de ees habitSj 
il m'en fera trouuer par d'autres voy es, le 
peehé eft banny de mon cœur , il n'y doit 
iamais rentrer* & fi parles m efmes attraits 
on m'offroit vn baril de poudre, & des ar- 
mes toutes de feu pour deftruire nos enne- 
-rniSi ierefpondrois 5 celuy qui a purifié 
moname rie veut pas que ie lafalliJÎe de 
rechef , il a bien d'autres moyens de me 
protéger, i'aymerois mieux perdre la vie 
que de l'offenfer; Voila,mes frères, les rc- 
folutions que ie prens dans mon baptef- 
rne^ au refte ma famille eft défia toute 
baptifée, mes enfans 8c mes neueux font 

Chreftiens.ilnerefteplusquemafemme 
laquelle non feulement fuiurà mon exeral 
ple,maiscommciefuis enquelque côfid 
ration dans mon païs, i'efpere que d'ati- 
treseneor prendront enuie de m'imiter-" 
notamment quand ie leur auray fait le ré- 
cit de l'honneur que le grand Capitaine 
des Hançois fait aux Croyans,& que ie 
leurparleraydelaconuerfion despeuples 
«jui nous fontfemblables. 



■ 



go Relation dt la Nouuelle France] J 
Apres ces harangues on fait f;-ttin,ch*- 
cun prenant part à cette ioye, benilîoic 
Dieu, de voir de fes yeux des change- 
mens fi eftranges-, que Ton en die ce qu'on 
Voudra , mais te croy que quelques Sauua- 
ges s'énoncent mieux en leur langue., que 
ie ne fais en lanoftre,&: leurs fentimens 
âc Dieu , font par fois fi tendres que le 
cœur les goufte mieux , que le papier ne 
les exprime, le mal eft qu'il n'y a que ceux 
qui les entendencqui connoiffent plus par- 
ticulièrement ces merueillcs du grand 

Dieu. - 

Quelque temps aprescebon Néophy- 
te parlant familièrement auPerede Bre- 
beuf , luy difoit : Si ma femme retarde 
tant foit peu fon baptefme, ie luy feray 
le mefme reproche que i'attendois d'elle, 
ie la piqueray iufques au vif , i'aduoiie 
qu'elle elt plusfage.&plusiuftequemoy* 
il y a long-temps que Vaydespreuues de 
la fidélité qu'elle m'a gardée : mais com- 
me ie la defire voir au piutoft dans le bon- 
heur d'ont i'ay fait rencontre; Si elle nd 
prefle fon baptefme, ie luy diray que la 
veue des ieunes homes l'aueugle, &: l'em- 
pefchedevoirlabeautédelaloydeDieu: 
* " iene 



âc ï année 1640. & 1641, gj 
ie ne croy pas que l'en vienne là , car 
tilt eft plus portée au bien que moy. 

A peine eftoit-il baprilé qu'il fe mie 
dans l'exercice du Chnftïanifme,&dans 
^fréquentation des Sacrernens, il fe con- 
feffa crois fois deuant que de remonter en 
*ibn pais. Ayantfait vn tour auxtrois Ri- 
uieres, comme l'eftois fur le point de mec- 
tre le pied dans le canot, pour defeendre 
à Saind ïofeph, ce bon Néophyte s'a- 
drefia au Père de Brtbeuf 5 Se le pria de 
, me dire ce qui fuir/ie prie le Père de di- 
re à Onontio grand Capitaine des Fran- 
çois, que ienay point de paroles pour là 
remercier, mais que i'en trouueray pour 
publier dans mon païs, les riches obliga- 
tionsque ieluyay 3 il eft vray que l'hon- 
neur. qu'il m'a fait, 8c [es riches préfets 
me touchent au cœur, mais tout cela n ap- 
proche de la ioye 5 & du contentement 
que ie refTens d'eftre Chreftien,il m'a re- 
commandé de publier cette faueur 5 iene 
la Içaurois taire 3 ie reporte ma langue ton-» 
te entière, voire elle eftaçcreûe de beau- 
coup en ce voyage, ieTemployeray toute, 
& en tous lieux^à publier les vérités de 
noftre créante. Ce difeours m'attendris 



g 2. Relation de la Nouvelle France 3 % 
ie l'embraffay là-de'ffus , & m'embarquay 
auec vn Nocher Chreftien, 86 vn autre 
Catechïimenc, bien édifiés de la foy de 
ce bon Néophyte, Il adjoufta au Père, 
qu'il eftok bienmarry , de ce qu'il ne pou- 
uoic reconnoiftrepar quelque prefenc .ré- 
ciproque , les faueurs de Monfieur le Cou- 
uerneur , l'amitié des François , &c la cha- 
nté des Sauuages C hreftiens; mais le Père 
luy ayant repany , que Monfieur le Gou- 
uerneur n'ateendoïc autre chofe de luy 
qu'vne confiance en la foy , & vne fidèle 
obeïfTante aux Commandemens deDieu: 
refperc, répliqua -t'il 5 que ie luy donne- 
ray toute latisfa£tion en ce point 5 car il 
me femble , félon la difpofition de, mon 
cœur , que rien ne me peur elbranler: 
neantmoins , comme ie fuis fragile , fi ie 
venpis achopper , le fouuenir delà prote- 
ftation publique &foiennel!e que iay faite 
a mon bàptefme,de vouloir viure & mou- 
rir dans l'obferuance des Commande- 
mensdeDieu, me rappel croit à mondc- 
ùoir; & vous mon Père , faifoit ce boa 
Néophyte ? fi umais vous me voy es chan- 
celer tant ioit peu , remettes moy en mer 
moire cette promeffe faite à Dieu, & vous 



de l année ié 4 o. ($j 16^1. 83 
rncverrés bien-tort dans mes premières 
refolutions, comme i'efpere^. 

II difoit que trois chofes l'auôient for- 
tement touché à Kebec: Premièrement * 
la prompte obeifTance , & le grand refped 
qu'on rendoiiàMonfieur noitre Gouuer- 
tieur : Cet éclat & cette bonté n'eft point 
chés les Sauuages^les Capitaines ont beau 
commander, les Sujet s n'en font pas plus 
ebeÏÏTans , s'ils ne veulent. 

Secondement , la pieté & îa charité des 
Religieufesle rauiffoit ;en effet .c'eft Nn 
des puiflans motifs que nous ayons , pour 
faiieparoiftrereftimequenous faifons de 
Dteu,&: des aéfrons qui luy font açrea- 
bles.de monltrer comme de ieunes Filles* 
cendres 8c délicates, ont quitte leurs pa- 
ïens ^ leurs amis , Se leur patrie ii douce 
& fi agréable , pour venir en vn païs pau- 
vre <3<:fafcheux,fousrei^^^ 
nelle^ & pour agréer à cekiy qui la leur 
^doit donner ^ cela leur fait croire qu'en ef- 
fet cette autre vie doic eftre* puis que fans 
attendre aurre recompenfe, ces bonnes 
Filles chéri fient, mcdicamentcnc,& nour- 
riflent leurs malades, auec vne nettdé de 
& vne chanté admirable ,inftruifenc leurs 

Fij 



tfr 



84 ^dation âe la Nouuelle France J 
enfans àuecdes affeftions-de vrayes Mè- 
res. Les Saunages nous demandent affés 
fouuent, fi ces filles de Capitaines 3 car 
c'cft ainfi que par fois ils les appellent , ont 
cncor leurs pères & leurs mères ; 6c quand 
on leur cnmonftrequelques-vnesdoritlcs 
parens (onc encorviuans 5 ils s'eftonnenç 
comment elles ont pu prendre la refolu- 
tiondeîes quitter :Là-deflus on leur fait 
voir que la Grâce a plus de force que la 
Natures & que les feux û*vn cœur qui ai- 
me Dieu ,font plusardens queleurs gran- 
des glàces,& leurs profondes neiges,nont 
de froideur* 

Latroiûéme chofe, qui a grandement 
édifié ce bon Néophyte & fes Compa- 
triotes, c'eft là deuotion & la charité des 
nouueaux Chreftiens, les Sauuage^ ne s'e- 
ftonnent pas tant de voir desFrançois por- 
tés au bien, & croire fortemët en Dieu^ils 
penfent que cela nous eft acquis dés noftre 
naiflTance:maisde voir des Sauuages qui 
leur fontfemblables^accouftumes à leurs 
fuperftitions,plongés dans les vicesde leur 
Natio,fomr duBaptefme tous purs & tous 
nets , embraffer la foy & la publier fans 
crainte,detefter ce qu'ils ontaimé^fou- I 



de tannée 1640. & 1641. $j 

1er aux pieds ce que les autres adereuc'eit 
cequfleseftonne,&qui leur faitaire: Si 
ceux -la qui nous redoublent > fepafTenc 
dVne feule femme , s'ils fonc fermes &: 
conftans dans leurs mariages, s'ils aim enc 
ceux mefme qui ne fonc pas de leur Na- 
tion;s'ilsptfentDieu,&fi les prières ne 
leur fonc poinc de mai , pourquoy ne les 
imicerons nous pas : En effeç, i'ay remar- 
qué qu vn bon Sauuage Chreftien 5 & zé- 
lé pour la foy , faic piusparmy les gens quç 
trois lefuites. 



De VHoffiuL 

Chàpitr e VL 

I'Ay creu que ce chapicre deuoit eftrê 
placé en fuitte de.ee que nous auons die 
de la Refidence de S. ïofeph,non feu* 
lemenepoureeque cette Maifon eft: baftie 
auprès des Sauuages^ais auflîpour au- 
tant que la charité de ces bonnes Filles 
coopère puiffammët à l'arrett de ceux qui 
fe retirent en cette B ourgade encomman-- 




8 6 Relation de la NouueUe France, 
cée.C eftchofe eftrange, comme ces peu* 
pies font froids, & comme ils paroiffent 
exempts des admirations qui nousefton- 
pcm,ils ne le font pas neantmoins, leur 
cœur eu touché aufïi bien que le noftre, 
mais il ne fe produit pas tant : l'ay par 
fois ouy des Sauuages tenir ce langage; 
NiKanisnousnoLiseftonnonscomme ces 
bonnes Filles fi délicates ont quitté vn.fi 
bon païs comme tu nous le dépeins corn- 
xneeîles ont abandonné leurs parens pour 
venir demeurer auprès de nous, & ce qui 
eft plus admirable 3 elles nous donnent à 
manger, & nous penfent dans nos mala^ 
dies , CheKhcr, ç'c.ft à dire fans attente 
d'aucune recompenfe. 

Noftrc Seigneur qui a donné les pen* 
fées à Madame laDucheffed/Aiguillon, 
de fonder vneMaifon de Mifericorde en 
ce bout du Mondejuy auoit auffi infpiré 
le lieu où elle deuoit eJftre baftie- or com- 
me elle s'eftoit prudemment rapportée 
de cet affaire, à ceux qui font fur le pa'is : 
Ils prirent au commencement des pen- 
fées contraires à [es inclinations, mais 
après auoir confïderé meurement l'affai- 
re deuant Dkq; ils iugerent que lesra^ 



de tannée 1640. '& 164.1. 87 
fons,que ces bonnes Filles alleguoient, 
pour âuoir quelque demeure auprès des 
Saunages 3 l'emportoient' par deffus ces 
penfées contraires. En effec,fi elles euflent 
elle éloignées des Saunages* ces panures 
gens ne .Te fuflent iamais T'aie portera 
THofpital , qu'à l'extrémité de leur vie-j 
& ainfî les Barbares auroient appelle cet- 
te Maifon, la Maifon de mort,& non la 
Maifon de tante, ou de Mifencorde, com- 
me quelques- vns [appellent. Cctce gran- 
de Dame écriuànt force fujet parle en ces 
ternies : Iay vne ioyé bien grande de ce 
qu'on a refolu que la Maifon de ces bonnes 
Fuies s eftabliroit à Saind lofeph, fans 
doute le fruiffc en fera plus grand : car, il 
me femble que les conuerfions qui fe font 
au commencement des maladies; font 
plus a fleuré es que celles qui arriuent il 
proches de la mort > &c il la fatisfa&ion 
qu'en auront les panures Saunages, con- 
tribuera fans doute beaucoup à leurfalut, 
celaeftues-veritable. 

Cesbonnesgens furent tellement épris, 
quand ils fçeurent le iour que les Reîi- 
gieufes deuoienc venir en leur nouuellc 
Maifon, que les principaux d entre eux 

' F iiij 




8 8 Relation de la Nouuelle France* 
montèrent incontinent en leurs canots * 
pour les alier quérir eux tnefmes: ils pu- 
rent noftre Reuerend Père Supérieur, 
8c quelques autres de nos Pères dans va 
de leurs petits vaiffeaux 3 & ces bonnes Fil- 
les dans vn autre ,& les rendirent bien, 
toftoù eftoient défia leurs fouhaits: Si toft 
que les Sauuages qui eftoient reftés à S. 
lofeph apperceurent les canots , ils accou- 
rent au deuant, témoignent des ioyes très, 
fenfibles , emportent en vn infbnt tout 
leur petit bagage, c'efloit à qui leur ren-, 
droit quelque petit feruice.Dieu fçait quel* 
les eftoient les penfëes &c les affedions de 
ces bonnes Mères, voyant; que des Barba- 
res, dont le feul nom fait peur, & 1ère- 
gardépouuante^u commencement coii- 
roient deuant ejlesauec leurs robes faites 
à la Samft lean Baptifie , pour marque de 
ieur bien-veiilance , plus remplis d'affe. 
Qt\on Se de candeur que de politefie. 

Eilesjentrerent en cette nouuelle Mai- 
fon le premier de Décembre de l'an pâlies 
& elles n'euflTent efté fortement fecouruës , 
cette Maifon, dans vn fi panure pais , euft 
traifné bien plus long temps, elle n'eft pas 
encor açheuée ; qui commence à baftir 



de l'année 164.0, (§f 164.7. 89 
n'eft pas fi toft au bout; on a beau faire 
comme céc homme qui vouloir bâftir-vnc 
tour : Scdens computaïat futnftm fuos. On 
a beau conter fon fonds Se [es reuenus , on 
fetrouue toufiours court en ces entrepri- 
Ces, notamment en vn pais où tout eft cher 
au double delà France,oùles Ouuriers qui 
; s y rencontrent en petit nombre , ne Ce 
louent pas à prix d'argent, mais au poids 
d'or. 

le fçay bon gré à vne Dame de mérite 
& de condition .,dont ia vertu eft bien con- 
nuè'par Ces effets , d'auoir donné la pre- 
mière aumofne à cec Hofpual après fa fon- 
dation , elle fçait bien que Madame la Du- 
chefle d'Aiguillon a vn grand coeur; mais 
elle n'ignore pas auffi que ce cœur aim e & 
chérit Tvne 6c l'autre France }& que les 
miferes qui frappent fes yeux dans vn 
temps Ci déplorable, luy font auffifenfi- 
blés, que celles qui paffent l'Océan pour 
venir iufques àfesoreilles-, elle a tant de 
modeftie& d'humilité: difons plutoft de 
charité , qu'elle tient à faueur que les âmes 
d'eflite faffent des biens iufques au bout 
du Monde. le mefuis trompé enmon cal- 
culée font Meffleurs delà NouuelîeFran- 



90 Relation de la NouueÏÏe France , 
ce qui ont les premiers coopéré à ce grand 
Ouurage,nonobftantlepeude fucecs de 
leurs affairés temporelles. 

Iapprens qu'ils ont encor aumofné cet- 
te année quelques toiles pour les panures 
Saunages de Saind Iofeph', & pour les 
malades de l'Hofpitahic prie Dieu qu'il 
foie leur grande recompenfe.Vne person- 
ne de vertu leur a enuoyé cette année \n 
beau Soleil & vn-teau Ciboire d'argent 
doré pour leur Chappelle. Iecroy que 
tous ceux qui aiment les œuuresjde Mite- 
ricorde, feront confolés 3 lifant ce que ie 
vais dire de cette petite Maifon. 

Premièrement 5 ces bonnes Filles ac~ 
couftumées à exercer les œuures de chari- 
té les plus répugnantes au fens &: à la natu- 
re , recueillent tous les panures Saunages 
abandonnés: Il y a peu deioursque ie Pè- 
re de (Tien efçriuoit en ces termes au R. 
P. Supérieur :I'enuoye à THofpîî al Adam 
ce bon vieillard 5 le plus aage des Sauna- 
ges ,ie lay retiré delà mort , que ces Bar- 
bares luy vouloient caufer par vn cordeau, 
pour fe défaire d'vn fardeau qui les charge 
fort • Fay prié nos François qui defeen- 
doiemlà^basde Le mettre dans leur bar- 



de l'année 1640. (êf 1641. 5>î 

que : le ne douce pas que les Mcres ne le 
reçoiuënt volontiers ; elles l'ont défia, 
nourry &rfecouru tout l'hiner paffé ; ce 
bon -homme n'a point d'autre maladie 
que celle qu'il a commencée de contra- 
Âer il y a plus de cent ans. 

Secondement, tous les malades Fran- 
çois & Sauuages font bien venus en cette 
Maifon , Se le feul regret des Mères en 
leurs fondions, efl: l'impuiiïance qu'elles 
ont delesfecouriraueclamefmeaîfiftace 
qu'elles auroient en France, le pais eftanc 
encor tout neuf, êc tout pauure, 8c delti- 
tué de biens > dont regorge V Europe. 

En troifiéme lieu , fi tort quVn Sauùa- 
ge fe trouuc mal,il fe va faire purger &c fai- 
gner à l'Hofpital^quelques-vns vontde- 
mander medccine 3 qu ; ilsprennent en leurs 
cabanes: Tapprens que les Mères en ont 
fait cetteanneeplus décent cinquante. 

Enquamefme lieu , cette Maifon n'eft 
pas feulement l'appuydçs malades, mais 
encor despauuresnecefîiteux: Quandces 
bonnes Mères voient que ladifette prefle 
ces panures gens , elles font à manger aux 
pluspauures,8desfont venir en la Sale 
des malades, où Je R, Père Supérieur, ou 



92, Relation de la Nouvelle France, 
quelqu'vn ci e nos Percs qui fçauent la Lan- 
gue > fe trouue pour ioindre ï'aumofne fpi- 
rituelle auec la corporelle. 

En cinquième lieu, comme Sain£t Io- 
feph cft éloigné d'enuiron vne lieue & de- 
mie de Kebec , où fe font retirées les Me-* 
res Vrfulines, pour mieux retenir & m- 
ftruire leurs petites Seminariftes 5 tant fe- 
■ dentaires /que paflageres , qui feroient 
moins fouppîes & plus volages auprès de 
leurs parens: Les petites Sauuages qui ne 
fçauroient aller fi loin trouuer ces bonnes 
Mères jS'aflemblentchés les Hofpitalie- 
res pour y eftre înftruites \ elles ont tant de 
zelepourapprendre, quelles paflent iuf^ 
ques à Timportunité : Voila les frui£ts que 
cette fainfte Maifon produit - &■ iï les for- 
ces viennent à croiftre , les fruifts croi-*- 
ftront à proportion : car les' grandes 
a£tions de charité font les vrais Miracles 
qui touchent les cœurs des Grecs. & des 
Barbares s bref, on peut dire des Sauua- 
ges, ce que difoitlacob, parlant de Dieu: 
Si dederit mihi pamm ad <vefccndum > & 
vejlimemum ad tnduendum > erit mihi Da- 
minuâin Deum* Si vous fecourés les Sau* 
uagcsj'vousles aurés tous* 



de l'année 1640. & 1641. % 
Voicy ce que ie ly dans vn papier que 
m'a doné la Mère SuperieurCjnousauons 
reçeu 8c aflifté foixante fepc malades Sau- 
uages en noftre Hofpital , &c vn François, 
nous auons nçiirry pendant Phyuer les 
pauures,& les infirmes qui nepouuoient 
luiure leurs compatriotes à la chafie,fepc 
perfonnes ont efté baptifées en noftre 
Maifon/&: quatre feulement de nos mala- 
des font paffés àl'autre vie,auec des mar- 
ques plus que probables de leur falut. Le 
François, qui nous a quitté, pour entrer 
dans vn repos éternel, auoit vne patien- 
ce de lob ifes plaintes n'eftoient pas du 
pauure fecours que nous luy rendions dans 
nos difettes : mais de ce qu'il ne pouuoit 
s'acquitter de (es dénotions ordinaires; 
& cependant nous remarquions qu'il reci- 
toit tout les ioursl'OHîce de Noftre Da- 
me, &c fon chappelet; ie ne doute nulle- 
ment que Dieu ne laie fait pafler en ce 
bout du monde, pour le mettre au ciel: 
ce ieune homme a honoré &c chery la 
vertu depuis fon arriuée à Kebcc 5 &c ia- 
mais il ne s'eft dementy depuis qu'il s'eft 
fortement donnéàDieu. 

lean Sa&itvaeg*chk n'a iamais efté 





^ 4 Ration àe la NouueJle France" 
abbatu , ny à la morr 3 ny dans fa maladie* 
les nouueaux C hreftiens ont ie ne fçay 
quelle force qui les anime, & qui les con- 
foie clans leurs affliftions^ ce bon Néo- 
phyte voulant éuiterles occafions du pé- 
ché parmy ceux de fa nation, s'eftoit reti- 
re quelques mois auecles Peresde noftre 
Çompagnie^qui font aux crois Riuiercs, 
il a rendu des preuues d'vne foy viue,& 
confiance. Au point qu'on le vouloit ma- 
rier il eft tombé malade d'vne pieurefie 
baftarde,il s eft formé vn abcès dansfon 
cofté, il ne pouuoit refpirer, la fièvre le 
jotirmentoic fort, tout ces maux ne l'ont 
lamais ietté dans l'impatience ny dans 
lesplamtesî on luy demandoit fouuent s'il 
n'eftoit point criftc ; point du tour, refpon* 
doit-il 3 c'eft vne grande benediftion de 
Dieu,& v* e grâce biëparticuliercde voir 
vnieune homme à la fleur de fon âge al- 
ler au tombeau auec autant deioye qu'il 
alloit au mariage: voicy comme en parle la 
Mère Superieure,cVftoit la douceur mef- 
me,il ne demaaéoitiamaisrien^ilprenoïc 
auec vne trçs-prompre obeïflance,tout ce 
qu'on luy donnoit, fans s'enquérir s'il 
eftoit amer ou doux 5 il prenoit vmres- 



de tannée 1640. & 1641. 9j 
grand plaifir d'entendre parler de Dieu, 
&fouuent onlevoyoit prier auec grande 
attention > il fe confefToit & communion 
tous Tes huift iours , il affiftoit tous les 
iours à la faille Mcffe^ brcfîl Je falloir 
modérer quelque temps deuant fa mort,- 
pour ce que fa ferueur augmcntoit fon 
mal. Quand il fe vit liorsd'efperance de 
recouurcr fa famé, il dir qu'il auoit laiffc 
quelques pelteries aux trois Riuieres , il 
pria les Mères de tenir la main qu'on en 
payaft les dettes, & que du furplusonfic 
vneaumofneauxpauuresSauuages defon 
pais, il reccut dans vne grande paix le S # 
Viatique, & l'Extrême Ondion ^bre# 
ny en Ta maladie, ny en fa mort, il ne fie 
paroiftre aucune crainte, paflknt de cette 
vie comme s'il eut eftéaffuré d'aller tout 
droitau ciel. 

} La petite Anne yfïmhçmme âgée 
d'enuiron, xy ou 14. ans nous a fort con- 
folé dans fa maladie, elle auott vn très- 
grand deiir d'eftre baptiféc, fi toft qu on 
l'inftruifoit fur ce Sacrement, cite fe mon- 
ftroit attentiue, & fa maladie quoy que 
tres-fafcheufe ne la diucrtiflbit point de 
prefler l'or cille, encor qu'es autres dif- 



1 



f$ Relation de la Nouuelle France^ 
cours elle n'eut quafi point d'attention* 
efîant régénérée dans le Sang du Fils de 
Dieu,~on lùy parla de receuoirfon (am£fc 
Corps,ccrce doctrine luy fitredoubleribn 
afFc&ion comme elleauoit refprk excel- 
lent, elle fut bien*toft capable de rece- 
uoir cette viande facrée; eftant à l'agonie, 
elle paroi flbit n'auoir plus d'yeux ny d'o- 
reilles , mais fi toft qu'on luy parloit de 
Dieu, elle fembloi.t reuenir à foy , mon* 
ftrarït par figne qu'elle prenoit plaifir 
doiiir parler de celuy dont elle ioiiit main* 
tenant. 

Françoife ^natchiganiKVe apprehen- 
doit grandement la mort au commence- 
ment de fa maladie, û toft qu'elle fut bap- 
tiféej& qu'on luy eut enfeigné,qu après 
cette vieil yen aùroicyn autre pleine ds 
bon heur, elle perdit cette crainte, quoy 
que fa maladie fut fort langoureufe, &c 
qu'elle n'eut point de forces, elle eftoitfî 
honnefte que ïamais on n'a remarqué en 
elle la moindre indécence. Toutes les fil- 
les Sauùages, dit la Mère, font tres-vere- 
condes, 8c remplie de pudeur, iamais on 
ne les voit ioiier auec les petits garçons, 
&c comme vn certain iourvh enfant affés 

' ieune 



de Tannée 1640,^/641. ^ 7 
îeunefutentréenla falc des malades auec 
fa parête»qui venoit pour fe faire ijbftruirej 
les autres filles demandèrent à là Mère 
permiffion de le faire fortir, alléguant que 
c'eftoit vn garçon 3 elles le traitèrent fi ru- 
dement» qu'il n'y retourna pas vne autre 
fois. 

L'vne des ioyes que nous auons d'eftre 
logées à Sainft Lofeph , dilent ces bonnes 
Mères , c'eft la confolation de voir (tous 
les îours des Sauuages> leur deuotion rjious 
rauit ^Ce Printemps , comme ils r^ue- 
noient de la chafle , tirant àpreseux ljkirs 
gîades traifnes, ils s'arrefterent deuané no^. 
ftre Hofpital , & s'en vindrentfair^ leur 
petite prière ennoflreChappelle,puis ils 
pourfuiuirent leurcheminjces actions fonc 
pleines de ioie. Il ne s'eftpafle au/un iour 
de l'Efté, que quelqu'vn d'eux n'ait enten- 
du la fainfte M efle en noftre E^life. I'ay 
veu , dit la Mère Supérieure , \c petites 
filles fiattentiues à reciter leurs chappel-* 
lets, que leurs compagnes les venansap;- 
peller pour aller ioiier , ou pour retourner 
à la maifon , elles nepartoient point de 
laChappelle qu'elles ne les eu fîetacheucs, 
Souucnt ces petites âmes nous viennent 

G 




$H Relation de la Notmelle France^ 
dire; Ma Mère, faites nousrepçterceqiîe 
les Pères nous ont enfeigné au Catechif» 
me D afin que nous fçachions bien noftre 
leçon. C'eft afîespour cet article ,difons 
deux mots de la (implicite &de la candeur 
de ces bonnes gens. Quand quelqu'vn 
d'eux s'eft bientrouué d'vne médecine, 
tous lesautres malades ende4xiandent vne 
(eniblab ! e , qiioy que leur maladie foit 
bien différente : Vne bonne femme s'e- 
ftant venue rendre à l'Holpital , auec deux 
de fes enfans 5 dont 1 Vn fe portoit mal; on 
ordonna deux medecinesj'vne pour l'en- 
faut , & l'autre pour la mère ; le mâtin- on 
prefentales deux gobelets à la mère : Or 
comme c'eftlacouftumeparmy eux 5 defe 
faire parc les vns aux autres de ce qu'ils 
boiuerVtî ou de ce qu'ils mangent ^ cette 
bonne créature prend en main la médeci- 
ne de fa fille , elle y goufte la première 5 
puis elle endonne à boue à fes deux en- 
fant Tvn après l'autre ^ ayant vuidé le pre- 
mier gobelet, elle prend le fécond, ôc le 
diftnbuë à la mefme façon 3 chacun y beu- 
uant à fon tour s voila vne bonne façon de 
prendre médecine. 
Madame la Duchefle d'Aiguillon aiant 



■B«ft : 



de l'année 1 6 40. &x6a{. : À 
tnuoyé en la ÇhappdJe de Ion Hofpiral 
vn beau Crucifix , oùdVn coûç cft la-fain- 
6te Vierge, qui preïente à nofîre Seigneur 
cette bonne Darne; & de j autre Saind 
lean , qu. prefente Monfeigneu* le Cardi- 
nal, & de petits Sauuages peints tout à 
entour : Ces bonnes gens, notamment 
les femmes* les filles, accoudent pour 
vo ir ce Tableau viuant. Or domine les 
Mères leur déclarent les obligations 
qu ils ont acettegrande Dame , ces bon- 
nes gens nefe contentèrent pas de regar- 
der ûmplement ce beau Portrait 3 il fallut 
exprimer les adions qui frappoient leurs 

yeux.LesnllesfedifoientlVncàlW 
|arlans de Madame laDuchefle: Elle eft 
a genoux • là-deiTus elles s'y mettoienc 
toutes : Elle ,oint ks mains , toutes les 
joignoient auflï-toft : elle regarde nofîre 
Capitaine qui eft mort en Croix pour 
nous, toutes leuoient les yeux, &regar- 

Soient actcntiactocntlcCrùcifix.-cllcpric 
Dieu, elles fe mettoient auffi-toït à teci- 
ter les oraifonsqu'elles içauent : puisaianc 
fait leurs prières , elles fe leuoient debout, 
& raifans vne grade reuerence à cette Da- 
me, l alloient baiferauec plus de ûmpli- 

G i,- 





&PO Relation de la Nouuelte France* 
cité & de Candeur, que de grâce >]& puis 
s'en retournaient bien contentes» Ce n'eft 
pasiacouftumedesSauuagesde fe faluer 
par vn baifçrvmais comme Madame de 
l'a Pelccrie embrafle afles fouuent > &c baifc 
ces pauures filles à la rencontre , ces bon* 
nés créatures s'imagtnêtque cette a &ion 
cil de prix & de valeur,comme ils parlent,, 
ôc qu'il la faut imiter pour bien faire. 

Les Mcrcs ne parlent en leur mémoi- 
re que de ceux qui font trefpaiîés en leur 
Maifon , elles ne voient pas le fruit qui 
proaient de leur Hofpital : car ceux qui 
recouurent leur fanté , s'en retournent 
dans leurs [cabanes , fansleur donner ce 
bien fouuent à connoiftre que la charité 
a opéré dans leurs âmes : Vne pairie de 
ce que nous auons dit, au chapitre d« 
la Refidence de Saind lofeph , fe doit 
rapporter à cette Maifon de Mfcricor- 
de ; car les Sauuages y ayans receu du 
fecoursdans leurs maladies, ont efté for- 
tement gaignés à Dieu. Tenfçay vn en- 
tre autres, lequel fut porté en cette Mai- 
fon par l'vn de nos Pcres , qui i'àlla quérir 
dans les bois, où^es Compatriotes l'a- 
uoient abandonne :ce bon ieune homme 






m 



de l'année 164.0. £7*1641. 101 
aiant recouuert la fanté par les foins de 
ces bonnes Meres,fut fi puiffamment tou- 
ché, que non feulement il pourfuiuic for- 
tement fon baptefme $ mais il prit rcfolu- 
tion de demeurer toute fa vie auprès de 
nous , pour y eftre plus pleinement in- 
ftruic; &: iarnais Tes parens ne luy ont p& 
faire quitter cette penféej ils ont fait leur 
poffible pour l'en diuertir , mais tousleurs 
efforts n'ont feruy qu'à faire paroiftre fa 
confiance; Ce neft pas tout; comme S. 
Bernard gaigna (es frères , qui le vou- 
loient diilerur d'entrer en Religion ; de 
mefme, ceicune homme appellera &c at- 
tirera auec foy ceux qui le vouloient em- 
pefchcr d'écouter Iefus-Chrift, car i'ap- 
prens , que Vvn des principaux d'entr'eux 
chancelé défia, difant , qu'il veut croire en 
Dieu comme fon cadet. - 

le cônelueray ce chapitre par la mort 
d'vne petite colombe, c'eft la Mère de 
faincte Marie que Dieu nousarauy : Pre- 
tiopt in con/peBu Domini: Mûrs fanfforum 
dus. O que la mort de cette Efpoufe de 
Iefus-Chrift eft precieufe deuantDieu : el- 
le fe trouuoitvn peu mai des laFrance^d' vn 
theumeou d'vne defluxion quilafaifitau 







102, "Relation delà Noùuelle France] 
temps cfei'embarquement, le mal creut 
fur mer, 8c encor ffusfur terre 5 Depuis 
fonarriuée elle aprefché plusfortemenc s 
les Sauuages,par fa patience, par fa refi- 
gnation 5 par fa gaieté, dans vne maladie 
trailname &: -douloureufc, que ne fçau- 
roient faire trois Prédicateurs , auec toute 
leur éloquence ; elle Ce traifnoic fouuenc 
dans la fale des malades pour auoir la 
confolation de les voir , nous pre- 
nions plaifir de nous y rencontrer, auec 
vne bande de ces panures Barbares, pour 
leur apprendre la refîgnation par l'exem- 
ple de cette pauure malade, ils ne pou- 
uoient comprendre comme vnç ieune 
fille fi tendre Se fi délicate, pût oublier fon 
païs ëc fes parens , auec la gaieté qu'elle 
faifoit paroiflre en (on vifage, Se eq les pa- 
rôles. 

Le fîeur GiiFard la traittant dans la ma- 
ladie , luy du : que c'eftoit fait de fa vie » 
qu elle auoic trois maladies mortelles ; 
cetteame innocente, fe mit à rire, fe mon- 
ftrant auflî ioieufe de la noùuelle de la 
mort , qu'vn autre eût fait de la noùuelle 
de la vie- nous ne manquions pas de rap- 
porter tout cela 4ux Sauuages, quipre- 



de l'année i6^o.&ï6 4^' 103 
noient vn fingulicr plaifîr de l'aller voir, 
elle les ■parefïbit en foufrianc , ce qui les 
touchoit fore. La vertu àplus d'eloquen- 
ce que l'Ariftote ou îe Ciceron. 

Queîqu'vn denousluy dcmandant,cer~ 
tain iour,(i elle n'auoic point dé regret d'a- 
uoir paffe lamer/d'auoir quitté vne mai- 
fou qui la pouuoit fecourir, Se qui auroic 
trouué des remèdes propres pour la re- 
mettre en famé, fi la pauuteté du païs, l'in- 
commodité du logement , labfencc de 
tant de bonnes filles, le défaut de viures, 
propres pour vne perfonne malade, ne luy 
caufoient point quelque triftefle } cette pe- 
tite colombe le regardant d Vn œil qui fai- 
foit voir la fincerité de fon cœur, luy dit; 
Mon Père fi i'eftois en France, &: qu'on 
me prefentaft toutes les grandeurs , capa- 
bles d'allécher vn cœur, ie les quitteiois 
toutes, pour venir en Canada, quand mef- 
me Le ferois afFeurée d'y trouuer la maladie 
qui afflige mon corps; car il me femble 
que la refignation que îe refens dans mon 
cœur, &: la patience que i'ay dans vne ma- 
ladie bien longue Se bien douloureufe, 
m'a efté donnée de Dieu 5 en confidera- 
tion du Çanada 5 pour m'eftre ofFerte à fa 

G iiij 



î 04 Relation de la Noumllc France^ 
Maiefté, fans referue, prenant plaifir de 
luy venir facrifier ma vie, au feruice des 
pauures Sauuagesrfî vn Ange eftoit ca- 
pable de nos defirs , il fouhaitteroit de 
pouuoir parler, Se fouffrir comme cette 
vierge. 

Enfin cette belle ame fe détacha de 
fon corps le cinquiçfme^du mois de Mars, 
elle remplit fes pauures fœurs de douleur, 
ôc noftre coeur de ioie 5 elle laifla vne 
douce odeur de fes vertus aux François 
& aux Sauuages 5 eftant à Pagonie com- 
me la fluxion la fuffoquoit de temps en 
temps , puis luy donnoit quelque liberté 
de refpirer, elle eftoic fi prefente en elle 
mefme , qu'elle difoit par fois- ce dernier 
coup tarde bien à venir: on luy deman- 
doit de fois à autre 3 fi le cœur eftoic en 
paix 3 mais il ne>falloit que regarder fon 
vifage,pour voir la paix de fon ame : Enfin 
Tentant la mort prochaine, elle s'écria 1 
c'eftà ce coup. Adieu maMere, dit-elle^ 
fa Supérieure^ le refpir ceffa auec fa vie. 
Quelques habitans nous dirent après fa 
mort j qu'ils tetooient à faueur que cette 
fainfte eût pafTéla mer, pour venir laifler 
vn û facré depoft en leur pai's, &c qu'ik 



de l'année tfyo* (ëjfiô^ï. ioy 
crokwent que par (es mentes, & par fes 
prières, noftre Seigneur bénirait ces con- 
trées: Si deux braues Filles auec leur dor, 
pour n'eftre point à charge , Venoient 
prendre la place de cette colombe, elles 
trouueroientencor le parfum defesver- 
tus. Nous fommes en trop petit nombre, 
difent ces bonnes Mères , pour tous les 
trauaux qu'il faut fubir en ce bout du mon- 
de, deux âmes genereufes pourroienncy 
cueillir des palmes approchantes dVn 
petit Martin car les dangers de POcean a 
la prifon flottante au gré des tempeftes, 
la pauurcté dVn pais tout neuf, la rigueur 
des hiuers,font les tirans , qui n'oftenc 
par laioïe des aines confiantes j mais qui 
étoffent leurs guirlandes de lis , derofes, 
& de palmes. 



106 Relation delà Nouuelle France v 



T>e la Refîdencede la] Gonception^aux 
Trois "Rmieres. 

C HA PITRE VIL 

IE croyquc la panure Eglife des Trois 
RJuieres 5 a efté plus battue cette année 
de toutes fortes de vents 5 t quc les pilotes 
ou nauconniers n'en marquent dedans 
leurs rofes,ou dedans leurs cartes mari- 
nes : Il s'eft fait là de temps en temps , vn 
ramas de diuerfes Nacions,qut ^ bien don- 
né de l'exercice à nos Pères : On y a veu 
desSauuagesde Tille de la petite nation 
des Attiicamegues, des Montagnais, des 
^Kotoeniis^es^natchatazonons, & plu- 
fleurs autres , dans la paix 3 dans la guerre, 
dans de petites jaloufies les vns enuers 
lesautres^ï bien que lés nuuuais gaftoient 
les bons , 8c les Damons réueilloient les 
fuperftitions , qu'on ne voit plus à Sainéfc 
ïofeph, Se qui fembloient eftre éteintes 
aux Trois Riuieres : Mais écoutons ce 
qu'en efcriuentlePerelacques Buteux& 



de l'année i&\Q 9 f$ 1641. 107 
le Père Iean de Quen, dedans les lettres 
qu'ils ont enuoïees à noftre R. Père Supé- 
rieur, & dedans les mémoires qinls.m'onc 
communiques : Les Chreftiens de Saind 
Iofeph qui font montés icy 5 font très-bien, 
le moinsqu'il en pourra venir pour lèpre- 
fent , ce fera le meilleur pour eux : car les 
Sauuages venus nouuellement des terres 
de diuerfes contrées , n'aiantencor éii au- 
cune inftru£hon , refufeitent les vieilles fu- 
perftitionss ils font bruire les tambours, 
dontiln'eitoitquafî plus de mémoire, ils 
réueillentla créance aux fonges, que l'on 
igaoroitqûafi du tout: Ceux qui font ve~ 
nus des endroits plus voifins des Hurons , 
ont apporté ie ne fçay quelle dance, ou 
fuperltition diabolique, qui nous a don- 
né bien de la peine. L'orgueil eft icy en 
fon règne y & la famine qui preflfe ces pau- 
ures miferables ,ne le fçauroit abbatre; 
la crainte qu'ils ont de kurs ennemis > les 
empefche d'aller à la chafle,pour confer- 
uerleurvie.-ilsont tous les iours& toutes 
le$nui£ts des vifîons; ils voient , difent- 
ils y des Hiroquois derrière leurs bleds , ils 
envoient dans les boisais voient des ca- 
nots vogans , ils en voient à l'ancre > ils en 




io8 Relation de la Nouuelle France, 
voient qui les pourfuiucnt ; ils remarquent 
la pifte de leurs ennemis fur le fable 3 ils rç«* 
connoiflentlelieu o&ils ont couché, les 
arbres où iisontcucitly des fru;£ts> ils les 
entendent mefme crier dans le profond 
des bois; ils donnent mille faufTes allar- 
mesànos François : Et dans tout cela il 
n'y a qu'vnc feule vérité y fçauoir eft, 
qu'vnc vainc crainte de la mort engendre 
tous ces phantofmes dans leur imagina- 
tion, & les détourne de la vray c peur qu'ils 
deuroientauoir,d*offcnfcr Ccluyqui feul 
peut affermir leur cœur. Fugït imfîus ne* 
mweperjêqtéente. Les reproches qu on nous 
faifoit jadis , recommencent icy y ces nou- 
ueaux hofles nousdtfcnt que les prières les 
font mourir,que d'élire baptifé&vpir bië- 
toft laiîn de fa vie, c'eft vnc mefme chofe; 
fîvn Cbreftien cft malade, ou s'il vient à 
mourir,c'eft leBaptefmc qui ky oft c lavie: 
on a beauleur dire qu'il en meurt beaucoup 
plus dlnfideles que de Çroyans,le Diable 
prend fon temps, Scieur bande les yeux 
contre la vdrité connue. Céthiucr pafle, 
tous les Sauuages qui font icy seftans 
Joints enfemble 3 & renfermés comme 
ims vn fort , les pauurcs Chreftiens fouf- 



de tannée 1640. $ 1641. 109 
froient Tinfolence &c lcsmauuais exem- 
ples des Payens. Entre leurs fuper (lirions 
ils en commencèrent vne , tirée des pais 
plus hauts, qui deuoit durer trois nui£ts> 
pendant lejfqtreftesles Sauuages vont cou- 
rans par les cabancs,auec dres cris&des hur» 
lemens de Démons : le plus bel a£tcde 
cctte^aglcomedie confifte en ce point , 
les filles Se les femmes vont dansant, &c 
Quelques homm es mènent le Iongleur ou 
le Sorcier par deffous les bras, Se -le font 
marcher par deffus des charbons ardens 
fansquilfebrufle. Le Père But eux ayant 
eu fecrettement aduis par vn Chreftien^ 
du temps que cette farce diabolique fe de- 
uoit icmtï pour la guerifon d'vne femme 
malade 5 porté d'vn zèle de la gloire de 
noftre Seigneur, s'en alla dans les caba- 
nes fur les dix heures du foir , accompa- 
gné du Père Poncet , crie tant qu'il peut 
contre ces infolcnces , aborde le Capitai- 
ne des Sauuages de TI fie , qui feul pouuoit 
arrefter ces defordres, comme en eftant 
le premier autheur& promoteurreét hom- 
me plus froîd naturelleipent que la glace, 
s'échauffe, reproche au Père que le Bap- 
tefmeSc les prières faifoient mourir les 






î ïO Relation de la No u utile France* 
Sauuages: Le Pereluy réplique, que leurs 
péchés & leurs fornleges eftoiemia caufe 
de leurmort : A ce bruit les Sauuages ac- 
courent de tous coftés, lallarme le met 
dans leur camp, les Chrcftiens nediienc 
mot , eftant en petit nombre, k$ Paiens 
crient à pleine telle ; ie ferois trop long de 
raconter tout ce qui fepaffa pour lors:Bref, 
ce Capitaine transporté de cholere, jette 
des cendres bruflantes aux yeux du Père* 
& prend vne corde y comme s'il cuit vou- 
lu le garotter ,1e menaçant de le tuer: Le 
Peretendlecoltout froidement, mais ce 
Barbare ne pafla pas plus outre : Enfin, 
quelques Sauuages prièrent les Pères de fe 
retirer, ce qu'ils firent ,& cette fuperfti- 
tion diabolique fut arreftée pour ce coup 
là. 

Les François ayans appris l'affront 
qu'on auoit fait au Père à leur poite , s'al- 
tèrent. Monfieur de C.hanflour comman- 
dant aux Trois Riuiercs, fait venir ce Ca- 
pitaine, pour tirer fatisfa&ion ^contre la 
pnere<juele Pereluy faifoit^deietter tout _ 
cela dans loublyj comme ce Barbare eft 
fubtil &: rufé, jl trouua (a deffaite, il auoua 
bien qu'il auoic ietté des cendres fur le 



dehnnte[i6^o.^ 1641. m 

Père, & qu'il eftoit tout preft d'en rece- 
uoir autant pour réparation de fa faute; 
mais pour le cordeau que iay pris en 
main, faifoit-il, ce n'a îamais cfté ma pcn- 
fée de lier le Fere 5 beaucoup moins de 
l'étrangler : mais comme il me repro- 
choit que ie faifois mourir les Sauuages 
par mes forts , &: que ie luy rcprochois 
dans ma cholere, qu'il les faifoitmourrir 
par les prières: i'aypris vn licol pour luy 
monftreryque fi nous difions tous deux 
vray, que nous méritions tous deux la 
mort > d'auoir attenté fur fa vie, ceft ce 
qui n'eft iamais entté dans ma penfée: 
la cataftrophe de cette tragédie fut 3 que 
ces beaux Médecins ne purent iamais 
guérir leur malade-, voila vne partie des 
bourafques &c des tempeftes qui (ont arri-* 
uëes;cette année endiuerstemps^auxTrois 
Riuieres : Ces épines n'ont pas cmpefché 
h naiffance des rôles 5 prefentons en 
quelques vnes fur l'autel de noftre Sei- 
gneur. 

L'Eglife qui commence à naiftre en cet- 
te Relidence, eftoit compofée de qua-r 
•t re- vingt Néophytes, au mois de Ianuien 
ceux qui font capables d'inftru&ion, vien- 









m Relationde la Nouuelle France] 
nent tous les ioursvtie fois à la Chapelle» 
pourentendre lafain£fceMefle;les modi- 
fances de leurs Compatriotes infidelles* 
ne les en ont peu empefeher iufques à 
prefentjla rigueur du froid ,Ies neiges Se 
les glaces, Se i'éloignement de leurs caba- 
nes, ny l'heure de la MefTe,qui eft au point 
du iour 5 ne les retiennent point > ils fre* 
quentent fouucnt lesSacrcmens>c'efl: ce 
qui les nourrit & qui les entretient en la 
foy : bref ils fe comportent fort bien , &C 
feroient encor mieux % fi leurs yeux ne- 
oient point blefles par le mauuais exem- 
ple de leurs parens Se de leurs Compa- 
triotes infidelles : Pay fçeu que trente 
deux Néophytes s'eftoient communies à 
pain paiftri dans les larmes - y mais defeen- 
la fefte de S. Pierre^ Sainft Paul,ce n'eli 
pas peu pourvne EgHfequmefaitquede 
naiftre, Se qui ne fe nourrit encor que de 
dom plus en particulier. 

Vn ieune Chreftien fe trouuant à plus 
de cent lieues des Trois Riuicres, dans 
vne cabane de payens , introduisit les 
prières , Se les prononçoit le premier &c 
tous les autres refpondoient fi quelquVn 
tuoit quelque caftor ou quelque autre ani- 
mal» 



de îànnce 1640. & if^t] n j 

mal, il feiet toit à genoux furla place, & en 
rendoit grâces à Dieu. 

Vne femme extrêmement fuperbe, à 
efte tellement changée par le taptefme* 
qu'elle eft deuenuë docile comme vn pe- 
tit agneau, elle a vne ardeur incroyable 
de fe faire inftruire,fi elle parte quelque 
temps fans fréquenter les >acremens> 
elle reuient altérée de ces eaux viues* 
comme le cerf pourfuiuy des; chaffeurs; 
va ieune homme de la famille eftanc 
tombé malade, la pria de faire venir l'vn 
de leurs Jongleurs, pour le faire chanter 
&fouffler à leur 'mode* cette bonne fem- 
me fe fafcha contre luy,i'aymerois mieux, 
luy fit elle, te voir mourir ,queD.eu fut 
iamais offencé 3 par mon entremife ayé 
recours à celuf qui t'a fait, ces trompeurs 
ne te fçauroient guérir. ' . .■ 

Elle exhorte les nôuueauxChreftiensi 
à donner bon exemple aux Fidelles *'& 
Infidelles, afin que le iainâ Nom de Dieu 
nefoit point blaiphemé s; 

La crainte de Dieu &du péché, fegra- 
ue fenlibiement dans les cœurs de ces 

bons Néophytes, les enfansmefme com- 
mencent à prendre le party de la vertu* 

H 



: 



ïi4 'Relation de la Nctwelle France] 
fi leurs pères & mères par mefgarde,ou 
par vnc vieille habitude, laiffentfortir de 
leurs bouches quelques paroles mefchan- 
tes, ces pauures petits leurs difent qu'ils 
s'endoiuentconfeffer, & qu'ils offencent 
Dieu , au ils le chaiïcnt de leurs cabanes » 
pour y faire entrer le mefchant Manu*. 

Les Dimanches &c les Feftes ils affi- 
lient tous enfembleà vne MefTe,qui fc 
dit expreiïement pour eux : car commela 
Chappeiie eft trop petite pour tenir les 
François Se les Sauuages,on les appelle 
feparement au diuin Seruice : Au com- 
mencement on les fait prier tout haut,puis 
on leur fait vne petite inftru&ion en leur 
langue ^en fuite on chante l'eau benifte: 
Pendant Téleuâtton on leur fait faire quel- 
quesa&esdefoy, d'efperance, &: d'amour; 
& après iefacre Office on leur fait chanter 
quelque Cantique fpirituel ,qui nourrit en 
leurs cœurs la deuotion. 

Vne bonne-femme nouûellemem bapti- 
fée 3 eftant inuitée à vn feftin y voiant qu'on 
parlent de tout manger, (muât leur ancien- 
ne fuperiticion, fe voulut retirer, difant, 
qu'il n'eftoir pas permis aux Chreûiens 
d'entrer aux banquets, où Dieu eitoitof- 



de tannée 1640. $ ttZqt. rïj 
(cnCé : Celle qmfaifoit le feftm luy dirj 
Les Pères ne vous défendent pas d'affi- 
fter à ces feftins , mais bien d'en faire: 
Les Pères , refpondit-elle , défendent nos 
excès ; Hé bien dojric i fit celle qui l'auoic 
conuiée^ne fait es aucun excès > ne mangés 
que ce qu'il vous plaira 5 la bonne-femme 
s'y accorde , proteftant qu'elle ne vouloir 
contreuenir à aucune des I01X de fon bap- 
tefme, 

Vneieune fille de la Nation d'Iroquet> 
ayant eu quelque inftru£hon ça bas pen- 
dant l'Automne, a paiïe rhiuer auxHu* 
rons,& voiant que dans la Bourgade où 
elle eftoit, on vomiflbit mille blafphe- 
mes contre Dieu ^ & contrehous ; elle prie 
la caufe de Dieu en main & noftre 4ef- 
fence, iamais on ne la, put empefeher de 
faire fes prieres r fes parensnous difoienr* 
qu'ils auoient apns à prier Dieu parfon 
moyen. 

Malgré toutes les attaques du Diable, 
les Infidelles ne laiffenc pas d ouurir les 
yeux petit à petit* En forte qu'ils s 'adou- 
cifTent Se s'apriuoifent,nous donnans de 
bonnes efperances de leur* conuerfion.Vn 
certain quiparoiflbit autat opiniaftre à que 

Hij 






ïl6 Relation de U NouueUe France 3 
les aucres , eftant pourfuiuy des Hiro* 
quois,eiît recours à la prière $& comme 
on iuy demanda ce qu'il difoit, il reeitale 
Tater&t Y due 3 qu'il auoic apris en deux 
iours d 5 vne pauurc femme aueugle, in* 
liante &baptifée à l'Hofpital. 

Ce que ie vais dire àes Attiicamegires, 
appartient à cette Refidence,pource que 
les Pères qui font là 5 les inftfuifentj mais 
fort peu : car ils ne jwoiffent que com- 
me des éclairs : Les Saunages de ce païs 
les nomment Attiomegues , du mot At- 
tÎKameg^ ,quifignifie vn certain poiffbn 
blanc: le n'en ay point veu en France de 
femblables,il eft d'vn fort bongouft; &c 
peut-eftre,que s'en trouuant quantité au 
païs de ces bonnes gens , on leur a faic 
porter le nom de ce poifîbn. Ils demeu- 
rent dans les terres ,au Nord des Trois 
Riuier£s,ils ont commcrceauec d'autres 
Nations, encor plus efloignées de nos ha- 
bitations ; ils descendent parle fletiue que 
iîousappellonsenSauuage 5 Metabewin, 
en François, les Trois Riuteres , pour ve- 
nir trafiquer au magazm de Meilleurs de 
la NouueUe France. Pendant le fejour 
qu'ils font là > nos Pères qui font en la Re* 



de tannée 1640. (Sf 1641. 117 
fîdence de la Conception > aux Trois Ri- 
uieres 3 font vn autre trafic auec eux: Ils 
•leur promettent , au nom de Ic£us-Chrift, 
vne Eternité de grandeur, pour vne obeïf- 
Tance paiïagere. Ces honnes gens auoienc 
donné parole qu'ils s'approcheroient plus 
prés de nous , pour eftreinftruics j mais la 
crainte des Hirbquois, ennemis communs 
de cous les Saunages, qui ont commerce 
àuecles François ,lcur a fait quitter cette 
penfée : Si bien qu'eftans defeendus au 
Printemps aux Trois Riuieres i voiev 
comme ils parlèrent au Perelacques B:i- 
teux. Nous te promifmes l'an pafTé,dic 
leur Capitaine > que nous viendrions de- 
meurera vne iournée de voftre Habita- 
tion, tant pour apprendre le chemin du 
ciel , que pour cnltiuer la terre ; nous nous 
fbmmes affèmblés fur ce lu jet en rioftre 
païs , tout le monde approuuoit ce âcU 
fein : f mais l'orgueil des Hiroquois nous en 
fait fufpendre l'exécution 3 nousnefom- 
mes pas gens de guerre , nous manions 
mieux l'auiron que l'efpée, nous aimons 
la paix, ç*eft pourquoy nous nous éloi- 
gnons le plus que nous pouuons, des beu' - 
çafîonsdecombatrejfî on pouuoit dom- 



i x8 Relation de la Nouuelle France., 
pter ces peuples, qui nous veulent maffia 
crer , nous ferions bien -toit auprès de 
vous, car nous auonsvn grand defir de-* 
ftreinftruits : En effet , ces bonnes gens 
font plus fouuent chés nous,qu'au magazin 
où ils vont acheter leurs denrées. 

Apres le difeours de ce Capitaine, l'vn 
de fes gens vint trouuerlePereen particu- 
lier ,pourfe faire plus pleinement inftrui- 
re : Le Père luy ayant expliqué à diuerfes 
fois vne bonne partie de noftre créance: 
ce bon - homme le pria à fon départ , de 
luy donner vn chappellet , & vne Image, 
deuant laquelle il pût faire fes prières : De 
plus, il luy demanda vn papie^où les priè- 
res qu'il deuoit faire , fu ffent eferites : Le 
Père v®iant la naïfueté de ce bon-homme., 
luy accorda tout ce qu'il demandoit^ en- 
cor bien qu'il n'ignoraftpas^quecepauurç 
Saunage ne fçauoit pas lire • mais afles 
fouuent ils prennent leurs papiers , 8c les 
prefentent à Dieu, & luy difent: l'ay en- 
uie.de tedifStoutce quieft là dedans, û \ 
ie le fçauois,ie te le dirois tout au long. S 
A quelques mois de là 3 ce bon-homme 
eftant de retour 5 vint voir le Père, luy 
prefqtue l'image qu'il luy auoiç donnée : 



\ de ïannée 1640. & 164T. 115) 
Elle n'eft pas fi blanche , die— il , que lors 
queiela receudetà main, c'eft !a fumée 
delà cabane 5 qui l'a noircie, ie la prois tous 
les iours de monfac, 1e Tattachois à ma 
cabane ,& ma femme Se moy,& toute ma 
famille , nous nous mettions à genoux 
pour faire nos prières foir& matin. Iedi- 
fois fouuentà ma femme, le fuis bien fâ- 
ché de ce que ie ne fçay pas tout ce qu'il 
faut dire ^ à noftre Pete quia fait le ciel Se 
la terre: len'ay point d'éfprit, tu me fe- 
rois grand plaifir, difoit- il au Père Buteux, 
ii tu me donnoisle moyen d'en auoir, Si 
Utumenfeignois la façon de bien retenir 
toutes les prières qu'il faut faire à Dieu , 
prens courage,enfeigtie moy tous les iours 
pendant que ieferay auprès de vous \ ne 
me parle point d'autre chofe que de mon 
falut j c'eft cela que ie veux fçauoir , ce feu 
quieftlàbas , eft bien à craindre, i'efpere 
que ie niraypas> car Celuy qui eft bon, 
m'aidera à croire enluy. Ayartdit cela, 
il tirefon papier : Or ça mon Père , fit- il, 
regarde fi i'aybien retenu les prières que 
tu m'as enfeigniées, Se queie t'ay fai^ef- 
crire en ce papier ; regarde-le, & m'efeou- 
te,pour voir fîien'ay rien oublie. Le Pe- 

H iiij 



1 






Uo Relation de la Nouvelle France] 
re fut bien en peine , car il n'auoit mis-que 
les lettres initiales de plufieurs prières , Bc 
de plufieurs aftes de vertus, qu'il luy auoic 
enfeignés , dont il ne fe (ouuenoit plus. Il 
s'auifa de cqte défaite; Mais plutoft, com- j 
meneertoy le premier, luy dit-il, dy tout; 
haut ce queiet'ay enfeigné, pour voir fî 
tu n'as rien ctyingé r ; Ce bon Sauuage fe 
mit à reciter, non feulement ce qui eftoit' 
marqué en fon papier , mais tout ce qu'on 
luyauoit enfeigné, auec vne telle fidélité 
que le Père en relia tout réjouy , &' tout 
eftonné. Il faut que ie confefTe^adjoufte 
le Père, que iamais Sauuage ne ma plus 
touchéque celui cy, foitpour la candeur 
# la (implicite auec laquelle il agiflb.it,. foit 
pour les; fentinies de deuotion qu'il faifoit 
paroiftrefoit pour l'attetion qu'il apportoit 
à ma parole , & pour l'auidit é qu'il auoit de 
fçauoirla dodtnne defalut : Sx toftqueie 
luy parlay duBaptefme.il melcderaanda 
auecvqe très-grande ardeur: Ne crains 
point , me faifoit -il , ie ne retourneray 
point en arrière , ie croy tout de bon, mon 
Père m'aidera à luy obeïr : le le voulus 
éprouuer deuant fes gens , dit le Père ; il fe 
monftra toujours ferme &c confiant, fi 



del $ dnneei6^o.& 1641- m 
bien que ieluyauois donné iour pour fon 
-baptefme : mais arriuant là defïus vnç 
alarme des JrIiroquois,ces gens s'enfuU 
rent incontinent dans hs terres, & \uy r 
aueccuxUedoutant ces guerners D plus qu€ 
les Démons. 

Les Néophytes nouuellementbaptifes^i^ 
aident grandement leurs Compatriotes J\ft 
l'vn de ceux qui fe retirent a Siliery v eftant 
aux Trois Riuieres pendant le.fejour de" 
ces AttiKâmegues , qui luy font parens, 
difoit à qtielqu'vn d'eux, qui fe faifoit in- - 
ftruire : Nous ferons bientoft parens 
tour de bon, mes vrais parens font ceux 
qui croient en Dieu , & qui font.baptrfés; 
car ieferay éternellement auec eux Nous 
n'auons qu Vn Père, qui eft Dieu , puis que 
tu le veux connoiftre, tu feras bien - toft 
de mes parens. La parentétjue nous auons 
félon Ja.c/iair, n'eft pas grand' chofe, il 
faut que tu fois baptifé , pour eftre mon 
vray parent. La chair ne connoift: point 
ee langage, il ne fe parle point en terre a 
il vient du ciel. 



1 



lit Relation delà Nouvelle Fran 



Cf. 



De quelques baptefmes en U Refiden- 
ce de U Conception aux Trois , 
Riuieres. 

Chapitr e VIII. 

IL fetrouue vn certain Apoftatdansîc 
diftrift de cette Refidence.nommédes 
fies ymalârikveie,c'éft à dire le crapaut,çe 
raefchant homme a plus de venin en fou 
cœur '& en & langue-, ^ue cette vilaine 
befte n'en a en toutes lés parties de fon 
corps ; il a efté baptifé dans vne grande 
maladie, eftant guery il n'a pas imité ceux: 
qui ont publiquement confeffé dans leur 
famé lafoy, qu ils auoient receuë dans 
leur ra aladie, il s'eft déclaré publiquement 
ennemy de Dieu & du Ghriftianifme , 
faifant tous (es efforts pour diuertir ceux 
qui le voudraient embrafler : Il a voulu 
empefeher qu'vn certain nomméPiefcars, 
dont le veux parler, hom me aflfésconneii 
des Tiens, ne receût le fain£t Baptefme ; 
mais le Diable a efté vaincu dans l'vn de 



ma 



de l'année 1640. & 1641. i%$ 
fesplus grands fuppots & Dieu a triom- 
phé dans vne àmequis'eft rendue fidèle; 
ce bon Néophyte a efté nommé Simon 
par Monfieur de Chanflour comman- 
dant au. fort des Trois Riuieres, comme 
il vit quelesïnfidelles 5 & notamment ce 
niiferable Apoftat, le piquotoient fur le 
dcflein qu'il auoit de fe faire baptifer 5 il 
voulut rendre fon baptefme le plus folem- 
nel qu'il luy fut poffiblcprotcftant par cet* 
te a&ion toute publique, qu'il ne vouloir 
point croire en cachptte comme N icode- 
me profiter metum Iud*ornm .-, mais qu'il 
vouloir fans crainte efleuer l'étendart de 
la Croix ,par tout ou il fe trouuerroit : 
quelque temps deuant fon baptefme, il 
affembla les principaux Sauuages,&: leur; 
dit : Tay pris refolution d'eftreChreftien, 
ie ne fuis pas vn enfant, ië fçay bien ce que 
i.e fay,iene doute pas que plufieûrs n'im- 
prouuent mon deffein, mais la do&rine 
qu'on m'aenfeignee, mefemble fi belle 
& fi véritable ^ que quand bien tout le 
monde l'a rebiucroit,ie iembraflcrois de 
tout mon cœur, deulfay-ie eftrefeul dans 
mes refolutions. Voiant que quelques- vns. 
baiflbient la telle, pour marque que ces 



H 4 K^ation de la Nouueîle France, 
paroles auoient bleflc leurs oreilles /le 
lendemain il recharge de nouueau, il fore 
en public, s'en va faire vn grand cry à 
Pentour des cabanes félon lacouftume du 
pais- les Capitaines & les principaux Sau- 
uagesi voulans annoncer quelque chofe 
publiquement, n'ont point d'autres trom- 
pettes que leurs voix, qu'ils font retentir 
dans leurs Bourgades, ou dans les lieux 
ou ils raflemblent leurs cabanes. Celui - 
cy s'en alla crier à pleine telle : hommes, 
écoutés ma parole; auffi-toft chacun fe 
tailt dans les cabanes, 8c pour marque 
qu'on écoute, quelques vns répondent: 
ho ho ! i'ay défia du à quelques-vns , que 
ie croiois enDieu ( que ievoulois eftre bap- 
tifé,iele dy publiquemét,ie ne fais rien en 
cachette > la choie elîant de foy bonne &c 
fain£te,il ne la faut'point cacher : l'im, 
prouue qui voudra, la conclufion en cft 
prife,ieferay demain baptifé; ayant dit ce^ 
la ii rentre dans fa cabane, Se l'Apoftac 
fort de la fienne vomiffànt de fa bouche 
du poifon , dont il s'efforça d'empener 
tous (es Compatriotes j ievoy bien,s'é- 
eria-t'il , que celuy qui viêr de haranguer, 
ieveuclaiffer tromper par les François* 
h 



de l'année ifyo. ($ff 164.it> li§ 
tjuil foie trompé, à la bonne heure, puis 
qu'il le veut eftre : mais il fera feul de fa 
bande , car perfonne n'a enuie de lefuiurc: 
c'e(i quelque vain efpoir qui le pouffe, 
dont nous nefaifons point d'dîat, on m'a 
baptifé lors que l'eftois malade à la mort, 
fi toft querefprit meft reuenu,i'ay defa- 
uoué tout ce que i'auois dit pour lors* 
Noftre Catéchumène entendant ce dif- 
epurs , s'anime dauantage, il va trouuer le 
PcreBuceux,luy raconte tout ce qui s'e- 
ftoit parte : Allons, luy dit41 , à la Chap- 
peile,ie veux faire vn autre ery public con- v 
tre l'impudence de cet Apofbt : mais dé- 
liant que.l'entreprendre, ie veux recom- 
mander l'affaire à noftre Seigneur , ayant 
fait fa prière , il s'en va vers les cabanes , 
éleuefavoix,crieauec vn zèle de feu: le 
vous ay défia dit p!ufieus fois , que ie vou- 
lôis eftre baptifé , ie perfeuere dans ma 
refolution ; fi quelquVh a quelque chofe à 
dire contre moy ; qu'il fe hafte , car c'eft 
demain que ic le dois eftre: le ledeuois 
eftre auiourd'huy ,maispourcequela ieu- 
neffeeftabfentci'attens fon retour, afin 
qu'elle apprenne par mon exemple, à ne 
pomt redouter les langues medifantes/ 



ï 16 Relation de la Nouuelle France] 
quand il s'agit d Vne fifain&e- a&ion* 

Le lendemain il fe vint prefemer au 
fàind Baptefme, deuant que de le reçeuoir 
il tint ce difcoursàeeuxqui eftoient pre- 
fens : Efcoutés ieunefle, peut-eftre que 
quand vous me voies à la porte de cette 
■Eglife,vous dites dans vos cœurs j voila 
qui va bien , Picfears va eftie amy des 
François , il nous fera fauorable , il ne 
manquera pas de belles robes > il aura dei 
viures^n abondance, voila peut-eftre vtfs 
peniées; mais vous vous abufés, fçachés 
quePiefcars nefefaitpasChreftien pour 
aucune conlîderation humaine * c'eft pour 
éùiter les feux de l'autre vie, c'eft pour 
eftre parent de -Dieu, &c pour aller vn iour 
au .ciel j- voila les defTeins de Piefears 2 
Ayant dit cela, il fe jette aux pieds du Pè- 
re , demandant le faind Baptefme , qui 
luy fut accordéauecla ioyedejous ceux 
qui aiment le fajlut de ces peuples. Depuis 
fon Baptefme il avefeu dans l'exercice du 
Chnftianifme, marchant la tefte leuée, 
confolant lesChreftiens, & confondant 
les In fidèles par fon exemple: Cet hom- 
me eft de lïflej En voicy vn autre de la $&+ 
tite Nation des Algonquins j moins con- 



de l'année 1640. & 1641. 127 
trariédes hommes , mais peut-eftre plus 
forcement attaque des Démons. 

Eftantencore Catéchumène, le Père 
Buteux luy dit 3 qu il ne falloir iamais, plus 
manierfon tambour: car il el^oit du rae- 
ftier des Iongleurs , ou des Charlatans du 
païs,que quelques- vns appellent Sorciers; 
ce bon -homme prit refolution d'obeïr: 
mais il voulut faire vntraiét de gentillefTe 
àbfepulture defon tambour 5 il pria donc 
le Père de le venir voir le iour fumant , le 
Père approchant de fa cabane, ce Charla- 
tan prend fon tambour y Se s'anime à la 
façon des Iongleurs, il le fait fi forcement 
retentir, que le Père l'ayant entendu de 
bietyloin , s'arrefte tout court : VnSau- 
uage apofté par noftrc Catéchumène > l'a- 
borde fans faire femblant de rien , le Père 
luy demande qui eftoit celuy qui faifoic 
ioiier ce tambour : c'eft dit- il , vn nommé 
Dabirini^ich qui fouffle& qui chante quel- 
que malade : Le Père entendant nommer 
fon Catéchumène, s'en va tout indigné, 
s'imaginantque cet hommeluy auoit don- 
né de belles paroles: Le Sauuage l'muite 
d'entrer, mais le Père ne le voulut point 
écouter. Le pauure Catéchumène voyanr 



îzg Relation de la Nouvelle France^ 
cela , prend Ton tambour , le mec en pie-* 
ces,&:le jettteàfes chiens : le roulois > 
- dit-il , recréer le Père, & le faire fpe&a- 
teurdereftatque ie faisdemontambour/ 
le donnant aux chiens en fa prefence: 
mais puis qu^iln'apas voulu entrer, il ne 
laiffera pas d'eftre jette dans vn oubly 
éternel. Le Père ayant appris Thiftoire , 
fut bien aife d'auoir efté fain&ement 
trompé par ce bon Néophyte , qui fut 
nommé Paul en (on baptefme. 

Si toft qu il fut Chreftien jil inuita les 
principaux Sauuages à vn banquet, pour 
leur rendre raifon de cequirauoitmeuà 
rechercher fi ardemment le baptefme, 
la vie que nous menons ça bas, eft courte* 
on nous enfeigne qu'il y en a vne autre 
remplie de biens eternels 5 qu on ne peut 
obtenir , qu'on ne foit laué dans les eaux 
du baprefme b il faut donc que ces eaux 
foient de grande importance^ on nous dit 
que ceux qui les mefprifent , ne doiuent 
attendre qu'vn feu éternel , fi cela eft, 
comme ie croy qu'il eft, car nos axiies 
eftans immortelles, doiuent eftre récom- 
penses félon leurs œuures, il me femble 
que i'ay eu raifon , de rechercher les 

moyens 



âe Tannée 16 40 >& 1641. 1191 
moyens d'entrer dans ces biens 5 & d'ali- 
ter ces grands maux < ne penfés point que 
rintereft temporel me touche, ou que îe 
faffe eftat de la parenté 5c de l'alliance 
des François,ma penfée va plus loïng que 
tout cela. 

Au relte iay refolu de quitter pour ia~ 
jnais nos anciennes façons de faire ^ ie 
n'ay plus de voix pour les chants fuper- 
ftitieux , mon tambour n'a plus de fon, 8c 
ma bouche n'a plus de fouffle , pour 
tromper les malades ; car toutes ces niai- 
feriesne leur fçauroient rendre la fanté, 
ieveux obeïr à Dieu>&: tout ce qu'il dé- 
fend , me fera interdit pour toufiouts. 

Le Capitaine de Tille, qui ne frappe 
que de trauers , §£ à coups fourrés , vou- 
lant raualer cette fain&ea&ion, Sç mon- 
ftrer qu'il n'appartenoit qu'aux vieilles 
femmes &aux enfans ,defe faire bapti- 
fér, s'écria parles cabanes: Allés bonnes 
vieilles, allés, Se vous petits enfans, qui 
n'aués pas le moyen de trouùer à man~ 
ger,allé^yousentromicr les Robes noi- 
res, & vous^aitesbaptifer , afin que vous 
ne mouriés pasd^faim • que ceux qui vous 
reiTemblent, vousimkent. Le Père de 

I 



m 



î3 o Relation de la Nouuelle France] 
Quén voyant que ce cry fe faifoit au mef- 
pris de lafoy , & pour éloigner les Sau- 
uages du Baptefme, rendit le change à ce 
miferable borgne ; car allant le lendemain 
appeller les Chrcftiens pour venir à la 
MefTe 5 adjoufta ces paroles dVne voix 
haute:Hommes&femmes,quih'eftespas 
bapufes, allés trouuer Tefeehat, c'eft le 
nom de ce borgne^il vous donnera tous 
à manger c'eft luy qui tue les caftors &c 
qui fçaic bienattrapcr l'orignac- Cet hom- 
rnefuperbe au dernier point fe croyant of- 
fenfé > s'en vint tout fumant de cholere, 
trouuer le fieur Nicolet & le Père Buteux 
fe plaignant de l'affront qu'on luy auoit 
fait ; mais on luy demanda fi quand il ren- 
uoyoït les vieilles femmes &: l^s enfans 
aux Pères pour fe faire baptife/, afin 'd'à- 
uoir à manger , s'il prétendait mefprifer 
les prières & le.Baptefirie : Il dit 3 que nom 
On luy repart , que le Père de Quen ne 
pretendoit pas auflî de i'offenfer^luy adref- 
fant les hommes 8c les femmes pour les 
fecourir,vcu mefme qu'il eftoit Capitai- 
ne : ce bon homme voyanr bien qu'il per- 
droit fon procès s'il paflbit outre , aima 
mieux fe taire, que dej)laider dauantage. 



de tannée 1^40, (jjjj? 1641. 131 
Pour reuenir à noftre Néophyte, il a 
fait baptifer toute fa famille 5 fa fertime 
eftantbien inftruite, fe vint prefenter au 
Baptefme , trois ioursapresfa couche,fans 
que la longueur du chemin, ny que la ri- 
gueur du froid, l'en puû empefeher. Si 
toft que fon fils fut né , fon père vint pref- 
fer pour fon baptefme 5 ce pauure petit 
eftant malade > tous \m Chreftiens mirent 
leurs chappeletsfur fonberceau , efperant 
que Dieu luy rendroit la fanté par cette 
deuotion; il fe porte bien à prefent,Dieu 
mercy. 

Tous les iours on prie Dieu dans fa 
famille ,foir& matin, chacun fe mettant 
à genoux 5 ils fréquentent les Sacremens 
auec vne candeur admirable 5 ils obeïf- 
fent aux loix de Dieu Se de fon Eglife auec 
fidélité. On prefloit certain iour, ce bon 
Néophyte , de faire acheuer fes raquetes 
vn iour.de fefte , la neige eftant très-pro- 
pre pour la chaffe 5 il ne voulue Jamais 
qu on y trauaillaft : le ne fuis pas, dit-il , 
Chreftien àderny,il faut obeïrà tout ce 
qu'on nous commande. 

S'en allant à la chaffe d'Eflan dans les 
bois, ildemandoit auecinftanceifi quel- 




. 



ï3 z Relation de la Nouuelle France^ 
quvn\ de ceux qui le pourroient inftruire 
Se entretenir en deuotion , ne le voudroic 
pas bien accompagner 5 & Simon Piefkats 
prefîbic qu'on l'inftruifift pleinement de 
tout ce qiul falloir faire , quand on eftoit 
éloigné del Èglïfe ^ Tentant vn regret de 
b^n abienter, quoy que pour vn peu de 
temps. 

Vn certain Païen difoitvn iour^qu'il fe 
feroit volontiers bapûfer a (i après eftre pu* 
rifié dans les eaux du Baptefme , on rafiu- 
rok, qu'il iroit au ciel : Mais vous me dites, 
■faifoit-il, qu'on peut eftre damné, quoy. 
qu'on foie baptifé. Se que la recheute au pé- 
ché bous précipite dans les Enfers : Qui 
doute que nous ne retombions dans nos 
offenfespar la violence de nos vieilles ha- 
bitudes 5 qui nous entraînent : Il eft vray 
que les habitudes ont vn poids épouuen- 
tablefurnos coeurs: mais il eft vray anflï 
que le Baptefme eft puiflant , & qu'il fait 
d'eftranges metamorphofes ; ce quin'em- 
pefchepasquequlques-vns ne retombent 
dans les occafions puilîanres, Se dans les 
fortes tentations : ce quiarriua à ce pauure 
Néophyte dont nous parlons: car eftant 
tombé malade, Se fe trouuant dans des 




de tannée 1^40. &\G 4L 353 

douleurs t£es-*cruelies : Vn Charlatan fe 
prefentant pour le chanter , à la façon 
du païs , il y condefcendit : Le bon Char- 
les Sondatfaa Huron,encor Catéchumè- 
ne 5 voiant cette fuperftition , en vint don- 
neraduis à nosPeres: Auffi-toft le Père 
de Quen court aux cabanes , trouue le 
Charlatan en a£tion^&: piufieurs Infidè- 
les à lentour du patient; il commence à 
fulminer contre ces remedes s plus propres 
à tueries malades qu'aies guérir :vn delà 
trouppeleue la main pour le frapper; mais" 
il fe retint: Le Père demande au malade, 
s'iratreit quelque créance à ces badineries , 
qu' il auoit exercées luy-mefme>&: dont 
il ne connoiflbit que trop rimpuiflWnce, 
lepauure homme repentant de fa faute , 
chaiTe le Sorcier? A quelques iouts de là, 
fe trouuant mieux , il s'en .vint en l'Eglife, 
èc en la prefence des François 8c des San- 
uages , il demanda publiquement pardon , 
du fcandale qiui auoit donné 3 fuppliant à 
deux genoux tous les Chrefliens de prier 
Dieu pour luy > à ce qu'il luy pkuft oubl ier 
fonpeché 3 promettant de iamaisplus n'y 
retomber. Il eft bon de tenir ferme au 
commeaceqaent , pour des fautes oicfmes 

ï iij 



mm 



IJ4 Relation de U Nouuelle France^ 
afîes légères , on ne fe relafche que trop 
aifément: Ce bon Ncopbite eft mainte- 
nantdans l'exercice de la patience, & de 
h refignation à la volonté de Dieu,aiant 
fait voir par pluiieurs a&ions, qu'il auoic 
la foy fortement grauéeaucdeur. 

Celuyquiauoitleué la main fur le Père 
pour le frapperont touché deDieu à quel- 
que temps de là; il demanda fouuent le 
Baptefm : mais comme il s'eft monflré 
contraire à la foy , on veut tirer de luy de 
fortes éprennes; il en donna vne il n'y a 
pas lôg- temps , qui ftous réjouit bien fort: 
Ayant fait a Sembler ceux qu'il croyoit les 
plus éloignés de la foy 3 ii leur dit, qu'il 
auoit pris refolution de fe faire baptifer; 
8c que ia penfée dvne recompenfe , ou 
d'vn chaftiment éternel* luy touchoitle 
cœur; K Apoftat , dont i ay parlé cy def- ' 
fus , eftant prefent > ne put fupporter ce 
difcours; il fe leua incontinen^ & fortit» 
quittant la com pagnie fans mot dire : Paul 
vabirin^ich rcleua le courage decenou- 
ueau athlète : Si nous faifons de grandes 
feftes lors que nous refufcitons quelque 
trefpaffé, donnant fon nom à quelquVn 
des viuans , il me femble qu'il y a bien plus 



de l'année ^40. &\6\\. 15 j 
de fuiet de fe réjouir quand vn homme 
deuient enfant de Dieu , & qu'on luy -fait 
porter lemom de IV n des Bien- heureux 
qui font en Paradis. 

le ne fais pas profeffion de parler de 
tous ceux qu'on a baptifés,mais feulement 
de ceux qui font en eftime parmy leurs 
Compatriotes 3 Se qui ont le plus d'empef- 
chemens & plusd'obftaciesjpour recevoir 
noftre créance. 

leneparleray point d'vn certain, nom- 
mé Arimy ftigtf an > qui fut nommé Clau- 
de en fon baptefme ; il eftoit excellent 
longleur -, quelque temps après s'eftre 
faitChreftien ,vn malade luy enuoya vn 
prefent , le fuppliant de le venir penfer 
auec fes chants , Se auec fon tambour; le 
bonNeophiterefpond , qu'il a quitté ces 
folies 3 pour ne les iamais reprendre : le 
niefïagerlaiiïa le prefent en la cabane du 
Neophite, mais voiant que ce médecin ne 
venoit point ,il le rçnuoya quérir 3 3c laiffa 
en repos ce bon- homme 5 auquel ie pue 
noftre Seigneur de donner perfeuerance. 



I iij 



i$6 Relation delà N&uuelle France] 



De la prifede deux François conduits 
dupais des Hiro mois, &* de leurre- 
tour aux Trois Riuieres» 

C H AP I X R E IX. 

SOusîenom cTHiroquois nous enten- 
dons fix Notions, ennemies des Hu- 
rons,des Algonquins, des Montagnais , 
Se maintenant des François , nous auons 
des peuples ai/ Sud,tirat du codé de l'Aca- 
die : ils s'efterjdent à YOcîl de la Virginie, 
dedans les terres $ Or comme leurs Bour- 
gades iont éloignées, les vnes des autres, 
il n'y a que la feule Nation des Aquieero- 
nons, à proprement parler, qui fe foie dé- 
clarée ennemie des François; elle a trois 
Bourgades bien peuplées 3 fituées affes 
proches les vnes des autres fur trois petites 
montagnes-, il eft vray que ces Nations 
fe preftent la main dans leurs guerres, 
comme font auffi celles qui ont quelque 
commerce auec les François :Les Aquiec- 
ronons tuèrent vn François en leur païs, 
iiyaplufîeursannéesacontreledroitcom^ 



de ['année 164©, (êf 1641* ijf! 
mun des peuples 5 car il eftoit enuoyé auec 
quelques Sauuages, pour traiter la paix 
auec eux. L'an 1633. le fécond unir de 
Iuin , ils tuèrent en trahifou trois autres 
François , fort proche du fléuue que nous - 
appelions les Trois Riuieres: Depuis ce 
temps là ils ont mafTacré piufi€urs Ha- 
rons,&: Algonquins,cômei'ay fait voir es 
Relations précédentes ^ En vn mot> ils 
font venus à tel point d'infolence, qu'il 
faut voir perdre le pa'ïs, ou y apporter vn 
remède prompt &c efficace: Si les François 
eftoient ralliés les vns auprès des autres, 
il leur feroit bien aifé de maiftrifer ces 
Barbares^ mais eftans difperfés, quideç -, 
qui delà, nauigeans à toute heure fur le 
grand fleuue dans des chaloupes, ou dans 
des canots j ils peuuent eftre aifemenc 
furpris de ces traiftres,qui chaflent aux 
hommes , comme on fait aux befte$,quï 
peuuent oifenfer fans eftre quafi offen- 
fés: car eftans découuerts, ils n'attendent 
pas pouri'ordinairele choc ^ mais ils fo. c 
plutoft hors de la portée de vos arme: , 
que vousn'eftesen difpofuion de les tu « 
Voyons maintenant ce qu'ils ont fait de- 
puis lanpafTé. 



- 



133 Relation de la Nouvelle France, 

Sur ia fin de l'Automne ils partirent de 
leur païs emiiron quatre vingts & dix- ho- 
mes, ilsfe répandirent , qui deçà qui delà, 
dans les petits fleuues, &c dans les riuieies, 
ou ûs fçauent que les Saunages nos alliés 
vont chercher les caftors,vne trentaine 
ayas trouué leur proïcau dehus dç Mont- 
réal, l'enleuent en leur païs , ks autres 
senvmdrent rodera l'entour de l'Habi- 
tation des Trois Riuieres. Deux ieunes 
François, Tvn Interprète en la Langue 
Aigonquine, pour Meilleurs de la Nou- 
uelle France, nommé François Margue- 
ne , l'autre appelle Thomas Godefroy, 
qui eft ftcrc dVh. honnefte habitant du 
païs, eftans allés faire vn tour àlachaïfe, 
furent découuerts par ces Barbares , qui 
fuiuansla trace de leurs raquetes, impri- 
mées fur la neige,lesabotderentàpas de 
larrons pendant la nuift, & tout à coup 
ie voulans jetter fur eux , firent des cris 
& des hurlemens épouuentables ; l'vn des 
deux François eut loilir de prefenter Ton 
arquebufeau premier qui le voulut faifir; 
niais par vn bon- heur, ou plutoft par vne 
prouidencc de noftre Seigneur, elle fait 
vne fautfç amorce : Si elle euft pris feu 3 




de l'année 1640. &\6^\i* *39 
&. qu'il cuft tué ce Barbare, ils auraient 
tous deux perdu la vie, il en fut quitte pour 
vn coup d épée que luy darda fon enncmy ' 
dans la cuifle; l'autre François s'eftant le- 
uépromptement au bruit, met la main à 
répécvn Hiroquois luy tire vn coup de 
flèche , qui luy paffa fous le bras 5 vn autre 
le voulant aborder, fit vne mauuaifc dé- 
marche, &c tomba dans la -neige , auiïï- 
toft'le François luy prefente l'épée nue à 
la gorge , les Hiroquois le regardoient 
faire fans branler, pas vn ne faiiant mine 
de Tempeicher » ou de le tuer , de peur 
qu'il ne tranfperçaft fon enncmy , qu'il 
auoità fes pieds ; Enfin ce icune homme 
voiantquilferoit maffacré en vninftant, 
s'il paffoit outre, jette bas fon épée Scfe 
rend 3 pour auoir loifir depenfer à fa con* 
fcienccquoy qu'il fe fuft confeffé &c com- 
munié le Dimanche précèdent , aimant 
mieux eftre bruflé , rofty , Se mangé , que 
de mourir dans cerre précipitation fans 
penfer à Dieu. Voila donc ces deux pau~ 
ures victimes entre les mains de ces Ty- 
grès , ils les lient, les garottenr, les emmei- 
nent en leur païs auec des cris U àcs Buées, 
ou plutoft auec des hurlemens de loups. 



mm 



ï4° Relation de la NouueUe France^ 
Aians neancmoins reconnu qu'ils eftoient 
François , ils ne les traitèrent pas comme 
Us font les Saunages s vfans d'vne plus 
grande douceur; car ils ne leur arrachè- 
rent ny les ongles des doigts , ny ne les 
meurtrirent en aucune partie de leur 
corps. 

Cependant comme ils ne retournoient 
pi it au iour affigné , on commence à 
douter qu'il ne leur foit furuenu quelque 
malheur ; on attend encor quelque temps; 
niais comme ils ne paroifToient point > 
les François les vont chercher au lieu ou 
ils auoient dît qu'ils iroient chafler; ils ren- 
contrèrent vne perche plantée dans la nei- 
ge j à laquelle eftoit atcachévn mefehant 
papier, grifonné auec vn charbon 3 ils le 
prennent, le hfent, treuuent ces paroles 
eferites : Les Hiroquois nous ont pris en- 
trés dedans le boisdls entrent dans le bois, 
treuuent vn gros arbre duquel on auoic 
fraîchement enleué Técorce > fur lequel 
eftoient eferirs ces mots auec du charbon : 
Les Hiroquois nous ont prislanuid, ils 
ne nous ont fait encor aucun mal , ils nous 
emmeinent en leur pais ; il y auoit quel- 
ques autres paroles qu on ne pût lire. Cecy 






de l'année 1640. t0 1641* 141 
arriua cnuiron le vingtiefme de Février: 
Ge coup eftonna vn peu nos François , 
qui recommandèrent à Dieuauecferueur, 
ces deux pauures captifs; on chercha tou- 
tes les voyes poffibles.pour les déliurcr, 
.mais on ne voïoit point de iour à cet affai- 
re: Nos Sauuages voifms nous difoient, 
que c'eftoit fait de leur vie, qu'ils auoienc 
efté bouillis & roftis , .'& mangés ; mais 
Dieu qui feplaift d'exaucer les prières de 
ceux qui ont confiance en fa bonté i en dif- 
pofoit autrement j il nous les a rendus , &C 
nous auons appris ce qui fuit, de leurs bou- 
ches. 

(Nous arriuafmes dans la Bourgade 
de ceux qui nous ont pris, après dix-fepe 
ou dix-hui£b iourj.de chemin; au bruit de 
noftre arriuée chacun accourt pour nous 
voir, non feulement les Bourgades voifi- 
nes> mais encor les autres Nations ftvou- 
loient donner ce contentement, de voir 
descaptifs François } on nou$ faifoit tenir 
debout à toute heure , pour rïous contem- 
pler depuis la tefte iufquesaux pieds: Qoel- 
ques-vnsfemocquoient dénoua, d'autres 
nous menaçoient de nous bruller , d'au- 
tres nous ponoient corppallïon s quelques 






m 



« 



î4^ Relation de la Nouuelle France] 
Hiroquois qui auekni efté prifonniers â 
K ebec,& aux Trois Rmieres>& quiauoiëc 
elle fauorabiement traités des François , 
nous regardèrent de bon œil > & nous di- 
rent que nous ne mourrions point - y vn en- 
tre autres que François Marguetie auoiç 
■fortb*refle,& que nos Pères auoient fe« 
couru dans ia neceffité , dit tout haut , que 
Jes François eftoient bons , Se qu'il ne les 
falloir pas faire mourir: Vn bienfait n'eft 
iamaisen oubly deuant Dieu, il en fçaic 
rendre la récompense en Ton temps ; il faic 
bon exercer des a£tes de charité & de mi- 
fericorde pour fon amour. 

Vn'ieune prifonnier Algonquin , à qui 
les Hiroquois auoient donné la vie,recon- 
noifîànt nos François , leur dit : Prenés 
courage , vous ne mourrés point , puis que 
vous fçaués prier Dieu , il ne manquera 
pas de vous fecourir. le ne fçay pas fi ce 
ieune homme auoit quelque confiance en 
fon fouuerain Seigneur ; mais quoy que 
c'en foie * il s'eft fauué des mains de (es en- 
nemis, 

Nonobftant tous ces difeours , ces ieu- 
nes hommes auoient tout fuj et de crain- 
dre , jfe voyans au milieu de la barbarie &c 



de la cruauté j fans fecours d'aucune créa- 
ture. Il n'y alloic pas moins que du feu, de 
la rage, &c de la dent de ces barbares, qui 
exercent des tourmens eftrangesfur leurs 
prifonniers. 

Quelques Satruages des Nations plus 
fiantes, ne vonlans pas irriter les François, 
firent de£ prefens , à ce qu'on deliuraft ces 
deux panures captifs .-Enfin on tint coh- 
feildans lepaïs,&: la conclufion futprife 
de traiter de paixauec les François- cela 
fait, on promet aux prifonniers qu'on les 
femenera au Printemps aux Trois Riuie- 
res.En attendant on les donne en garde 
à deux chef de familles, qui les traitèrent 
comme leurs ènfans. L'vn d'eux voyant 
que fon prifonnier prioit Dieu foir &c ma- 
tin, & cju'ilfaifoit lefigne de la Croix de- 
uantle repaSjluy demanda ce que figni- 
fioit ce figne facré, ayant eu pour refpon- 
fe>que le Dieu qui a fait le ciel &c la terre, 
les animaux &: tous les bleds, conferuoic 
ceux qui Thonoroient, Se qui auoient re- 
cours à luy^ie veux donc faire le mefnle, 
refpond-il, afin qu'il me conferue& qu'il 
me nourrilîe. 

Vne autre fois pluiieurs de c^s Barbares 



■ 



. 



144 Relation delà Nouuelle France l 
inuitcrentTvn de leurs prifonniers à chan- 
ter à la Françoife : renés vous donc dans 
lerefped ."fit-il, car le Dieu du Ciel &de 
]a terre, que nous honorons par nos Voix 
&par nos Cantiques, vous pourroit ciiâ- 
fhcr rudement , fi vous entriés dans quel- 
que mépris ; ils promirent tous de ne 
point rire, Se de fe comporter fagementj 
le François entonne VCéét maris Jlella , 
qu'ils efeouterent la tefte baifTée auec 
beaucoup de modeftie & de refpe£t, té- 
moignant par après que ce chant leur auoit 
aggreé : La fainéte Vierge quifaifoit tous 
les îours chanter cet Hymne à Kebec, 
pour lp dtliurance des prifonniers, pre- 
uoyoit dés lors leur liberté, &pcut-eftre 
encor demandoit àfon fils la conuerfîon 
de ces peuples^qui entendront bien-toft 
le clairon ck"i Euangile , fî l'ancienne 
France ayme la Nouuelle, comme vne 
iceur aifnée doit aymer fa Cadette. 

Or ces deux pauures François fe trou- 
uans incommodés dans les rigueurs du 
froid ; car ils auoient donné partie de 
force, partie de bon gré, le meilleur de 
leurs habits à ces Barbares ; fvn deux 
ayant connoiflance de la langue Angloi-, 

fe, 



tic l'année vë^ù. & lè^xl I4J 
fe, écriuic aux Holandois qui fe font em^ 
parés d'vnc partie de TA cadie, qui appai> 
tient au Royales fuppliant d auoir pitié de 
leur mifere>il feferuitdelapeaud'vnca- 
fior pour papier, d r vn petit bafton pour 
plume, &: dekcraflTe ou fuie attachée au 
defïbus d'vn cfaauderon j pour encre j le 
Sauuage à qui appartenoit ce caftorje 
portant aux Hollandois, ils reconnurent 
cette efcnture, & touchés de compaffion, 
ilsenuoyerentà ces deux pauures prifon- 
niers vne couple de chemifes, deux cou- 
uertures, quelques viures, Se vne efentoi- 
re s Se du papier, auec vn mot de lettre. Le 
Sauuage rendit tout fidèlement , excepté 
la lettre, difant que Tefcriture des François 
eftoit bonne, mais que celle desHollan- 
ciois ne valoit rien. François Marguerie 
aiant du papier , efcriuit toute l'hiftoirc 
deleurprife, & pour ce qu'ils craignoienc 
que les Hollandois n'entendiiTcnt pas la 
langue Françoife,il coucha fa lettre en 
François v &: en Latin comme il put, & eh 
Anglois, il croit qu'elle fut portée; mais il 
ne vit point de refponce, les Hiroquois 
fans doute ne leur voulurent pas rendre, 
Ils ne voulurent auffi iamais leur permet- 

K 



14.6 lielation de la Nouuetle Francel 
tre d'aller vifiter les Hollandois 5 ces gens 
leur difoiem , ils font cruels,ils nous met- 
tront aux fers , ils pilleront nos Compas 
triotes, s'ils viennent en ces quaniersyjpôur 
vous deliurer, Les François ne croioient 
rien de tout cela 5 d'ailleurs, ils ne vou- 
loient pas s'éfchapper des mains de ces 
Barbares, pour les mieux difpofer à vne 
bonne paix» 

Sur la fin du mois d'Àurii, la conclufion 
de rechercher cette paix aucc les Fran- 
çois* eftant prife,cinq cens Hirdquois ou 
enuiron , partirent de leur pais bien ar- 
més,ramenant aucc eux les deux François: 
quelques- vns s'en retournèrent , d'autres 
fe débandèrent du gros , pour s'en aller 
au deuant des Hurons 3 & des Algonquins, 
à deflVin de piller, de tuer^ &c de mafîa* 
crer tout ceux qu'ils pourraient furpren- 
dre, le refte tire droit aux Trois Riuieres* 
Le cinquiefme de Iuin ? fur lepoint duiour 
parurent vingt canots 5 plus bas que la de- 
meure des François, tous chargés d'horrir 
mes bien armés s il en parut d'autres au 
milieu de la riuiere dans le mefme équi- 
page : Voila auflï-toft l'alarme parmy les 
François, & parmy les Algonquins* qui 




de l'année î6^o. & 1641. . 147 
demeurent auprès de nous, ceux-cy s'é- 
crient qu<e c'eftoit fait de leurs gens 3 qui 
eftoient allés chafler au cafror jlà-deflus 
> Vn canot Algonquin forçant de f embou- 
chure du fleuue, que nous appelions ks 
Trois Riuieres, fut pris de les ennemis 
à la veîic des François & des Saunages^ 
fansqu'on luy peut donner aucun fecours, 
comme on eitoitdanscette alarme parue 
Vn autre canot 5 conduit par vn hornma 
feul, fortant du quartier de fennemy , ti~ 
rant vers le fort des François, ce canot 
pondit vn petit guidon pour marque dé 
paix, on lette les yeux furfôn nocher, à 
l'habit il paroifïbit commfc vh Sauuap-e, 
mais à la voix on reconnut que c eftoit 
François Marguerie/vn des deuxjprif on- 
nîers, ayant mis pied à terre^on le conduit 
au foft pour faluër le fieurdeGhanflour, 
qui le commande- tout le monde accourt* 
chacun l'embraile, on le regarde comme 
vn homme refufcîté,,& comme vne vi- 
aime échappée du coufteau, qui l'alloit fa- 
crifier , & du feu qui Falloir confemmerj 
on luy fait quiter fes haillons , on îe re- 
ueft à là Françoife , chacun eft dans h 
ioye, on le traite aucc amour 5 & après les 

K i; 



. 



14$ Relation de la NouueUe V tance] 
premières carefles , chacun fe met dans 
le fîlenee pour l'écouter : Ii dit donc que 
les Hiroquois iouhaitans l'alliance des 
François , les auoient doucement traités , 
qu'ils eftoient partis cinq cens du païs* 
qu'on en voioit trois cens cinquante roder 
fur la grande riuiere , à la veuë du fort, 
qu ils l'auoient député pour parler de paix 
auec lesFrançoisj &non auec les Sauua- 
ges > Algonquins , &c Montagnais , qu'ils 
haïflent à mort , &c qu'ils veulent extermi- 
ner entièrement -, Ilsont, dit» il , trente-fix 
arquebuiîérs , aufli adroits que les Fran*- 
çois , lerefte eft fort bien armé à la Sauna- 
ge ^ ils font munisde poudre, de plomba 
d'arcs 3 & de flèches , d'épées, 6c de vi- 
ures abondamment: Ils s'attendent qu'on 
leur fera prefent dé trente bonnes arque- 
bufes , ce font gens refolus , aufquels il ne 
fe faut fier que de bonne forte^ veumef- 
mequ'vne femme Aigonquine, habituée 
depuis quelquetemps dans leur pa'ïs , de 
laquelle ces Barbares fe cachoient peu, 
nous aaduertisenlecret,que ces peuples 
fe vouloient feruir de nos corps comme 
d'vne amorce, pour prendre tous les Sau- 
uages no s confédérés , perdre tout le pais-, 




de l'année 1640. (§f 1641. 149 
&fe rendre maiftres abfolus de la grande 
Riuiere - y i'ay commiflîoh , faifoit-il de re- 
tourner fans delay, ils ont retenu auec 
eux mon compagnon pour hoftage s &c 
moy ie leuray donné parole quête les 
reuerrois au piutoiL Le fieur de Chan- 
flour donna pour refponfe,quecét affai- 
re eftant de grande importance, il fallok 
que le grand Capitaine des François en 
fuftaduerty ; qu'on nedoucoit pas qu'il 
n'agreaftles recherches de la paix, qu'on 
luy alloir déléguer des Meffagers 5 &: qu'il 
feroit dans peu de temps aux Trojs Ri- 
uieres. Noftre prifonnier& vn François 
qui raccompagne 3 fe rembarque auec cet- 
te;refponfe 5 aflaifonnée de quantité de vi- 
ure$&; de petites douceurs^our gagner 
ces Barbares; Ils approuuerent noftre pro* 
cedé 5 maisils nelailïerent pas defe bien 
fortifier , en attendant la venue d'Onon- 
tio, c'eft ain fi qu'ils appellent Monfieur 
leGouuerneur . Ils renuoyerentvne au- 
tre fois François Marguene &c Thomas 
Godefroy fon concaptif , fupphant le Ca- 
pitaine des Trois Riuieres , de les venir 
voir pour parlementer , en attendant la 
venue du grand Capitaine. Le père Paul 

K iij 



mm 



-. 



j|0 Relation de la Nounelle France^ 
Raueneau & Je Heur Nicoîet , tous deux 
bien verfés en la Langue Huronne , qui a 
du rapport auec la Langue. Hiroquoifc, 
V-y tranfporterent au lieu du Capitaine, 
qui , auec raiton ^ ne voulut p^s quitter (on 
fore: Ârriués qu'ils furent «dans le réduit 
de ces Barbares, ils leur témoignèrent, 
que les François auoient receu vn grand 
contentement àla veuëde leurs Compa- 
triotes. ^ qu'ils prenoient tous plaifir aux 
nbuuelles de h paix, Se qu'on les auoit 
enuoyés fçauoir ce qu'ils fouhaitoient du 
Capitaine , qu'ils auoient demandé : Us 
refpondirent , qu'ils vouloient parler,c'ef| 
à dire 3 qu ils vouloient faire des prefens, 
tant pour nous rendre nos prifonniers, 
que pQurnousinuiccrà faire vne Habita- 
tion vers ieurpaïs, où toutes les Nations 
Hiroquoifes aborderoientpour leur corn- 
merçe : Il leur fut refpondu , qu'on les 
écouterait volontiers, mais qu'on atten- 
doit le grand Capitaine, auquel on auoit 
donné aduis de tout ce qui fe palîbit : Ils 
firent de longues harangues de Teftat de 
leur pais, des defirs qu'auoient toutes les 
Nations Hiroquo;fes,defë voir liées auec 
les François 5 Sç poiu preuue de leur parc- 



1 



de l'année 16 40. & 1641. ïjî 
le , ils font vn petit prefent par auance , en 
attendant la venue d'Ononrio. 

Le lendemain trois canots ennemis fe 
vindrenc promener deuant le fort , à là 
portée de la voix 5 lVn des plus âgés de 
cette efcoûadesecriaà pleine tefte, par- 
lant aux Sauuages 1 Preftésmoy l'oreille,' 
ie viens pour traiter la paix auec toutes les 
Nations de ces quartiers, auec k$ Mon- 
tagnais 3 auec les Algonquins > auec les 
Hurons , la terre fera toute belle ,1a riuiere 
n'aura plus de vagues > on ira par tout fans 
crainte : Vn Capitaine Algonquin recon- 
coiffant la fourbe de cet impofteur, \uy 
rcfpondic dvnc voix plus forte, & d'vn 
ton piquant: le reprefente toutes les Na- 
tions que tu as nommées , en leur abfence, 
&ietedydeleurpart,quetu es vn men- 
teur: Situ venois pour parler de paix, tu 
déliurerois du moins vn de hos prifon- 
niers 5 félon noilre couftume Ç tu ne ferois 
aucun a&e d'lioftilité 5 &tous les ioursm 
es aux aguets pour nous furpj*endre,tu 
maffacres tous ceux que tu peux attraper > 
cela die , chacun fe retire en fou quartier. 

Cependant le canot qu'on auoit depef- 
chéà Kefcec, fit vne très-grande dilige^ 

& -iiij 



m 



-. 



ïjt Rdatwn delà Nouuelle France 9 
ce : Monfieur le Gouuerneur ayant receii 
les nouuelles j arma en vn inftant vne bais 
que &c quatre chaloupes, prit auec foy Je 
Père Vimont noftre Supérieur , vogue 
xontre les vents Se contre les marées; mais 
voiant que la barque n'auançoit point , il 
prend le deuant auec Ces chaloupes^ les ma* 
telors & les foldats ramoient à toutes for- 
ces: Enfin, ils arrivèrent aux Trois Rime- 
res plucoft qu'on n'efperoit. Si toft que 
l'ennerny lés apperceut , il ferefTerra dans 
fon fort $ il eftoit neantmoins fi enragé 
contre les Algonquins, qu'vne heure au- 
parauant qucMortfieurle Gouuerneurles 
allaft treuuer,ils fe jetterent fur vn canon 
Algonquin, conduit par deux hommes &: 
vne femme 5 celle- cy fut tuée , l'vn des 
hommes fut pris prifonnier, & l'autre fe 
fauua. Leiourprecedent Anera^i, Capi- 
taine de guerre des plus hauts Algonquins* 
s'eftoit fauué de leurs mains , les ayans ap- 
perceusdeloinàTemboucheurè du grand 
Lac , voifin des Trois Riuieres , où ils gar- 
doient toutes les auenuës, par la multitude 
de leurs canots* 



de l'année 1640. & 1641. 155 



De la deliurance des prifonnhr s Fran- 
çois t f0 du pour par 1er de paix , 
auec les Hiroqaois, 

Chapitre X, 

MOnfîeur le Cheualier de Mont* 
magny, ayant appris des pnfon- 
niers François , l'humeur de ces Barba- 
res , Se reconnu leur malice par leurs 
actions, le comporte auec vne grande 
prudence Si dextérité j il s'en va mouiller 
l'ancre deuant leur fort,, à la portée du 
rnoufquet; ces Barbares luy font vnfalue 
de trente -fix ou quarante coups d'arqué- 
bufé,fort adroitement ; cela fait, deux ca- 
nots d'Hiroquois le vinarent aborder, 
dans lefquels Us fit embarquer le Père 
Ragueneau Se lefieurNicolet , pour aller 
reprefenter les deux prisoniersjles tirer de 
leurs mains ,&: entendre les propofitions 
de la paix, qu'ils venôient rechercher : Ils 
entrent donc tous quatredans le réduit, 
pu fort des Hiroquois , qu'ils trouuenc 



- 



Ij4 .Relation de la Nouueïïe France, 
aflïs en rond, en afles bon ordre, fans tu- 
multe & fans bruit ; ils firent affeoir les 
deux médiateurs de la paix fur vn .bou- 
clier, & les deux prifonniers à terre, 1 es 
liant par forme de contenance , pour 
monftrer qu'ils eftoient encor captifs. Là 
deflus, l'vn des Capitaines , nommé 
Onagan, fe leue, prend le Soleil à té- 
morng delà finceriré de fon procédé puis 
parle en ces termes. 

Ces deux ieunes hommes que vous 
voyés, font Hiroquois, ils ne font plus 
François, le droit delà guerre les a fait no- 
ftr.es ; jadis le feulnom de François nous 
jettoit la terreur dedans l'ame, leur re- 
gard nous donnoit l'épouuante, &c nous 
les fuions comme des Démons 3 qu'on 
n'qfe aborder ; mais enfin, nous auons 
appris à changer les François en Hiro- 
quois,.ces deux que vous voyés deuant 
vos yeuxjont efté pris cet hyuerparvne 
efeouade de nos ieunes gens. Se voyans 
entre nos mains, ils eurent peur qu'on ne 
les mal-traitaft; mais on leur dit, que les 
Hiroquois recherchaient l'alliance des 
François, 5c qu'on ne leur feroit aucun 
tort : Si cela eft, dirent-ils, que l'vn de 



de ï année 1640. & i^t. iff 
nous retourne vers les François, pour les 
informer de vos bonnes volontés, & que 
l'autre s'enaiile en voftrcpaï : nous repli- 
quafmes , qu'il eftoit plus à propos qu'ils 
vinflfent tous deux confoler tout.es les Ma* 
tions Hiroquoifes par leur pre ce , puis 
quelles auoient toutes de 1 afFedion. pour 
kg François;, En effet, les peuples les plus 
éloignés, nous ont fait des prefens pour 
leur fauuer la vie 5 i 1 ne falloir point de fes 
attraits pour nous donner de l'amour, Se 
êc de l'aifeaion vers vous , nos cœurs y 
eftoient défia tout portés , vous fçaurés 
d'eux qu'on les à traînés en amis, 8£ non 
en efclauesifitoft que le Printemps à paru, 
nous nous fommes mis en chemin pour les 
ramener '5 ils font encor Hiroquois , mais 
tout maintenant ils feront François; di- 
fons plutoft qu'il feront François,&: Hi- 
roquois tout enfcmble : car nous ne fe- 
rons plus qu'vn peuple : difant cela, il prit 
les mains du Père Raueneau , &c du fieur 
Nicolet, délégués pour traitter la paix, 
puis les touchant au vifage>& fur le men- 
ton, leur dit: Non feulement nos cou (fai- 
lli es, feront vos couftumes, mais nous fe~ 
çqns fi étroittement ynis, que nos men- 



m 



ïj 6 Relation de la Nouueïïe France, 
tons fe reueftiront de poil, & de barbe 
comme les voftres. Apres quelques autres 
cérémonies, il s'approche des captifs, bri- 
fc leurs liens , les jette pardeiTus la pallifTa- 
de de leur fort • s écriant, Que la riuiere 
emporte li loin ces liens, que iamais il n'en 
ioit de mémoire, ces ieunes gens ne font 
plus captifs , leurs liens font brifés , ilsfonc 
maintenant tous voftres : Puis tirant vn 
collier de Porcelaine , il le prefente aux 
Médiateurs de la paix, auec ces paroles j 
Cardés pour vn iamais ce collier , comme 
vne marque de leur pleine Se entière liber- 
té ; puis faifant apporter deux pacquets de 
peaux de caftors : le neveux pas, fit-il, 
vous rendre tous nuds à vos frères , voilà 
dequoy leur faire chacun vne belle robe. 
II fît en fuite quantité de prefens, félon la 
coultumcdupaïsjoùlemotde prefens fe 
nomme parole: Pour faire entendre que 
ç'eft le prefent qui parie plus fortement 
que la bouche , il en fit quatre au nom des 
quatre Nations Hiroquoifes , pour mar- 
que , qu'elles fouhaitoientnoftre alliance; 
éleuant vne robe de caftor : Voicy , dit-il^ 
l'eftendart que vous planterés fur voftre 
fort , lors que vous verres paroiftre nos 



de l'année 164.0. ^f 164t. 1 j 7 
canots furcette grande riuicre;& nous au- 
très vojant ce fignal de voftre aihixîé» nous 
aborderons auec afTurance à vos ports ; ti- 
rant vn autre collier de porcelaine, il le 
mit en rondfur la terre : Voicy > dit-il , la 
maifon, que nous aurons aux Trois Rauie- 
res, quand nous y viendrons traiter auec 
vous, nous y petunerons fans crainte , puis 
que nous aurons Ônontio pour frère. 

Les Députés pour la paix,témoignerenc 
à ces Barbares yne grande fatisfattion de 
toutcequis'eftoit pafle en ce confeih ils 
adioufterent,qu1s s'en alloient faire vn 
ample rapport de tout à Monfieur le Gou- 
uerneur 5 lequel ne leur poiirroit parler 
queleiour fuiuant,pource qu'il eftoitdef- 
ja tard - y ils emportent les prefens 5 & reme- 
ttent les deux prifonniers mis en liberté: 
Comme ils fortoient, ce Capitaine leur 
cria \ Dites à Onontio, que nous le prions 
de cacher les haches des Montagnais Se 
des Algonquins fous fa robe, pendant que 
nous traiterons delà paix; Ils promirent 
de leur cofté, quils ne courroient aucun 
canot Algonquin 3 Se qu ils ne leur dreffe- 
roient aucune embufchei; mais leurprp- 
meiTe neftoit que perfidie: car lesFraa- 



Ma 



î jS Relation de la Nouuelle France] 
çois n eftoien quafi pas retirés au porc des 
Trois Riuieres 5 qu ils pourfuiuirent quatre 
canots Algonquins qui reuenoient de la 
chafle^bisn chargés de viures & de pei- 
teries ; à peine les hommes fe purent-ils 
fauuer , tout leur bagage fut pillé, Se vne 
pauure femme chargée de fon enfant , fut 
jmfe. 

Monfieurle Cheualierde Monrmagny 
lugeaparle rapport qui luy fut fait 3 & par 
la contenance qu'il remarqua en Cet enne- 
m y ru/é & déloyal , que la crainte des ar- 
mes Frauçoifes iuy faifoit fouhaiter la paix 
aueenous, pour pouuoir auecplus de li- 
berté rnaflacrer , mc(mc deuant nos yeux* 
les peuples qui nous font confédérés: 
Neantmoins , comme il eft prudent ô€ 
adroit 3 il rechercha les moyens d'induire 
ces Barbares * à entrer dans vne bonne 
paix ynjuerfelle auée toutes les Nations 
qui nous font alliées : Le lendemain ; iour 
deSainÊb Barnabe, ces Barbares, 'qui n'o- 
loiem aborder du fort? pour crainte des 
Algonquins , attendoient auec impatien- 
ce Monfieur le Gouuerneur : Mais les 
vents & la pluie l'arrefterentjil ne s'em- 
barqua que leiout fuiuant, dans fes eba-' 



— in 



de l'année 164.0* $ 1641^ ij9 
loupes , chargées de foixantc-Sd dix hom- 
mes bien armés; il s'en vient mpuillerde- 
uant leur fort: mais la rnauuaife foy de ces 
Barbares les rendans coupables , les fie en- 
trer en deffianee, fondée fur le retarde- 
ment d'vn iour, qu'on auoit pris pour le 
mauuais temps, & fur les adesd'hoftilité 
qu'ils auoient commisse doutans bien que 
nous en àuions connoiiTance : On atten- 
dait qu'ils viendroient quérir les Députés 
de la paix , comme ils auoient défia faits 
mais la deffianee lesarrefta: Ils pouffent 
Vn canot vuide vers nos chaloupes, inui- 
tans Monfïeur le Gouuerneur , le Père 
Raueneau, &c le fieur Nicolet 3 de s'embar- 
que pour les aller trouuer - y leur deffeïn 
eftoit de les maffacrer , à ce qu'vn ieurie 
Algonquin, qui fe fauua de leurs mains, 
nous rapporta puis après : Ce procédé 
tout brutal,fit qu'on fe tint plus fur fes gar- 
des que Jamais : On inuite les Capitaines 
de venir écouter nos paroles /comme on 
auoit efté écouter les leur - y à cela , point de 
nout^elle.on les preffed'enuoyer quelques 
Hurons 5 de ceux qui fe font naturalifés 
parrny eux, & qui font deuenus Hiro- 
quois s ils en firent de grandes difficultés: 



Mm 



Ho Relation de la Nouuelle France] 
Enfin , deux abordèrent nos chaloupée 
dansvn canot, ils regaidoient par tour» 
s'ils ne verroient point quelque Algonquin 
caché parmy nous j n'en ayant apperdeu 
aucun y trois Capitaines Hiroquois s em- 
barquèrent dans vn autre canot : nous 
avans approchés à la portée du piftolet* 
ils inuiterent Onontio^'eft Monfieurno-; 
flre Gouuerneur >à parler , c'eft àdire, à 
faire lesprefens. 

le ne déduira y point la harangue qu'il 
leur fit faire par fon truchement, fuffira 
de dire deux petits mots de la façon qu'il 
leur fit offrir ks prefens, fe conformant 
auxloix de ces peuples,fes dons furpaf* 
foient de beaucoup ceux de ces Barba- 
res* 

Il en fît vn pour remerciement de la 
bonne chère qu'ils auoient fait à nos Fran- 
çois en leur païs.il offrit des couuertures 
pour les nattes qu'ils auoient eftéduës fous 
eux pendant lanuijâ:,il donna des haches 
pour le boisqu ils auoient couppé durant 
Thiuer, pour les chauffer , des robes ou 
des capots pour les auoir reueftus,des 
coufteaux en la place de ceux dont ils 
s'eftoient feruis , coupant la telle aux 

cerfs 




delanftéeié^o. ^/ié4l. 16Ï 

cerfs, dont ils leur auoient fait feftin % 
D'autres prefens pour les Nations quire- 
cherchoient noftre alliance^ d'autres en- 
cor pour marque qu'ils verroient fur nos 
battions des elîendarts de paix : & qu'ils 
trouueroient vne rnaifon d afleuranec au- 
près de nous. 

Tous ces prefens furent aceceptés de 
ces Barbares, auec de grands témoigna-* 
ges d'affedion en apparence: mais com- 
me ils ne voyoient point d'arquebufes d ot 
ilsauoientvnepafTjon eftrange, ils direnc 
qu'on n auoit point parlé de la rupture des 
liens de nos captifs, qu'ils auoiept mis en 
liberté - 7 là-deflus on leur fait e^cor d'au- 
tres prefens pour auoir couppé ces liens 5 
mais on ne partait point d'armes à feu, qui 
eftoit le plus^irdent de leurs fouhaits* cela 
les incitaàparler derechef) ils pr.efentenç 
donc vn collier de porcelaine pour nous 
inuiter à faire vne habitation dans leur 
pais* Ils en donnent vn fécond pourfer- 
uir de traid,ou de rames à nos barques 
pour y monterais en offrent vn troiiiefme 
au nom de la icunefTe Hiroquoife , à cù 
que leur oncle Onontio grand Capitaine 
des François, leur fie prêtent de quelques 






\6% Relation de U Nouuelle France] 
arquebufes, ils en tirent vn quatriefme 
pour marque de paix qu'ils vouloient con- 
tracter auec les Montagnais>auec les Al- 
gonquins , &auec les Hurons nos alliés; 
ils produifent quelques peaux de caftor 
pour affeurance qu'eftans de retour en 
leurs Bourgades , ils feroient vne aflem- 
bice générale des perfonnes plus confide- 
râbles de routes les Nations Hiroqnoifcs-, 
pour publier par tout la generofuc &c la li- 
béralité des François : Bref , ils font vn 
dernier prefent , pour témoigner qu'ils 
donnoient vn coup de pied aux Hollan- 
dois, auec lefquels ils ne t vouloient plus 
âuok de commerce, difoiens-ils : Remar- 
qués , ie vous fupplie en pafTant , le procé- 
dé de ces peuples , & ne me dites plus, que 
les Saunages font des beftes brutes^ afîu- 
rement ils ne manquent pas de bonne 
éducation; Leur defîein eftoit de faire vne 
paix fourrée auec nous pour fedéliurerde 
la peur qu'ils ont de nos armes 5 &c pour 
niafTacrer , fans crainte, nos confédérés: 
Nouspouuoient-ils plus finement induire 
à leur donner des armes > Se pouuoient- 
ilsplus finement infinuer en nofrre ami- 
tié .? qu'en nous rendant nos pionniers, 



de l'année 1640. (èf 1641. 163 
nous offrant deçprefens , qu'en témoi- 
gnant qu'ils vouloient entrer en bonne 
intelligence auec ceux qire nous proté- 
gions en leur prefence, qu'en nous inui- 
tant en leur païs,nousaiïurans qu'ils nous 
preferoientauxHollandois > nous extol- 
lans pardeffus le commun des hommes : 
Voila leur conduite qui manque à sa véri- 
té , du $ray Efprit dés enfans de Dieu; 
mais non pas_def efprit des enfans du fie- 
cle. Monfieur noftre Gouuerneur plus 
auifé , &c plus prudent que c^s bonnes gens 
ne font rufés , demanda l'auis du Reue- 
réd Père Vimont T & du Père Ragueneau , 
furleprefent fujet ;mais s'eftans excufés 
de parier en matière de guerre , il conclud, 
après auoir recueilJy les penfées des prin- 
cipaux de ceux qui l'accompagnoient 9 
qu'il ne falloir point faire la paix auec ces 
peuples y à l'exclufion de nos confédérés^ 
autrement i qu'on pourroic entrer dans 
vne guerre plus dangereufe que celle qu'- 
on voudroit éuiter : car fi ces peuples auec 
lefqueîs nous viuons tous les iours,&: qui 
jnoùs enuironnentde tous collés nous at- 
taquoient, comme il fe pourroic faire 3 fî 
nous les abandonnions j ils nous donne* 

L ij 



ï 64 Relation de la Nouuelle France» 
roient bien plus de peine que les Hiro* 
qiiois. Déplus ^ fi ics Hiroquoisauoient 
vn libreaccésdansnosports, le commer- 
ce des Hùrons , des Algonquins 3 Se des 
autres peuples qui viennent vifiter les ma- 
gamins de Meilleurs de ia Nouuelle Fran*. 
ce, feroit entièrement rompu : Iedy bien 
dauantage 5 qyedésà prefent le commen- 
ce Te va perdre, fi on n arrefte les courfes 
de ces Barbares : Enfin , ny Monfieur no* 
ftre " Gouuerneur 5 ny aucun des François , 
nefe pouuoient refondre àjetter dans la 
gueule de Tennemy les nouueaux Cbrc- 
iHens , qui fe profefient publiquement 
François: Au/îî eft-il vrayquenoftre bon 
Roy , que Dieu benifle dans le temps , & 
dans l'éternité ,les regarde Se les recon* 
noifl pour (es Sujets, dans te don qu'il a 
i?h de ces contrées à Meiîkurs de la 
Nouuelle France. 

Monfieur le Cheualicrdc Montma- 
gny pénétrant la force de ces raifcxns 3 
iugea qu'il falloir faire parler nette- 
ment les Hiroquois, il leur fit dire, que 
s'ils vouloient vne paix vniuerfelie 3 
qu'elle leur feroit accordée , auec vne 
grande fatisfa&iori des François , &: de 




de l'année \ 640. & 1641. \6j 
leurs confédérés-, 8c que fi le prefent qu'ils 
auoienr fait aux Algonquins , pour entrer 
en paixauec eux, eftoic lans feintife , qu'ils 
déliurafifenr prefentement l'vn des pri- 
fonniersdont ils s'eftoient nouuellement 
faifî.s j telle eftanc la couftume des peuples 
amis &c confédérés : Ils refpondkcnc , que 
le iour fuiuanc ilspalTeroientlegrancîllOT- 
ue , pour s'en venir traiter de cet affaire 
auec les Algonquins dans noftre fore, &: 
que nous nous retiraflions. Monfieur le 
Gouuemeurvoianc bien que leur deflein 
eftoic de s'enfuir dans i'obfeuriré de la 
nui£t, répliqua , qu'il fouhaicoîc remener 
auec foy vn captif Algonquin 3 pour le 
rendre à Ces frères alliés > en temoiçnao-e 
de la paix qu'ils vouloient conclure. Ils 
firent femblantd'en vouloir donner vn; 
mais enfin ils refpondirent: qu'on fe re- 
tiraft , &c que cet affaire eftanc important , 
ils en confereroienc entr'eux pendant la 
nui£t : Monfieur le Gouuerneur leur fie 
çc (pondre 5 qu'ils en traitafîent 5 àlabonne 
heure ; mais qu'il ne s'éioigneroit poinç 
qu'il n'euft veu le cours de leur rcfo'luçion. 
Comme on parlemencoit 5 voila fept ca- 
nots Algonquins ^ ignoraus de la venue de 

L iij 



166 Relation de la Noumlle France] 
l'ennemy , qui paroiffoienc au haut du 
grand fleuue, remplis d'hommes , & de 
chalTc^ & de caftors^ les ieunes guerriers 
Hiroquois les ayans apperceus 3 fe rete- 
noiejtu; à peine 5 les mains leur deman- 
geoient., comme on dit - y mais la prefence 
de nos chaloupes armées ? & de la barque, 
qui n'ayant pu encor monter , commen- 
ça à p^roiftre , tirant v^rs nous auec fes 
voiles defploy es, les arrefta ,&c les fît re- 
tirer dans leur fort, auec quelques paro- 
les de mettre au plutoftvn captif Algon- 
quin en liberté. On attend l'effet de leurs 
promeffes 5 il s'écoule vne bonne demie 
heure dans vn profond filence,puis tout 
à coup on entend vn tintamarre &vncli^ 
quetis de haches, fi horrible &: fi épauuen- 
table , vne cheute & vn débris de tant 
d arbres > qu'il fembloit que toute laforeft 
s'en aîloit renuerfer^ &; alors on connut 
leur fourbe plus que iamà^s. Monfieur le 
Gouuerneurles voulant lettre tout à fait 
dans leur tort, deuantemed en venir aux 
mains 3 fc délibéra de pafler la nui£t fur 
Feau auec fa barque & fes chaloupes ,pour 
les empefeher de fuir&pourles fonder en- 
core vne fois fur leurs penfées de la paix» 




de l'annêç 1640. ft) 1641. 167 



Delà q-uerre auec les Hiroquois. 
Chapitre XL 

LE lendemain matin Monfieur le 
Chcualier de Montmagny, fait équi- 
per vn canoc auec vn guidon pour inui- 
ter les Capitaines à parlerais mefprifent 
le canot, Se le guidon, &: le heraulc, ils 
nous chargent de brocards 3 auec des huées 
barbarefques, il nous reprochent qu'O- 
iiontio ne leur a point donné à manger 
d'arquebufes : c'eft leur façon de parler, 
pour dire qu'il ne leur en a point fait prê- 
tant ; ils arborent vne cheuelure, qu'ils 
auoient arrachée à quelque Algonquin , 
de (Tus leur fort comme vn guidon, déno- 
tant la guerre \ ils tirent des flèches fur nos 
chaloupes; toutes ces infolences firent re- 
foudre Monfieur le Gouuerneur,de leur 
donner à manger desarqucbufes,nonàla 
façon qu'ils demandoient, il fit décharger 
fur leur fort, lcy pièces de fonte de la bar- 
que, les pierriers des chaloupes & toute 1» 

L iiij 



ï6S Relation delà No miellé France * 3 
moufquetene : tout cela fe fie aueç vne 
telle ardeur des François, &c auec vfuel 
redoublement, qu'encor bien que renrie- 
my par vne rufe qu'on nWtenderoit pas 
des Sauuages, fe fut mis en feureté; néant - 
moins ri prit vne telle épouuante,qu'auffi- 
toft qu'il fe vitcouuertdes ténèbres de h 
nui&, il emporte fes canots au trauuersdu 
bpis, pour s'aller embarquer vn quart de 
lieuë plus haut que nous, &c fe fauuerde 
nos mains j eftant decouuert on le voulue 
fuiure, les chaloupes rament de toutes 
leurs forces : mais le vent & la marée con- 
traires les arrefterent -, quelques canots 
Algonquins leur voulurent donner la 
chatte, comme ils eftoient en petit nom- 
bre, à comparaifon des Hiroquois, Mon- 
sieur le Gouuerneur les rappella: vn ieune 
homme Algonquin , qui eftoit depuis 
deux ans parmy les Hiroquois s'eftant 
fauué dans cette retraite, nous rapporta 
que ces Barbares auoient eu peur de nos 
canons , que fi on les eût peu aborder 
qu'on les auroit défaits, ceft à dire qu'on 
les auroit mis en fuite dans les bois j'ear 
d'en tuer beaucoup, c'eft ce que les Fran- 
çois ne doiueat pas prétendre , dauta^ 



âe l'année \6\o & /641. 169 
qu'ils courent comme des cerfs, ils faucenc 
commedes daims; ilsconnoilfent mieux 
les eftres de ces grandes &épouuanubles 
forefts que les belles fauuages 5 qui les 
ont pour demeure, les François nofe^ 
rent s'engager aifement dans ces grands 
bois; 

Apres leur retraite on reconnut leur 
rufe &c leur adreffe plus que iamais, ils 
auoient vn fort afles proche des nues 
du grand fleuuej d'où ils nous parioient ; 
ils en auoient vn autre fecretplus éloigné 
dans les bois*, mais fi bien faic &c (î bien 
muny, qu'il eftoit à Teprerme de toutes 
nos batterieScOr fe doutant bien que nous 
en pourrions venir aux mains, dans la re- 
folution qu'ils auoient , de continuer la 
guerre auec les Sauuages nos alliés > ils 
mirent pendant la nuift leurs canots en 
fauueté j ils transportèrent dans leur fé- 
cond fort tout leur bagage , où ils fc 
retirèrent eux-mefmes en cachettes >&c 
afin que nous penfaffions qu'ils eftoient 
dans le premier, contre lequel nous ti- 
rions, n'ayans pas connoifTance du fé- 
condais y tenoient toufîours dufeuallu*. 
m^ilsylaiiOrerent^ufrileursarquebufier^ 



170 Relation de la No attelle France^ 
lefquels après auoir tiré quelques coups, 
en fortirent pour nous choifîr de plus prés, 
fe cachans d'arbres en arbres, tirans fore 
adroitement j ils déchargeoienttoure leur 
fureur fur la barque , fçachans que Mon- 
fîeurleGouuerneur eftoit dedans j & en 
effet y fi elle n'euft efté bien pauoifée , ils 
auroient bleiïe 6c tué plufieurs de nos 
hommes 5 vne épée Françoife paroifTànc 
au deffus des pauots , fut emportée d'va 
coup d'arquebuze , plufieurs cordages 
couppés , & les pauois tous remplis de ba** 
les. Ils firent leur retraite dans vne bon- 
ne conduite; car ils enchargerent à leurs 
arquebufiers de combatre vaillamment, 
comme ils firent , pendant qu'ils transpor- 
tèrent à ^irauers des marais &c des bois , 
leur bagage & leurs canots , pour n'eftre 
point apperceus. La nui£t venue ils éua- 
derent, comme i'ay remarqué cy-deffus: 
Voi'a comme la guerre ,auec ces peuples,, 
s'eft déclarée plus queiamais $ mais voions 
ce qui fuit. 

Ils eftoient partis cinq cens bons guer- 
riersde leur pais, comme i'ay défia dit, 
vne rrouppes'eneftoif alléeaudeuantdes 
Hurons ? p9urleux dreffer des embufçhes, 



de farinée I640. p! 1641. *?i 
& les attendre comme on attend vnebe- 
fteà lafuë; eftan* aux aguets , ils apjper- 
ceurentdeux canots qui nous amenoiene 
le P ère de B rebeuf , & quelques François- 
mais les ayans découuerts vn peu tard , 
dans vu lieu où ils fe pourroient fauuer à 
force de rames j ils les laifferent paflfer fans 
leur donner la chaffe, ny fans le décou- 
urir:Cefutvn grand trait de la bonté, Se 
de la prouidence de noftre Seigneur en- 
uers le Père, & enuers ceux qui i'accom- 
pagnoient: car cinq autres canots deHu- 
rons , venans vn peu après, furent attaqués 
de ces voleurs , qui en mafFacrerent quel- 
ques- vns, d'autres fe fauuerent , d'autres 
tombèrent tous vifs entre leurs mains, 
pour eftre le ioiiet des flammes & de leur 
rage>& la pafture de leurs malheureux 
eftomachs: Voila les funérailles, & le fe- 
pulchre que nous attendons/i iamais nous 
venons à tomber entre les griffes de ces 
tigres 5 &c dans la fureur de ces Démons, 
L'vn de ceux qui fe fauuerent de cette 
embufeade , tira droit aux Troi s Riuieres, 
les autres remontèrent vers les Hurons* 
pour auertir ceux .qui defeendoient , du 
danger où ils s'eftoient perdus. Q^elaue 






17* Relation de la Nouuelle France, 
temps après cette défaille Père Paul Ra~ 
guencau,8dePereRenéMenard a remon~ 
tans au païs des Hurons , conduits par 
quelques canots , firent rencontre de 
huift ou dix Sauuages, qui leur dirent,quQ 
c'eftoirfait de leur vie s'ils pafïbient ou- 
tre; que Tennemy ne s'eftoit pas encor re- 
tiré. A cette nouuelle inopinée, ces ea- 
notjLretournentaux Trois Riuier.es, pour 
demander fecours aux Algonquins; ceux- 
cyles exhortent de donner iufques à Ke- 
bec , pour obtenir quelques armes du fort, 
& quelque affiftance des Sauuages Chré- 
tiens de Sainft Iofeph 5 promettans de 
fe ioindre a cette efeorte. Le Père de Bre- 
beuf , le Père Raguencau > & le bon Char- 
les Sondatlaa fe chargent de cette corn-*, 
miflion , ils viennent voir Monteur le 
Gouuerneur , qui fit embarqer quelques 
foldats bien armés , & bien refolus , les 
recommandans aux nouueaux Chteftiens 
de Sain£t Iofeph, qui armèrent hui£t ca^ 
nots de leur part , pour ce mefme deflein. 
Comme ils eftoiem prefts de partir y arri-" 
uent deux Sauuoges, du païs des Abna^. 
quiois, qui difent pour nouuelies, que touç 
U païs des Hiroquois ne refpire que h 



MM 



âe tannée 1^40. 2^1641. 175 
guerre. Que les Anglois ont quitté Tha* 
bitation qu'ils auoient à Quinibcqiriiqu vn 
nommé Matheabichtichi* , dont i'ay par- 
lé cy -dellus, auoit efté miferabiemenc 
maflacré en leur pais, par vn Abnaquiois 
plus voifin delà mer : que ce coup s'eftoit 
fait dans 1'yurognerie , que tous fes Com- 
patriotes lauoientfort improuué, Se qu'ils 
eftoient enuoics pour fatisf aire aux parens 
& aux alliés, &à toute la Nation dude- 
fun£t : Or comme fes parens efttnent pour 
la plufpart aux Trois Riuieres, ces deux 
Abnaquiois s'embarquèrent auec la flotte, 
pour lesaller trouuer , le bruit de leur ve- 
nue aiant défia couru, nos guerriers, qui 
auoientreceu dans leurs canots ces deux 
A m baiïadeurs, furent aflés mai receus des 
Algonquins. 

On leur dit d'abord , que ces Algon*- 
quins (c vouloient faifir des Abnaquiois, 
pour les mettre à mort, contre le droid 
de toutes les Nationsjcar ils venoient pour 
traiter delà paix. lean Baptifte Etinech- 
Ka^at ,&: Noël Negabamat ,qui font les 
j deux principaux Chefs de Sainft Iofeph, 
voians que tes Algonquins fe ténoienc 
preiTés,&: que quelques- vns deux eftoienc 



m 



J 74 Relation de la Nouuelle France] 
armés , commandent à ceux qui les fui- 
uoient , de faire alte > &c de charger leurs 
arquebufes à balie : Là-de-flus , vn icune 
Algonquin s'auance le coufteau en la main 
pour le jetter fur Tvn des Abnaquiois 5 
mais celui- cyfaifantvne démarche en ar- 
rière Juy prefente le bout de fon arque- 
bufe: Les Algonquins s écrient, que c'efl 
vne feinte > que leur couftume eu d'épou- 
Hanter ceux qui apportent nouuelle de la 
monde quelqu'vndeleur Nation , quoy 
qu'ils viennent comme Délégués & com- 
me Médiateurs de la paix. 

A ces paroles chacun s arrefte, on fevi- 
fite,quoy qu'ailés froidement, les Abna- 
quiois traitent leur affaire. Se vn Capitai- 
ne Algonquin, proche parent de fvnde 
nos Chreftiens de Saind Iofeph, l'abor- 
dant 5 & le falùant , luy dit : Mon nepueu 3 
iefuisbien aife de ta venue : Et moy.fic 
ceieuneChreftien,ietnefuis trouué bien 
eftonné à l'abord des Trois Riuieres* ' 
voyant qu'on mettoit la main aux armes* 
Quoy donc^faifois jeàpartmoy,fommes 
nous défia arriués au pais del'ennnemy? 
Quand ie fuis party de Saind Ioieph, 1e- 
diiois dans mon cœur,ie trouueray mes 



m 



de Tannn 1640. ^1^41. 175 
parens aux Trois Riuieies ,ie feray bien 
confolé de les voir,& auiîî-toft que i'ay 
mis pied à terre, i'ay rencontré le païs des, 
Hiroquois ; car on nous à commandé de 
chargera balle: Y as-tu chargé ,luy die 
fon oncle > ouy, refpond~il> i'ay mis deux 
balles dans mon arquebufe. Aurois tu tiré 
fur tes parens ? i'aurois obëi à nos Capi- 
taines,^ tiré à tort & à trauers 5 le fuis 
du party de ceux qui croyent en Dieu, 
Ces refponfes me font dautant plus voir la 
force de la foy, que les Saiiuages font 
étroitement liés à leurs parens : mais jttef 
fus- Clin ft efl venu rompre ce lien. Ve~ 
nifeparare bominem aduerfuspatrem fuum. 
Ce tumulte eftant appaifé, le fieur de 
Chanflour fit appeller les. principaux 
Sauuages, Montagnais , &c Algonquins, 
il leur fit demander quand ilspartiroienc 
pour efeorter les Hurons. Les Algon- 
quins firent figne à lean BaptifteEtinez- 
xa^at Capitaine Montagnais , que c'eftoit 
à luy à parler, fa harangue ne comprit 
qu'vn feul mot : le fuis François , dit-il, 
ie n'ay rien à dire dauantage,ce mot en 
vaîloit dix-millcil vouloit dire qu'il eftoic 
■Chreftien 3 &c François tout enfembk , 



ij6 Relation de la Nouvelle France] 
qu'il eftoit preft d'obeïr aux volontés de 
celuy qui commandoit aux Françoise 
que dans vn affaire fi prefli > il n'eftoit 
.pas queijlion de long difcours , mais de 
marcher fans delay. 

L'Apoftac vmafatiiceie prie la parole $ 
dit mille impertinences ; Enfin , il con- 
clud que Tennemy eftoic party, & par 
confequent qu'il n'eftoit pas befoin de fai- 
re efcorterles Huions* 

Charles Sondatfaa Huron , harangue 
làdelTuspuiflammencreprefeme le danV 
ger, preffe les Algonquins ; mais il par- 
la à des oreilles fermées, qui fortirentde 
raiTemblée,fitoft qu'ils eurent tiré leur 
coup} il s'agit donc maintenant devoirfî 
les huidfc canots de Chreftiens qui^or-^ 
toient quelques foldats François > paife- 
roient outre auec lesHurons. Leurpetic 
nombre, à comparaifon de l'jpnemy* 
eftoit pour les épouuanter , on demande 
aux foldats François, fife voyansdeftitués 
du fecours des Algonquins * ils vou- 
droient bien marcher plus auant: ils re-. 
fpondent auec vne confiance vraiemene 
genereufe, que Monfieur leGouuerneur 
leur ayant commandé d'accompagner les 

§auuages 



de ï année 1640. & 16^1. 177 
Sauuages Chreftiens de Sain£t Iofeph, 
qu'ils ne les quitteront iamais pour aucun 
danger; la foy aie ne fçay quel lien, qui 
vnic les cœurs, les foldats au retour di- 
rent tout plain de bien de nos Néophytes, 
& nos Néophytes ne fe pouuoient afles 
loiier des foldats. Voila donc nos foldats 
Frâçois prefts de s'embarquenfi ces huid 
canots de Chreftiens veulent marcher : 
On leur demande, quelle eftoit leur pen- 
féej ilsrefpondenr , que cen'eftpas à eux 
d'en déterminer, qu'ils eftoient tous difpo - 
fés; de receuoir l'ordre &c le commande- 
ment des François: cela mit en peine le 
fleur de Chanflour &c tous ceux qui 
eftoient prefens; pas vn n'opina ïamais, 
qu'il leur falluft commander ce voiage, 
perfonne ne voulant expofer ces bons 
Néophytes dans les grands dangers qu'on 
apprehendoit ; Ce peut nombre de Chre- 
ftiens, difoitquelqu'vn ,eft comme le le- 
uain, qui doit faire leuer toute la maffe du 
Chriftianifme en ces contrées; s'il eft dé- 
fait , les Infidèles fe rendront plus diffici- 
les que iamais, &nousaccuferont d'auoir 
jette à la mort ceux qui ont receu noftre 
créance, Sur ces difficultés , les pauures 

M 



lyî Relation de la Nouueïïe France] 
Hurons Té voyans abandonnés de roux £e* 
cours, eftoient bien en peine, & nous auf- 
û bien qu'eux; car le Père Paul Rague- 
neau } Se le Père René Menart , les de 
noient accompagner/ 

Enfin , noitre Seigneur nous confok; 
car au tuefme temps qu'on vouloir partir^ 
arriue vn canot de Huron, qui nous ap- 
prend, que Fennemy s'eftoit retiré: Si bien 
que les Pères font paiïes,auec le bon Char- 
les So'ndaifaa & ks auires Hurons, fans 
autre mal que les grande? fatigues d'vn 
chemin très affreux. 

Quelque temps après Uur départ, a'tri- 
uerèîît quelquesaurres cai^otsde Hdrons^ 
qui calomnièrent puiflamtaent le pauure 
Peic de Bfebeuf ; ils dïfoicnr, qu'ayant 
rencontré vn Huron fauué des mains de 
Pennem^y ils auoienc appris de luy ce 
quête vais raconter. Eftant entre les mains 
d es Hirôquois, difoic ce pnfonnier échap- 
pé, l'vn d'eux: ma tenu cedifeours : Nous 
fluonsconnoiffaiicéV& bonne intelligen- 
ce auec les François ve&us de noir, qui 
fonteii voftre pais , & notamment âucc vn 
certain que vous nommés fc'choh > c'eftaîn- 
û qu'ils appellent le Peré lean de Brebeuf) 



detannee 1640. $j^îÉ0 i?9 
cet homme a paffé l'hyuec dans la Na- 
tion neutre , où il a eu communication 
auec les Hiroquois nos confédérés* il s'eft 
lié auec eux &: auec nous, pour vous per- 
dre : Courage , leur difoit - il > nous fom- 
mes entrés dans lepaïsdes Hurons pour 
les exterminer; nous en auons défia fait 
mourir grand nombre par nos prières* 
comme par èc puiflans charmes 5 mais 
nous nauonspûles confommer entière- 
ment j il faut que vous les acheuiés par 
vos guerres, Se par vos furprifes ; quand 
ils feront tout à fait détruits , nous irons 
demeurer auec vous envoftrepaïs. Nos 
confédérés nous aians donné aduisde touc 
cecy, nous vous fommes venus drefTer 
des embufehes 3 nous auons reconnu 
Echon , nous Tauons vifité pendant la 
nui£t > il nous a fait des prefens 3 nous l'a- 
u£>ns iaiffé paffer 3 il nous a aueny des ca- 
nots qui le fuiuoient : r Se voila comment 
vous eues tombés entre nos maius, di- 
foient les Hiroquois à ce prifonnier j au 
rapport de ces calomniateurs , qui con- 
trouuoient c^s impoftures , pour nous per- 
dre. Saind Paul a bien raifon de dire* 
*jue, Si in bnc vha tanthm in Chrijlo J}c- 

M ij 



î8o Relation de la Nouvelle France^ 
tantes fuma*) mïfcrabilmes fumus omni* 
km hominibm : Si nous n'attendons rien 
en l'autre vie, nous fommes plus rnifera- 
.bles que le refte des hommes : Car ceux 
pour qui nous donnons nos vies dans des 
trauaux immenfes , nous procurent la 
mort par des voyesles plus iniques du 
monde. 

Auant que de conclure ce chapitre il 
faut queie remarque vn traiddcgenero- 
fité de rios Chreftiens de Saind lofeph, 
pendant le fejour qu'ils ont fait aux Trois 
Riuieres; leurCapirameaiant dit en plei- 
ne affembléc, qu'il eftoit François, puis 
qu'il auoit embrafTé leur créance : Vn 
certain Infidèle 3 homme impudent, luy 
voulut faire vn affront , Se àtous fesgensj 
fe promenant à Tentour defa cabane, luy 
cria tout haut: Va Yen donc, François, 
va-t'en , à la bonne heure 5 en ton païs, 
embarque toy dânslesNauires, puis que 
tu es François, pafle lamer ^ôa'en va eh 
ta patrie , il y a trop long temps que tu 
nous .faisicy mourn e Ce€apitainemevint 
trou uer âpuc fur l'heure, lans rien repartir : 
Mon cœur veut eftre mefehant , difoit-il, 
mais ie ne luy obe'ïray pas > fi ien auois 



de l'année 1640. & 1641. 1 Si 
quitté mes anciennes façons de faire, {'a- 
batrois bien l'orgueil de cet impudent; 
mais; puis qu'il ne faut pas eftre Ghreftien 
àd/my,ieneluy diray mot,iene luy fe~ 
i |f auqm mal ; ie fçay bien qu'ils difent 
que ie# ay point d'efprit d auoir embrafïe 
lafoy,iIs m'accufentde les faire mourir, 
pource que ie les ay inuités de fe f^ire in- 
ffruire ; leurs calomnies m'auroir troublé 
en autre temps: mais puisque i'ay donné 
ma parole à Dieu, ie veux faire tout ce qui 
m'eft commandé, ie ne leur feray aucun 
reproche ; ce qui me feroit bien facile^ 
non feulement pource que leur vie n'eft 
pas meilleure que la rioftre, mais pource 
que ie n'ay iamais receu aucun de leurs 
prefens , quoyque nous leur en aions fait 
par plufieurs fois. La grâce a d'eftranges 
effets ; auffi effc-il vray , que le Dieu qui la 
donne > eft va Dieu tout-puiflant. 



M iij 



18a, Kelation delà Nouuclk France- 



D %r vne MiJJïonfaïâeàTadottJJac» 
Chapitre XII. 

ENcor que les Sauuag es de TadoufTao 
(oient quafi les premiers que nos vaif- 
féaux rencontrent, fi eft-çe qu'on ne leur 
a porte les bonnes nouuelles de TEuangi- 
le qu'après plusieurs autres, & encor faut- 
il confefler que ce neftpas nous qui les 
auons attirés i mais nos N^pphytes , ou 
nouueaux Chreftiens de la Refidence de 
Saind Iofeph, Comme ils fe fo.ntvifités 
de part 6c d'autre, &qu ils ont veuquçles 
principaux Saunages de cette Refidence, 
faifoient profeffion publique de la foy , 
ils s'en Içpt mocqués au commence-' 
ment : mais enfin, le bon exemple & le 
bon difcours de leurs Compatriotes, leur 
ont fait aimer ce qu'ils haïflbient 5 & re- 
chercher ce qu'ils abhorroient.L'an pafTé 
nos Néophytes , comme i'ay remarqué, 
les allèrent iauiter parvn beau prefent, 
de venir demeurer auec euxàSain&Io,- 



de tannée 1640. & i^r, 183 
feph, pour entendre parler des biens de 
l'autre vie; Ils refpon-dirent par vn autre 
prefent, qu'ils n'eftbiem point allienésde 
lafoy ^maisqu'ils defiroient qu'on les vint 
inftruirc en leur païs : En effet, ils délé- 
guèrent Charles Meiachka^at, qui n'e- 
ftoit pas encor baptifé, pour venir quérir 
vn Père de noftrc Compagnie, &. l'em- 
menèrent àTadouffac, où quelques San- 
uages des peuples du Sagné, fe deuoienr 
auffitrouuencomme lePerequ'ilsdeman- 
doienteftoit occupé ailleurs, on leur pro- 
mit qu'on ne manqueroit pas de les fç- 
courir au Printemps. 

Le d0u2jiefme.de May, le Capitaine de 
Tadouflac vint fommer noftre Reue- 
rend Père Supérieur de fà promette, le 
Père luy accorda très -volontiers celuy 
de noftre Compagnie qu'il dernandoit: il 
toftque nos Ciireitiens de Sainûlofeph 
eurent connoiflarice de ce voyage , ils 
vindrent trouner le Père, le fuppliantde 
parler à Tadouflac 3 c'eft à dire, de faire 
des prefens pour attirer à Saind lofeph 
le reliqua de ces pauures peuples. Prie 
Monfleur noftre Capitaine, luy difoient- 
ils > qu'il parie suffi, peur-eftre qu'ils re r 

M iiij 



184 Relation de la Nouuelle France > 
fpe&eront faparole,s'ils viennent demeu- 
rer auec nous, nous parlerons de noftre 
codé y c'eft à dire, nous leur ferons des 
prefens pour applahir la terre, fur laquel- 
le ils placeront leurs cabanes, ou leurs 
maifons. Monfieur le Gouuerneur voianc 
que ce deflein tendoit à la gloire de noftre 
Seigneur, fit fon prefent auec lequel nous 
ioignifmcslç noftre, pour les ofFrirfeion 
Pinftruftion que nos Néophytes nous 
atiotent donnée; car ils nous informèrent 
par le menu, comme il falloit parler. Cela 
fait, le Père monte dans vne barque, qui 
defcendoitàTadouffac, les vencs contrai- 
res le retardèrent afTés long temps en 
chemin, mais écoutons* le parler de fon 
voyage/ 

Le Mercredy veille du très - Saind 
Sacrement, vn canot de Saunages nous 
vint aborder; comme ie vy que les vents, 
qui fembloient vouloir faire quelque tré- 
ueauec nous, recommençaient leur guer- 
re, ie m embarquay auec eux , promettant 
a nos François , que ie leur viendrois dire 
la fainde MeffeIeiourfuiuant,fi le temps 
le permettoit ; les Sauuages m'emmenè- 
rent en vnlieiioiiilnyauoitny terre ny 



de l'année 1640. fjf 164.1. 185 
bois ^ c eftoit fur des roches 3 où ils au- 
roientpafTélanuidfans autre couuerture 
que le ciel > fi îe ne me fufle trouué auec 
eux^ie les excite incontinent à chercher 
quelque mefchant lieu pour nous cabaner; 
en ayant fait rencontre , ils jettent icurs 
écorces fur cinq ou iîx perches : & bien 
leur en prit, &c à moyauffi, dit le Père; 
car nous fuîmes battus toute la nui£fc du 
vent 8c de la pluie, > 

Le lendemain ne pouuant aborder la 
barque , ie paffay la grande fefte de noftre 
Seigneur dans cette maifon tres-pauure 
des biens de la terre,mais richement pour- 
ucuë des biens du ciel: La meilleure partie 
des Sauuages eftoient Chreftiens; ie leur 
parlay de l'honneur qu'on rendoit ce tour 
là au Fils de Dieu auec pompe Se magni- 
ficence, dans toute l'Europe: Là-defTus 
ie drefle vn petit Autel pour dire la(ain£te 
Meffejilsm'aidoient auec tant d'affection 
que i'en eftois tout attendry : vo y ans que le 
lieu où ie deuois marcher, eftoit tout hu- 
mide & fangeux > ils jettent par terre vnc 
robe pour meferuirde marchepied. Te- 
ftendy vne petite nappe de communion 
au trauers de la cabane > pour feparer les 



ïS 6 R eia tion de la Nouueîk France] 
fidèles d'auec les infidèles : Là deflus iç 
commence la fainde Mefle, non fans 
eftonnement , que le Dieu des dieux s'a- 
baiflàft vne autre fois, dans vn lieu plus 
chetifque l'eftable de Bethléem ; ces bon- 
nes gens fevouloient confefTer & com- 
munier , mais ie les remis au Dimanche 
fuiuant y les Sauuages qui n'eftoient pas. 
baptifés,gardercnt vn profond filence pen- 
dant ce diuin Sacrifice; aufli ont-ils bon- 
ne enuie d'eftre Chreftiens. 

La tempefte nous retint deux iours Sç 
deux nuiéb prifonmers fous cesécorces, 
plus ouuertes qu'vne porte cochere: Com- 
me nous fongions à noftre départ, le fienr 
Marfolet qui commandoit la barque.m'ef- 
criuitcepeudemotsparvn leune Sauua-? 
ge, qui m'apporta la' ettreyle Sauuage fur- 
nommé Boyer, eft arriué en noftre bar- 
que^! dit , qu il vous eft venu quérir tout 
exprés, pour vous mener àTadouflac - y il 
vous attend icy , faites luy , s'il vous plaift, 
vn petit mot de refponfe ; Uy donné au 
prefent porteur vn peu de pain & de pru- 
neaux, fçachant bien que vous en auiés be- 
foin. 

Aiant receuce petit mot> ie vais trou» 



de l'année ifyo. (éf 164.1. 1 8 7 
ucr la barque, le Sauuage qui çftoit venu 
au deuanc de moy 3 rae prefle d'entrer à 
Tadoufiac 5 difanc ? que tous ceux qui 
eftoientlà, fouhaitoient ardemment d'e- 
ftre instruits : le m'y transporte dans les 
canots qui me vindrent quérir-, eftant arri- 
ué,ils me témoignèrent touteforte de bon- 
ne volonté , ils m'accueillirent tous auec 
beaucoup de bienueillance -, ie vifîte les 
malades , ie trouue vne femme en danger, 
ie l'inftruyoïelabaptife, 3c DieuTenleue 
au ciel: Cuitts vuluntiferetur* Dieu choifîc 
ceux qui luy plaift - cette pauure femme 
attendoiccepaffeport pour entrer en Pa- 
radis. 

Si toft que ie fus ai-riué^pourfuit le Pere s 
les Sauuages me battirent vne maifon à 
leur mode 5 elle fut bien-toft drefîee, les 
ieunes hommes vont chercher desécor- 
ces, les filles & les femmes, des branches 
de lapin pour la tapiffer d'vn beau verd, 
les hommes plus âges , en font la char- 
pente , qui confifte en quelques perches 
qu'ils arrondirent enberceai^on iettelà- 
deflus desécorces de frefncoudepruffe > 
Se voila vne Eglifë &c vne maifon bien- 
toft baftie: Au commencement ie ion- 



1 88 Relation de la NouueUe France 3 
geois,où on coupperoit les ccorces pour 
faire des feneftres : mais Jamatfon eftant 
faite, ie reconnu qu'il ne falloir point pren- 
dre cette peine , car il y auoit affés de iour 
& de lumière fans feneftres, ie drcfle là 
dedans vn Autel, ie fay ma petite retraite 
tout auprès, &ie me trouue plus content, 
8Z auflî bien logé, que dans vn Louure ; 
la porte feule me mettoit en peine, carié 
defiroislapouuoir fermerquand ie forti- 
rois -, les Sauuages qui ne fe ferûent que 
d'vne ecorce,ou d'vne peau pour fermer 
leurs cabane?, ne mefembloienrpas afles 
bons charpétiers pour fermer,mon palais; 
Mais Charles Meiachkayat , memonftra. 
que fi;il s'en va chercher deux bouts de 
planche, ies cloue par enfemble,fait vnc 
petite porte : i'auois auec moy vn cadenac 
pendu à vn petit fac, il trouue l'inuention 
de s'en feruir pour fermer ma maifon à 
clef: me voila donc logé comme vn petit 
Prince dans vn Palais,"bafty en trois heu- 
res.» comme ie craignois l'importunité des 
enfans, le Capitaine fait vn grand cry par 
les cabanes, & recommande à laieunefle 
de ne point entrer en ma demeure, que 
par mapermiiriondeuneiTe, difoit-il, & 




de tannée 1640. (êf iC^i. 189 
vous enfans /refpeftés noftre Père, allés 
le vifuer : mais quand il priera, ou qu'il fe- 
ra empefché, retirés vous fans bruit, por- 
tés luy du poiffon, quand vous en pren- 
dréssles enfans me fuiuoient par tout,&: 
m'appelloient leur Père j ils m'appor- 
toient de leur pefchc 5 &: ie leur donnois 
vn peu de galette, en vn mot,i'efi:ois en 
paix quand ie voulois 5 dans ma maifon 
d ecorce ; car ie pris la liberté dés le pre- 
mier commencement, de renuoyer tous 
ceux que ie voudrais, quand i'auôis quel- 
que empefchement : encor que ce foit 
chofe inoiiie, qu'vn Saunage refufe la por- 
te de fa cabane à vn autre Sauuage,per- 
fonne neantmoins ne fe- formalifoit de 
la façon d'agir du Père: Il faut dés voftre 
première entrée donner lç pi y que vous 
defirésà ces bonnes gens, capables de rai - 
fon, & ils ne s'eftonnent pas que nous 
ayons des façons de faire différentes des 
leurs. 

Quelque temps après mon arriuée ie fis 
feftinauec les Sauuagesd'vn bled d'Inde, 
qu'ils aimet beaucoup,ie Tauois fait appor- 
ter expiés dans la barque pour ce fujet 3 ie 
voulu parler pendât ce feltin^ais les Sau- 



*■ 



,gxj .Relation de la Nouuelle France] 
uages ayans éuenté mon deflein 3 me re* 
mirent en vn autre temps; fur le foir le 
fîeur Marfolet & moy*voulans produire 
les prefens de Monfieuf le Gouuerneur 
& les noftresj le Capitaine nous courut 
au deuant> Se me parla en ces termes. Mon 
Père, il n'eft pas befoin de nous faire des 
prefens pour nous inuiter à croire enDieu> 
nous y iommes délia tous refolus: le Ciel 
■ efi vne afles grande recompenfe, nous ne 
clefirons point d'eflre orgueilleux, ny 
nous vanrer délire honorés de vos pre- 
fens, pour toute parole fuffit, que vous 
nous enfeigniés le chemin du ciel : Sans 
entrer en d'autres difeoufs ,tous ceux que 
vous voies icy font dans la refolution de 
prier 5 mais non pas de quitter leur païs 
pour monter là haut 5 il apporta plufieurs 
raifons, pourfairevoirqu'illeureftoitim- 
portant > de ne fé point retire^ de Tadouf- 
fac: En effet , fon difeourseftoit bon, mais 
fondé fur les confiderations humaines Si 
temporelles : Voila donc nos prefens ar~ 
reités, Charles MtiachKa^at, qui s'eft re- 
tiré , comme i'av défia dit , de TadouiTac* 
pour viure en erffanc de Dieu 5 à Sainél îo- 
îeph , leur parla plufieurs fois tres-forte* 



de fannfe 1640. & 1641. 1^1 
ftienc ,mais pardefïus leur portée ; car les 
hommes ne fe deprennent pas fi toft des 
imereûs. de la terre, quoy qu'elle ne foie 
quvn point * àcomparaifon du ciel, . Ahî 
ie voy bien , fie ce bon - homme , que le 
Diable vous arrefte icy , il vous donne des 
penlées , que vous ferés panures, fi vous 
quittés voltre pais , il vous fait appréhen- 
der que les nchefles de la terre font de 
grande importance; & que vous feruira 
tout cela à l'heure de la mort ? il voit bien 
qu'il nefçauroit vous rauirla volonté que 
Vous aués, de croire en Dieu ; il vous jet- 
tera dans l'impoffibilué de fexecuter,vous 
attachant en vn lieu , où vous ne pouués 
eftix instruits • Si toft que vous v ne ver- 
res plus le Père , vous ne penferés plus 
à Dieu j .qui vous confeillera dans vos 
difficultés ? qui vous empefehera de re- 
tomber dans vo§ chants fuperftitieux , 
&c dans vos feftins > Si quelqu'vn a< vn* 
tambour, qui prendra la hardiefie deluy 
ofter? Nous les auons tous jettes , dirés- 
vous >. comme fi vous n'enpouuiés pas 
refaire d'autres: Moy mefme, encor que 
ie croy e de tout mon cœur , il me femble 
que quand ie fuis long temps abfcnt des 



m 



192. "Relation de la Nouvelle France^ 
Pères, que mes vieilles idées veulent re- 
tourner ' y voila pôtirquoy 5 quand ie de- 
uroiseftrele^pluspauure du monde, ie ne 
tes quitteray iamais. Ce bon N eophy te ne 
cefîbit matin &c foir , & la nui£t mefme [ 
de prefler (es Compatriotes , de venir de- 
meurer auprès de ceux qui enfeignent le 
chemin de falut. Les Sauuages preffés 
de ces raifons > ne concluoient pas qu'il 
falluft monter à Kçbec , mais qu'il eftoit 
à propos que nous defeendiflions à Ta- 
douflac , pour y drefler vne JMaifon , 
afin de les inftruire : Les Nations voi- 
fines y viendront demeurer, difoiennls* 
elles embraieront la foy fans contredit* 
Mais ce païs eft fi miferable , qu'à peine y 
trouue-t'on de la terre pour kursfepulcres, 
ce ne font que rochers , ftenles & affreux, 
fi neanrmoins Monfieur le gênerai \ Se 
la flotte de Meilleurs de la Nouuelle 
France 3 quipaiTetous les ans quelque mois 
à Tadoufiacy faifoit baltir vne maifon 
par leur ordre, comme Monfieur du Pléf- 
fis Bochart auoit commencé ? cela feroit 
du bien à tour Ion équipage &: aux pau- 
ures Sauuages -car quelques Pères de no- 
ftre Compagnie fepourroient jçetirer là, 

depuis 



de tannée 1640. (gjr ^641. 193 
depuis le Printemps iufqucsau départ des 
vaifleaux , pour fecourir les François 8C 
les Sauuages dansleurs befoins fpirituels; 
d'y demeurer pendant Phyuer , ccft cho- 
fe que ie ne confeillerois à aucun Fran- 
çois 5 car les Sauuages s'en éloignent pen- 
dant ce temps-là, abandonnans leur ro- 
chers au froid, & à la neige, & aux glaces, 
dont on voioit encor quelques reliquats, 
cette année bien auant dans le mois de 
luin. Au refte , ie ne doute nullement , 
que fi la fureur desHiroquois peut eftre 
arreftée , que tous les Sauuages de Ta- 
douflac ,du Sagné, &c de plufieurs autres 
petites Nations , ne montent plus haut , fî 
on continue de les fecourir j mais voions 
toutes les remarques du Père, 

Pendant le feiour que i'ay fait là , ces 
bonnes gens, dit-il, m'appelloient ordi- 
nairement à leurs confeils , ils me co'nimu- 
niquoient leurs petites affaires, ils min* 
uitoient àleursfeftins,me traitant com- 
me leur père : Ils firent vn feftinfur les 
fofles de leurs morts, incontinent après 
mon arriuée , auquel ils emploierait huid 
orignaux & dix caftors -, le Capitaine ha- 
ranguant > dit, que les âmes des defunûs 



194 Ration deUNouuelle France" 
prenaient grand plaifirà l'odeur de ces 
bonnes viandes, ie voulus parler pour ré- 
futer cet erreur ; mais i.'sme dirent, nete 
mets pas en peine, ce n'eft pas cela qui 
nous empefehera de croire, nous allons 
bien-toft jetter à bas nos vieilles façons 
de faire. 

Voicy comme i'emploiois le temps auec 
eux, dés le petit, iour, qui eftoit enuiron 
trois ou quatre' heures, du matin, ie m'en 
allois faire prier Dieu par les cabanes } 
puisiedifoislafaineT:eMefle,oà tous les 
Chreftiens qui eftoient defeendus àTa- 
douflac, pour aller en traifte^ffiftoicnt 
tous les iours , fe confelfans &: commu- 
niansafles fouuent. La MeiTeeftansditc, 
ie me retirais à l'écart, hors le bruit des 
cabanes,pour vacquer vn petit à moy mef- 
me,i'allois enfuitte vifiter les malades, 
puis i'aflemblois les enfanspour leur fai- 
re le Catechifme, le Soleil ne regloitny 
mon leuer, ny mon coucher, ny l'heure 
de mes repas : mais la feule commodité 
qui n'eftoit guère auantageufe ny fauora- 
ble au corps. 

le donnois vn temps après lé difner, ' 
tantoftaux hommes, ôc puis aux femmes 




de Y année 1640. 0*1641» 195 
qui s'affembloient pour eltre înftruites^ 
&:furlefoir, après m'eilre retiré quelque 
temps, ie faifois faire les prières auec vne 
inftruÊtion publique, où les enfans ren- 
doient compte deuant leurs pères & mè- 
res, de ce qutis auoien t apris au Catechif- 
me 5 cela les encourageoit, &c confoloit in- 
finiment leurs parens. 

l'en ay veu de fi ardens à fe faire instrui- 
re , qu'ils ont pafle les nui£ts auprès de nos 
Chreftiens , fe faifans dire Se redire vnc 
mefme chofe , pour la mettre dans leur 
mémoire. Tinterrogeois les plus âges pu* 
bliquement comme des enfans , &c tous 
me rendoient compte de ce que ie leur 
auois enfeigné : En vn mot , fi cette Mif- 
fion eft pénible , elle eft aflaifonnée de 
beaucoup de dftnfolatipn. 

le leur difois certain iour , que quel- 
ques François m'auoienr dit à mon de- 
part de Kebec , que ie ferpis d'eux tout 
ce que ie voudrois deuant la venue des 
VaifTeaux , mais qu'à l'abord des Nauires, 
on ne les pourroit plus retenir, qu'ils fe- 
roiet y ures depuis le matin iufques au foin 
L/vn d'eux prenant la parole , me dit auec 
bonne grace^Mon Pere,fay gageure aucc 

N il 



19 <> Relation de la Nouuelle France' 
ceux qui ïtim dit cela., & nous te ferons 
gagneur affureme^t nous ne nouseny 
ureronsp'oint.demiureauecnousiufques 
à kflotcé 4 & nous t'apporterons toutes les 
bpiflbns que nous aurons, tu en ferasl'E- 
chaiifon & le diflributeur , tu nous en ver- 
feras de tes mains, Se nous ne pafTerons 
point la mefure que tu nous donneras. 

le vy aborder icy quelques ieunesgens 
du Sagné , qui n'auoient iamais veu de 
François ; ils furent bien eftonnés de 
m'entendre parler leur Langue : Ils de- 
mandoiem de quel païs i'eftois ; on leur 
dit, que i'eftois deKebec,&de leurs pa- 
rens ;mais ils n'en pouuoient rien croire: 
car nos barbes mettent vne différence 
quafi efTentielle,pour ainfi dire, entre vn 
European & vn Sauuage : I'ay commu- 
niqué auec quelques familles, venues des 
Terres, ce font gens fimples,& très-ca- 
pables de receuoir le bon grain, & la ri- 
che femence del'Euangile. 

Eftant certain iour en vne aflemblée.où 
les Sauuages traitoient d'enboyer laieu- 
neffe en marchandée vers ces Nations 
plus éloignées j ie me prefentay pour les 
accompagner , afin de parler de Dieu à 



" 



de l'année 1^40. f0 16417 197 

ecspauures peuples: cela les mit vn peu 
enfteine, car ils ne veulent pas que les 
François ayent connoifîance de leur com- 
merce 3 ny de ce qu'ils donnent à ces au- 
tres Sauuages pour leurs pelteriesj&ceîà 
fe garde fi bien que perfonnene le fçaur 
roit découurir: Ils me faifoient les che- 
mins horribles 8c épouuantables y comnre 
ils le font en effet 5 mais ils en augmen- 
taient Phorreur pour m'étonner .,& pour 
me diuertir de mon deffeid* Aiant recon- 
nu leur crainte ,iememets àdïfcourirdes 
malheurs, &c des biens éternels; les voiant 
touchés, ie leur demanday , s'ils feroient 
bien aifes que cespauures peuples de leur 
connoiflance,tombaffent dans ces feux : 
Ils refpondent , que non. Il les faut donc 
inftruire,reparty-je , Qui le fera fi vous 
me fermés la porte > Il elî vray,dit l' vn des 
principaux , il faut qu'il foit permis au 
Père d'aller par tout , il n'efî: point chargé 
nydecoufteaux,ny de haches, ny d'au- 
tres marchandifes , c'eft noftre Père , il 
nous aime , ie fuis d'auis qu'il aille où il 
voudra. Tous les autres s'y eftans accor- 
dés j vn Capitaine s'écria : Va où tu vou- 
dras 5 mon Père , la porte t'eft ouuerte 

N iij 



M 



m 



198 Relation de la Nouuelle France, 
dans toutes les Nations dont nous auons 
connoiiîance , nous t'y porterons dans 
nos canots > mais demeure auec nous pour 
ce Printemps: car eftant venu pour nous 
inftrutre , il ne faut pas nous quitter que 
nous ne (cachions les prières, tu pourras 
aller vifiter ces bonnes gens vne autre an- 
née. Les voiant dans cette apprehenfïon 
ieleurdis ,quilsfçauoient bien mon def- 
fcin: Ileftvray, fit l'vn des principaux ,1e 
Père ne vient pas icy pour nos pelteries^ 
il n'a aucune marchandée entre les mains, 
ilnous aime, cVftnoftre Père, il faut que 
la porte liiy (bit ouuerte par toutes les Na- 
tions dont nous auons connoifTancesTous 
les autres furent de mefme auis; mais ils 
me prièrent neantmoins de Mer là: 
Ceux qui nettoient pas baptifes, me de? 
mandèrent des Chreftiens pour les em- 
barquer Se pour parler de ma part à ces 
peuples. le mis des prefens entre les mains 
de deux Chreftiens pour inuiter deux Na- 
tions à venir prefter Pareille aux bonnes 
nouuellesde TEuangileills merenùoye- 
rent d'autres prefens auec parole, que fi 
ie vouîois m'arrefter à Tadouffaç, qu'ils" 
y viendroient, Fvn de nos Chreftiens de 



È 



1 



de tannée 1640. £7*1641. 199 
Sain£t lofeph , frère d'vn Capitaine des 
Sauuages qui font dedans lesTerresJ'inui- 
tant de venir voir leurs champs, & leurs 
bleds, pour l'inciter à cultiuer la terre > 
celuy-cy refpondit: Trauailléscourageu- 
fement 3 priés les François de vous aider 
fortement à défricher la terre, fi toft que 
vous aurés des bleds, pour nous pouuoir 
fecourir, nous irons tous vous voiras*: de- 
meurer auprès de vous 5 mais nous crai- 
gnons les Hiroquois. 

Quelque temps après Charles Meiâch- 
Ka*at alla de luy mefme, inditer vne autre 
Nation, de croire en Dieu, il trouuaccs 
gens fi bien difpofés , qu'il s'eneftonnaj 
voicy comme il entra en difeours auec 
eux: comme ils auoient défia ouy parler 
de noftre créance, parle bruit qui en coure 
par tout ces grands bois ; ils luy demande- 
rent s'il en auoit quelque connoilïance 2 
Ouy dea 3 fit-il, moy mefme ie fuis bapti- 
fé^&iecroyenceluyquiafait le ciel & la 
terre ^ Inftruy donc, dirent-ils , ce pauure 
malade, que tu as vificé, &: qui s'en va 
mourant, il l'aborde , luy parie du pou- 
uoir de Dieu fur tous les hommes, du re- 
cours qu'il deuoitauoir enluy,le fait prier, 




zoo Relation de îaNouueîle France] 
& demader fecours à fa bonté; Le malade 
après cette priere,fe trouue à demyguery, 
ilfekuejilmarchejauecreftonnementde 
(es Compatriotes ^Charles les voyant at- 
tentifs, leur parle delà crearion du mode , 
de Tlncarnation du Vet be;en vn mot,leùr 
enfeigne ce qu'il a appris ;& nous eftans 
las de parler, ilfe retiroit feul, recitoit fon 
chapelier , 8c s entretenoit en quelque 
fainéte penfée,fe pourmenant à l'écart* 
fans auoir égard fi fes gens s'en efton- 
noient , ou non , imitant ce qu'il auoic 
veu faire au Père, qui inftruifoît les Sau- 
uagesdeTadouflac. Si toft qu'il rentroit 
dans la cabane du malade, tous les autres 
Sauuages accouroient,ils femettoienten 
rond à Tentour de luy ,dans vn profond 
filence , & luy les inftruifoit félon fa por- 
tée, ne fçachant plus que dire, il fe mita 
crier fi fort contre leurs fuperftitiodSjCon- 
tre leurs feftins à tout manger ,monftrant 
la brutalité de leurs mœurs , & beniffant 
Dieu , d'auoir quitté fon ancienne bar- 
barie, il dit tant de chofe contre l'inutili- 
té, & la folie de leurs tambours que tous 
ceux qui en auoient, les allèrent tout fou- 
dainement quérir , 5c les mirent en mil- 



m 



de l 'année 1 640, & 164.1. zol 
le pièces en fa prefence , cela i'eftonna^ te 
le confola fore: quand il fut de retour, il 
ne fçauoit fe comprendre : NiK-inis,rac 
faifoit-il,ie lesay penfé amener icy auec 
moy$ s'il enflent eu dequoy acheter des 
viures pour paffer limier 5 ils m'auroient 
fuiuy, tous ceux que i ay veus font dans la 
refolution defe faire inftruire,&: de quit- 
ter leurs anciennes couftumes 5 pour em- 
braffer les noftres.Enfin,ie ne doute point 
que toutes ces panures petites Nations 
qui font dans les bois, où nosChreftiens 
fréquentent, ne fe viennent ranger au ber- 
cail de TEglife, fi on les peut fecourïr. 

Pour conclufion , le Père arriva à Ta- 
douflac le fécond iour de îuin , Se en fut 
rappelle le vingt-neuf, il baptifa quatorze 
ou^quinze Sauuages, notamment des en- 
fans & des perfonnes âgées i il en auroit 
baptifé bien dauantage, fi ces panure % 
gens' euffent efte en vn lieu, où ilspour- 
roietiteftreconferuésenla foy,tout ce' a 
artiuera en fon temps : Le Dieu qui les a 
touchés,, & qui les appelle^ leur ouurira la 
porte, 8e leur donnera le moyen d'exécu- 
ter fes fain£fces volontés Ainfi foit-iL 




2.oz Relation de la Nouuelle Fra 



nce. 



Des bonnes efperances , #* desobftçt, 
des, delà conuerfwndes Sauuaoes, 

Chapitre XIII. 

LA venue des Vaifleaux apporte ordi- 
nairement vn meflange de ioie & de 
tnfteffe ; n0 us auons receu du contente. 
»ent à Ja veuë des hommes de Meffieurs 
de Montréal ,pource que leur deflein eft 
entièrement à la gloire de noftre Sei- 
gneur, s'il rciiflît. Ce contentement a 
receu du meflange parle retardement du 
fieur de Maifon - neufue qui commande 
ces hommes, lequel a relafchc trois fois 
en France ; & enfin eft arriué fi tard, qu'il 
ne fçauroit monter plus haut que Kebec 
pour cette année •-& Dieu veuille que les 
Hiroquois ne ferment point les chemins, 
quand il fera queftion depaflerpîusatîanr. 
Quiconque a pris vne forte refolution 
de trauailler pour Iefus-Chrift, doit ai- 
mer la Croix de Iefus-Chrift. Nm efi 
difcipulm Jùper magifimm . La Croix eft 



l'arbre dévie , qui porte les fruiéb du Pa- 
radis, 0»/fl//4 Ug»i aâ fanitatem gentium. 
La conuerfion des Sauuages ne fe fera que 
par la Croix. 

Ce nous eft encor vne douce confo- 
lation , de voir que les longues fatigues 
delà mer n'ont point altéré la fanté des 
paflagers qui viennent groffir noftre pe- 
tite Colonie - y le Père Iacques delà Place 
& noftre Frère Ambroife Broîiet font ar- 
riués en bonne fanté , Dieu mefcy. Vne 
ieune Darnoifelle 3 qui n'auoit pas pour 
deux doubles de vie en France , à ce qu'on 
dit , en a perdu plus de la moitié dans le 
Vai'ffeau, tant elle afouffert ^rnais elle en 
a trouuéà Kebec plus qu'elle n'en auoit 
embarqué à la Rochelle -.les hommes de 
trauail arriuent ordinairement icy , le 
corps &£ la dent bien faine 5 Se fi leur ame 
a quelque maladie , elle ne tarde gueres 
à recouurer vne bonnefanté. L'air de la 
Nquuelle France eft tres-fain pour l'ame 
Se pour le corps. On nous a dit , qu'il epu- 
roit vn bruit dans Paris , qu'on auoit mené 
en Canada , vn Vaifleau tout chargé de 
njles.dont la vertu n'auoit l'approbation 
d ? aucun Do&eur ; c'eft vn faux bruit , i'ay 




*04 Relation de la Nouvelle France 
Yeu. tous les Vaiffeaux , pas vn n'effbit 

charge de cette marchandée. Changeons 
de propos. 

Il n'y auoit pas long-temps quelles 
Autels auoient porté le deuil de la more 
deMonfiuirGand, quand la flotte a pa- 
ru $ cet- homme de bien fecouroit forte- 
ment les Sauuages qui fe retirent à Saine* 
loleph: Leurs conuerfiohs Iuy to«choient 
les yeux ,& gagnoient le cœur. Il e ft 
mort dans vn fublime exercice de patien- 
ce , en vn mot , il eft mort comme il a uoic 
veicu , c eft àdirt, en homme qui cherche 
Dieu auec vérité. Apeineauoit-on ache- 
ue les derniers deuoirs qui luy eftoient 
deubs, qu'il nous a fallu vneautre foisre- 
ueftir de noir nos Chappellcs , pour, faire 

a e î" Ce de Monfieur Ie Commandeur 
de Sillery , Monfieur de Montmagny no* 
itre Gouuerneur , Monfieur le Cheualier 
de l'Iflc , & plufieursautres, y affilièrent; 
Quelques Sauuages voulurent commu- 
nier ce iour là, Se tous prièrent pour fon 
ame, n'ignorans pas les gtandes obliga- 
tions qu'ils ont à cefaind Homme , qui a 
jette les fondemensde larreit de ces pau- 
ures peuples errans, en la Refidence de 



de tannée 1640. 1 641. 205 
Sainft Iofeph. Pleuft à Dieu , que ceux 
qui fuccederont à l'affe&ion de ce grand 
Homme, viflent vn petit brin des gran- 
des recompenfcs donc il ioiiit dedans les 
deux* Sa more auoic arrefté le fecours 
qu'il nomdônne-.Mais i'apprens que quel- 
ques pérfonnes de mérite n'ont pas voulu 
que ce jgrand ouurage ceflaft^ fortifians 
nos bras qui s'alloient affoiblirpar le decés 
de ceux qui méritent de porter le nom de 
vrais Pères des Chreftiens Sauuages. 

Monfieur le Marquis de Gamache de- 
funft, a mérité le premier, de porter ce 
tiltrejearil aouuertla premiereporteaux 
grandes Millions que nous auons entre- 
prifes en ces derniers confins du Monde. 
Son fils s'eftant donné à noftre Compa- 
gnie , finit (es Jours Tan pafle 3 auec la cou- 
ronne d'vne riche perfeuerane en la ver- 
tu ; ils voient maintenant tousdeux , com- 
bienfain&ement &c vtilement ces grandes 
libéralités font emploices y & comme vne 
belle adion faite dans les temps D fruétifie 
pour l'Eternité. 

On m'a fait voir vne deuotion , dont ie 
ne doute nullement que le Sainét Efprîc 
n'en foit Tautheur, la Charité eft indu- 



zo6 Relation de UNouuelle France^ 
ftneufe ; vn homme démérite &de con«* 
dition^veutprendrelefoind'vne famille 
de Sauuages , il deftine vne centaine d*ef- 
cus pour luy balîir vne petite maifon; il 
veutqu'on luy efcriuelenombre desper^ 
fennes qui la compofent , & comme ils 
s'appellent : Il demande ce qu'ils auront 
de befoin pour s'eftablir, la première an- 
née , Se quel ordre il faut garder pour la 
faire fubfifter : Cette inuention ne vient 
point d'Archimede, mais d'vn plus grand 
efprit. Voila iuftement lemoiende don- 
nera lefus-Chnft tous les defeendans de: 
cette famille, drnati natorum , &quintif- 
centur aè illà. Tous les enfans de leurs en- 
fans, leurs neueux > Se leurs arriere-ne- 
ueux croiront en Dieu. Qui conuertit va 
pécheur en France, ne conuertit ordinai- 
rement qu'vn homme : Qui appelle à la 
foyvn chef de famille Sauuage, y appel- 
le tous Ses defeendans j ni faut ad tertiam 
& quart am generatimem , & vitra. le ne 
içaurois croire que Dieu ne verfetoft ou 
tard>fesbenedi£honsfur la famille de ceux 
qui procurent Tamplificationde la famille 
de Iefus ChriftfonFils. 
Fvferay de redites 3 fi ie fais mention 



de l'année 1^40. $ 1641. t®j 
des grandes prières , ^es grandes deuo- 
tions, des ieufnes, & des autres mortifica- 
tions qui fe font en beaucoup d'endroits 
de l'Europe, pour la conuerfion de cc$ 
pcuples,notâment en quelques^ifons de 
Filles fignalées en vertu. le fcay vnMona- 
ftere 3 oùdepuisplufieurs années il y a incé* 
famment iour & nui&, quelque Religieufe 
deuantleS. Sacremenr/ollicitant ce Pain 
de vie, de fe faire donner à connoiftre, 
&c de fe faire goufterauxpauuresSauua- 
ges, Il s'efttrouué mefmedansla campa- 
gne vn Curé fi zélé pour le faîut des 'pau- 
mes Sauuages 5 desParoiffiens Ci pleins de 
bonté, qu'ils ont fait trois proceffions gé- 
nérales, foixanj^e & quinze ieufnes, cent 
vingt-quatre difeiplines, dix hui£t aumof- 
nes, Se quantité de prières , pour la con- 
uerfion de ces peuplesyicela n'efi>il pas ra- 
uiffant ? le prie le grand Berger d'auoir 
vn foin tout particulier de ce bon Pafteur 
&de fon trouppeau. Quand on me dit 
quelesames les plus faindes de la France, 
preflent les cieux pour pleuuoir des benel 
didions fur ces contrées. Quand nous 
volons de ieunes filles délicates , renfer- 
mées dans leurs maifon$, fur lesriues de 




zoî Relation de la Nouuelle France * 

noftrc grand fleune^prendrepartauxtraJ 
uaux de ce nouueauMôde 5 auec vne gaieté 
nompaixille:QuandieconfiderevneDa« 
fhe 5 éloignéede plus demille lieues de fort 
pals , donner fes biens ,& fa vie, pour ces 
Barbares, préférer vntoiad'écorce à vn 
lambris d'azur , prendre plus de plaifîr à 
conuerfer des Sauuages, qua vifîter Us 
plus Grands de la Cour: Quand ie con- 
temple vne ieune Damoifelle, à qui vn 
frimas donnoit lerheume en France, tra- 
uerfcr i'Ocean , pour venir defïïer nos 
grands hiuers : Et pela , pour dire trois 
bonnes paroles à quelque Sauuage deuant 
fa mort , & en voir quelqu'vn de (es pro- 
pres yeux , inuoquer le fain£t Nom de 
Dieu. Quand ievoy des Sauuages deue- 
nus Prédicateurs 3 &c des mangeurs de 
chair humaine ■ s'approcher de la Tablé 
de Iefus-Chrift,auec vne modeftie, &: 
auec des fentimens de vrais enfans de 
Dieu^ ie ne puis quafî douter, que Dieu 
qui a commencé le grand ouurage de la 
conuerfiondeces peuples, ne le conduis 
fe à chef , malgré tous les obftacles qui 
s'y rencontrent. 

le racomois il n'y apas longtemps a 

nos 



debannee 1640. & 1641. 109 
nos SauuagesChreftiens,les fecours que 
les âmes d'élite leur donnaient , les gran- 
des prières qu'on fâifoit pour eux en Fran- 
ce; cela les toucha : Mais comme ils pa- 
roiflfent fort froids, ils n'en firent paroi- 
ftre pour lors aucun femblant : Le lende- 
main deux des principaux me vindrenc 
rrouuer, &£ me dirent 5 N'iKanis, nous 
nous fommesafTemblésfurceque tu nous 
dtfois hier, nous femmes pauures, nous 
nations pas le rçfbycn de reconnoiftre 
ceux qui nous àrçiûçnt jmais nous auons 
conclu que nous ieufnerions pour eux, 
fie que nous prierions pour ceux qui prient 
tant Dieu pour nous : Nous leufnerons 
fans boire ny manger tout le iour , di- 
foient ces bons Néophytes ; cette refolu- 
tion me toucha, Se mç fit dire : Que ceux 
qui plaident pour les Sauuages deuant la 
diuine ïuftice , gagneront leur caufe en 
faueur de Iefus Chrift. 

le ne fuis pas Prophète, ny fils de Pro- 
phete,comme dit le prouerbe; mais voiant 
ce que Dieu fait pour le falut des Sauua- 
ges , en Pvne K Pautre France , ie ne dou- 
te quafi pas qu'on ne voie vn iour ce que 
ic vay remarquer. 

Premièrement , ie m'attensque Saind 

O 




zïO Relation delà Nomelle France, 

IofcphfcrapeùpIéd'Abnaqutois^dc-Bcr- 
fiamites, de Saunages deTadouffac, de 
la Nation du Porc Epie, d es tfpapihachi*- 
eichi, des *mami*e K hi ; ce fonc petits peu- 
ples dans les Terres , qui fe rallieront auec 
nos Néophytes de Sa.nftlofeph, & qu j. 
en appelleront encor d'autres petit à pe- 
tit. Ces Nations ont oiiy parler delefus- 
Chnft, fa Do£tr|ne leur femble belle & 
agréable, l'exemple de leurs femblables, 
qui fc font faits Chrefticns, les touche 
puiflamtncntjmais le peu de fecours que 
nous leur pouuons donner , & l a f ur l ur 
des Hiroquois, les empefche de nous ve- 
nir loindrc. 

Secondement , les Attuamegues, & 
les autres Nations, dont ie nefçaypasles 
noms, qui font dedans les Terres, pren* 
dront place aux Trois Riuieres; ils l'au- 
roient défia fait.n'eftoit la crainte de leurs 
ennemis communs, les Hiroquois. Ce 
iont peuples bons & dotâtes, bien aifés à 
gagner à lefus-ChrifK 

En troifiéme lieu , les Algonquins , tant 
<m Ifle , que de la petite Nation , les 
Unomçhararonons, Se plufieurs autres, 
qui iont en ces quartiers là ; quelques Hu, 
rons , èç -naefae encor quelques Hiro- 



de tannée i&^o. £^1641. i'Û 
ijuois , habiteront vn iotir en llfle de 
Montréal^ & es lieux circohuoifîns. Cet-* 
te Ifk doit eftre vn grand abord de plu- 
sieurs peuples, le ne dy pas des Hurons, 
des plus hauts Algonquins , & des Hi- 
roquois ; ce que l'ay dit des Attikame* 
gues 5 des Kaksazakhi, & des Berfiami- 
tcs> ceux~cy fonr des agneaux, & ceux la 
font farouches comme des loups : mais » 
babitabit lupus cum agno > & puer paruultù 
tninabiteos. 

En quatriefme lieu, après Montréal: 
Video turbum magnam quam dimmerari 
nemo poteB ex omnibus gcntibus \ le voy au 
Midy> & à l'Occident , yn grand nom bre 
de Nations quicultiuentla terre, qui font 
toutes fedentaires > mais qui iamais n'one 
oily parler de Iefus-Chrift,la porte nous 
eft fermée à tous ces peuples, par les Hi- 
roquois, il n'y a dans toutes ces grandes 
eftenduës que les Huions, $c quelques 
autres Nations citconuoifines, à qui nous 
âions porté les bonnes nouuelles del'E- 
uangilc 5 mais encor les faut-il aborder par 
des chemins horribles *par des longs dé- 
tours, par des dang/ers continuels d'eftre 
bouillis , ôc roftis , & puis deuorés à belles 
dents parles miférablesHiroquois.Nousr 

O ij 



i vl Relation de la Nouuelle France^ 
ne perdons pointcouragepour ccia 5 nou$ 
croyons que Dieu fera iour dans ces ténè- 
bres, & que quelque grand Génie ouurira 
Ja porte à PEuangiJe de Iefus Chrift, dans 
ces vaftes cotr ces, & que l'ancienne Fran- 
ce fauuera la vie à la Nouuelle, qui fe va 
perdre fi elle n'eft fortement, &c prora- 
ptement fecouruë, le commerce de ces 
Meffieurs, la Colonie des François , te 
la Religion qui commence à florir parmy 
tes Sauuages font à bas,fi on ne dompte les 
Hiroquois. Cinquante Hiroquois font ca* 
pables de faire quitter le païs à deux cens 
François, non pas s'ils combatôienc de 
. pied ferme ; car en tel cas, cinquante Fran- 
çois deferoient cinq cens Hiroquois: files 
Hollandois neleur donnoienc point dar- 
mes à feu. Si ces Barbares s 'acharnée ànos 
François, iamais ils ne les laifTeront dor- 
mir dVn bon fommeil, vn Hiroquois fe 
tiendra deux ou trois iour fans manger 
derrière vne fouche ,à cinquante pas de 
voftre maifon,pourmaffacrer le premier 
qui tombera dans Ces embufehes; s'il eft 
dccouuert, les boisluy feruent d'azile, où 
vn François ne trouuera que de l'embaras, 
vn Saunage y fautera leitement comme 
vn cerf 5 le moicn de refpirer dedans ces 



de l'année 1640. (§f \C^x. 213 
preffcs,fi on n'a ce peuple pour amy, ou fi 
on ne l'extermine, il faut abandonnera 
leur cruauté tant de bons Néophytes , il 
faut perdre tant de belles efperances,&; 
voir rentrer les Démons dâsleur empire. 
le penfois finir ce chapitre ; mais voi- 
cy quelques fragmensde letjre qui en fe- 
ront vne bonne conclufion. Ieparty Tan 
pafTéjdes Trois Riuieres,dit le Père iau- 
de Pijart pour aller au païs des Nipifi- 
riniens , Dieu nous deliura des embuf- 
ches des Hiroquois, & d'vn naufrage, où 
ie penfay perdre la vie, lesSauuages qui 
me conduifoient ayans mis le pied en l'eau 
^lans vn torrent , contre le courant duquel 
ils traifnoienc le canot qui meportoir,la 
rapiditéde l'eau leur ayant fait quitter pri- 
fe, ie me vy emporté par le torrent dans 
vne précipitation d'eau toute pleine d'hor- 
reur, i'eftois tout viuant à deux doigts de la 
friort , quand vn ieune Huron qui eftoic 
refté feul auec moy dans le canot, faute 
allègrement dans ks bouillons d'eau , 
poufie le canot hors du courant, & en fe 
ïauuantluy-mcfmejmefauuua, & toutno- 
lîre petit bagage : Fay encouru encor 
d'autres dangers : dréfquels , Eripuit me 
Dominas > &) mater miferkorài^ . Dieu ma 

Q iij 



£Ï4 Relation de la NouueUe France* 
deiiuréj&laMere deMifencorde. Noua 
auojis fait quelques courfes cet hiuer i 
Dieu à recompenfé nos petits trauaux, de 
quelques âmes predeftinées y qui fem- 
bloientnattendrequeleS.Baptefmepour 
aller au ciel; noftre 'demeure ordinaire 
pendant l'hiuer, à efté au païs des Hurons 
que nous auons quitté le hui&iefme de 
May 5 pour aller inftruire-les Nipifïri- 
fciens,nousdïfonstous les jours la fainëte 
Méfie dans leurs cabanes, faifans vn pe- 
tit retranchement* ou yne petite Chapel- 
le de nos couuertures : ces peuples mê 
femblent ford doux,bien modeftes 5 & nul- 
lement fuperbes: ils font bons mefnagers* 
les femmes nefçautnt que c eft d'oifiueté, 
les ieufnesenfans vont à la pefche, fi tofl 
qu'ils font vn peu grandeletsja ieunefle 
tefmoigne vnegrandeardeur à apprendre 
ce que nous leur enfeignons de la do&rine 
de Iefus-Chrift, ils font fort portés à chan- 
ter, les hommes vont, en traite* ou en mar- 
chaadifç vers d'aurres Sauuages,du codé 
du Nord j d où ils rapportent quantité de 
peltenes, vn feu! Sauuage ayant fa proui- 
iîon de bleds, auoit de refte trois cens ca- 
ftors,qui font la m eilleuremônoïe dupais* 
û Diçu donne fa benedi&ion à ces panures 



de l* année 1640. &i6^\. zj$ 
gens, on aura befoin d'vn bon nombre 4c 
brauesouuriers,qui saddonncnr à la lan- 
gue Algonquine, tous ces pais cy font 
remplis de gens quila parlent, l'efpere que 
nos Nipifinniens defcendrom aux Trois 
Riuieres,aueclePereCharIesRaimbault, 
trouués- vous, s'il vous plaift, en ces quar- 
tierslà, aueclës nouueaux Chreftiensjleur 
exemple & leurs difcours auront beau^ 
coup de pouuoir fur nos Saunages, 

Dans vne autre lettre, voftre R. ne fçau- 
roit croire combien elle feroit la bien , ve-r 
nuë-en ces quartiers-cy,pour y affermir 
nos Miffions errantes ; ie prie noftre Sei- 
gneur qu'il difpofe le tout à fa plus grande 
floire. Ien'ay riendenouucau depuis ma 
erniere,finon que le Père Paul Rague- 
neau,Sc le Père Menard, font arriuésicy 
en bonne fanté, la veille de l'Affomption* 
le foir les prières furent chantées en noftre 
Chapelle d'écorce^en Latin, en Algon- 
quin^ en Huron.Ce qu'on vous a dit des 
hommes qui font au delà du Sagné, eft vé- 
ritable, nos Nipifîriniens retournés de- 
puis peu des Kyriftin^ns 5 qui trafiquenten 
la mer du Nord, nous afleurent qu'ils onc 
trouué quatre cens hommes qui parlent 
tous Montagnais, cela monte à «juatrç 
mille «unes* 



i \6 Relation delà Nouuelle France] 

Voicy deux mors du Père Pierre Pi- 
jart^I'ay efté en Miffion à laNation du pe- 
tun: i'ay yeu deuxBourgadesquiparloient 
Algonquin, en l'vne defquelies les hom- 
mes vont tous nuds fans referue ^ il eft a£ 
feuré que les peuples de la Nation de feu, 
parlentauffi Algonquin, & vne autre Na- 
tion qu'on appelle A^anchronons , voila 
vne belle eftenduë pour nos Pères, qui ap- 
prendront cette langue, voila dequoy ani- 
mer leur zèle : vn pnfonnier de la Nation 
de feu ,ma dit > qu'il auoic appris en fon 
païs, qu'on trouuoic certains peuples au 
Mydy de ces contrées ,qui femoient & re- 
cueilloient deux fois Tannée,du bled d'In- 
de, & que la dernière récolte fefaifoit au 
mois de Décembre, ce font les paroles du 
Père. 

Quiconque arreftera pu domptera la fu- 
reur des Hiroquois, ou qui fera reiifïïr les 
moiens de les gaigner,ouurira la porte à 
lefus-Chrift dans toutes ces contreés,c eft 
vn grand honneur queDieu fait aux hom- 
mes de les rendre participansdes trauaux 
de la Croix de fon Fils, en la conuerfion 
des âmes. 



I RELATION 

DE CE QVI S'EST 

café de plus remarquable en 
la Aiifion des Teres delà f 
Compagnie de le [m 

A V X H V R O N S 

PayscielaNouuellc France, 

ï>epuis le monde ïuin deT année mil fx cens 

quarante^ iufques au mois de Iuin 

de ï innée \6^\» 

ADDRESSEE 

Au R. P. Iacqucs Dinct Prouincial de la 
Cojmp. de 1 es v s, en la Prouince 
de France. 



M, D C. JL IL 





PJfX CHRISTI. 

ON R. PERE* 



La Relation de cette année que Ten- 
uoy e à voftre Reueretice > luy fera voit 
comme nos Pcrcs qui citaient icy > ont 
efté distribuez en fept Millions -> où ils 
ontprcfché & publié l'Euangilc à feizd 
ou dix- f ept mille Barbares. i> i les fouf- 
franecs endurées dans vn fi noble cm- 
ploy,font lamefure des efperances que 
nous deuonsauoirdela conuerfionde 
ces peuples ; nous auons occafion d# 
croire qu'en fin de ces pauures infidèles 
nous en ferons de bons Chreftiens: &c 
quelque refiftance que la terre & l'en- 
fer apportent aux defifeins que nous 
auons^nous r/en perdrons pas vn poinél 
de noftre confiance* Lefangde Iefus- 
Ghrift qui a efté refjpaadu pour eux aufj 



fi bien que pour nous , y fera en fin ado- 
ré: & non feulement les Hurons 5 mais 
quantité de nations encore plus peu- 
plées qui nous enuironnent quali de 
routes parts , s'affujettiront à ce grand 
Roy de gloire, à qui toutes les nations 
delà terre doiuentcnfin rendre hom- 
mage. Ce font ces feules eiperan. es 
qui fouftiennent tous nos trauaux ,- èc 
afin qu'elles ne (oient pas vaines^! up- 
plie V. R. de nous affifter de (es bS. & 
prières, 



DcV.R. 

IJe U refidence fixe de 
S Marie aux Huions, 
ce 19. de May 1641, 



Très humble & très- obeïf- 
fantferuitrur enN. V 

H V A L L M A N T. 







'*■■'- * 

De ïejïat gênerai du Chrijiianifme 
en ces contrées. 

Chapitre I. 

O s Barbares ayans iouy 
cette année d'vnc parfai- 
te fanté 5 & des -frui&s d'y- 
ne belle & heureufe rccol- 
te 5 ne nous ont pas rebuté 
dans nos vifïtes -, ny fait fi mâuuais rifà- 
ge que la précédente, le ne fçay tou- 
tesfois ce que nous leur deuons pluftoft 
fcuhaittér 5 faduerfi té ou la profperité j 
la maladie, ou la fanté. Car fi les fains 
nedéùienncnt pas plus fages au temps 
de l'fnç que de l'autre • quelques mala- 
des au moins durantes maladies^nous 
donnent en mourant 5 Taffeurance 3 ou 
du moins Tefperancc de leur bon- 
heur. 

Depuis le mois de luin de tannée 
précédente , iufques au mois dé No- 
vembre enfuiua nt > noft re occqpatipit % 

a iij 



é Relation de U tfouuelle TYdnce 
cflé , d'entretenir ce peu de Chrcfticat 
quinous cftoient reftezaprcsla bouraf- 
que de i'hyuer précèdent ; de faite 
quelques courfes aux Miffio-ns encom- 
mencees^ & nous difpofer aux Miflions 
de Fhyuer. 

Sur le milieu de V Automne, ayant 
confîderè nos forces en la langue > & 
&e qu'il y auoit à faire auprès des peu* 
ple^ 5 aufquels on ^uoit par le {Jaltè "pu- 
blié l'Euâgile; nous trouuâmes que fans 
faire tort aux cinq Millions de l'année 
précédente y nous pouuions en entre- 
prendre deuxnouuelles : l'ync delà lan- 
gue Huronne, &1 autre de ï'Algonqui - 
HC5& cclle-cy à la faueur de deux de 
nos Pères nouuellement arriucfc dç 
Quebeq, & enuoyez à ce deffein. 

Nous voila donc incontinent après 
diftnbucz en fept miflîons,où on apref- 
ché & publié le Royaume de Dieu à fei- 
zcou dix fept mille Barbares de diuer- 
f es nations. Il n'y a eu bourg ny bour* 
gade^cabanc ny feu où on a pu aborder^ 
où on ne fe foit acquité de fa foqâion^ 
Et fi nous n'y voyons tant de conuer- 
||on$ que noyi délirerions y au moins 



'de Vwnée lèjpl f 

âuons nous la confolation de trouuer 
dans les cfprits beaucoup plus de difpo- 
fition à la Foy que les années précéden- 
tes. 

Cependant ccft vne chofe pitoyable 
que de voir les idées & les imaginations 
dans lefquclles le malin efprit entretiét 
encore ces pauures peuples. Les vns en- 
trent dans des frayeurs auffi toft quilt 
nousvoyent, & demandent fi la mala- 
die ne reuient point auec nous : les au- 
tres après nous auoir entendu n'ont au- 
tre réplique finon qu'ils n'ont point 
d'cfprït. Quelques vns deuant que de 
s'engager , demandent fî on leur donne 
âfïeùrancc qu'ils vieilliront : d autres 
font inftance que nous entreprenions 
donc tout enfcmble la gûerifon de tous 
les malades, puisque nous défendons 
les feftins & les danfes de cérémonie, 
qui font les remèdes du pays, D autres 
demandent dequoy ils viuront y & à 
quoy ils pafferont leur temps,pui&qu on 
leur défend de defrober>&dentretè- 
nir les femmes. D autres ne ceflent de 
procéder qu'ils croyet, auec mille conv» 
plaifances & cajolieric* r qui aaboutif- 

' a iiij 



S ReUtlondeU Nouvelle France 

Cent en fin qu'à demander ou defrober 

quelque ehofefilspeuuent. 

îls/en trouuc qui çfeoutent ferieu- 
fement 3 & confentent volontiers à tout, 
d&meur^pscaùainctisdelavcnté^rnais 
pre(fe^ d'en venir à l'exécution , &de 
quitter toutes leurs fuperftiuQns ; & 
paracuJicrement leurs AafKvandi&S 
§J? diables familiers 5 vrais ou imaginai- 
res^per^ent courage, ne pouuans Ce re- 
fondre a quitter ce que depuis tant de 
fîeek s, Hs Ce font perjuadez ,c(lçel.e prin- 
cipe de leur conferuation & de celle de 
leurfaniiîle y Çc lafourec detautlçus 
bon hçur^ 

P On trouuc à 1 ordinaire parmy ce£- 
te pou0îere quelque perle , ic veux dire 
quelle ame piedcftihée.qui profite de 
xios viûtcs. Mais le nombre en eft en ef- 
fet tel que celuy des predeftinez y petit 
çn çomparaifan des autres. Le nombre 
de ceux qui ont eft ç baptifez cette an- 
née eft dVne centaine 5 dont plufieuçs 
(ont ftmU feeurcufemçnt ; fans parler 
<^e plùfieurs petits enfans decedes 
qui auoient efte bapçifcz les années 
jjpf cçédentcs. , : : , 



Aptes tout , nous voyons icy au mi- 
lieu de cette grandeBarbariejVne petite 
Eglife côpofée d'vnc trentaine de f ran» 
çois, & dVne cinquantaine de Sauua- 
ges failans profeffion > affifïez bc fauo- 
rifez continuellement d'vne Prouidëcc 
de-Dieu toute f pédale ,* nous ne pouuôs 
penfer autre chofe , fïnon que c'eft vn 
peu de leuain qui fe forme petit à petit^ 
qui en Ton temps produira fon effet* 

Or en quelque temps que ce Toit qu'il 
plaifeà Dieu donner bénédiction plei- 
ne & entière à cet ouurage,par où il fau- 
dra cômenccr 3 ce fera -d'arrcfter-& affer- 
mir les mariages qui n'ôt icy aucune fta- 
biiité,&fe rôpent plus facikmët que les 
protneifes que les enfans fe font en Frâ- 
ce lès vns aux autrcs.Et d'autant qu'v ne 
des principales caufçs deleur difTolutiô, 
vient de ce que quelqu'vne des parties 
jnc peut fournir à l'autre fes bef oins & 
--necefl1teZ3.ee qui fait qu elle les va cher- 
cher ailleurs h l'vn des plus puiffans 
moyens de les lier auec indiffolubilité 
fera de les affilier en telle rencontre. 

le ne fçauroisàffcz admirer la Proui- 
dence djuine^ny affez adorer fa bote ôf 



inifericorde, en ce qu'ayant infinué y» 
petit mot de cefuiet ,aux précédentes 
Kelaciôs , il ky a ple« fufeiter tout plein 
de fain&esamcs 3 dontla charité a fut- 
monté toutes nos efperàncés: en forte 
que nous ayons affeurance, au moins 
pour quelque temps, qu'il ne tiendra 
pas aux moyens d'affifter plufieurs de 
ces panures barbares, que leurs maria- 
ges nefoient rëdus fiables. C'eft à quov 
moyennant cette amftance, nous auons 
commencé à trauailler. 

Quelques perfonnes de mérite nefe 
contentant pas d'vne aumofnc paffaoc- 
m ontrefolu défaire des fondations 
perpétuelles de ces dix ou douze efeus 
aueelef quels ie difois qu'on pouuoitaf* 
termir chacun de ces mariages j afin 
quils y foient continuellement appli- 
quez par l'ordre des Pères de noftrc 
Compagnie , tandis que la Foy fc trou- 

uerabrmeraét enracinée dans les con- 
joints, & dans les maifons : & a u cas 
qu elle vint à manquer en eux , qu'on la 
pmde prouignerdans d'autres familles 
quile ChrKtianifcrontjà quoy le fonds 
de telle rente fera deftiné. Ce oui eft en 



effet cftablir&cntrctenir le Chtiftîanif- 
me dans ces contrées,, par vne dcuotiôà 
aulïiiudicieufe que charitable. 

EWeçeux quife font portez! cette 
charité, s'en font trouucs quelques yns, 
£ ce quoi apprens 5 dcfgagcz du maria- 
ge & fans enfanSjOU radmc qui ont touf- 
jours vef eu libres de ce? lien ,-qui ont 
crey qu'ils pouuoient icy acquérir des 
enfans pour Dieu S% pour eux , par cette 
voye de fainvtc adoption , & pour per- 
pétuer leur nom en cette terre. d'Eglifc 
naiffante, lors qu il feperd en la leur. Et 
faire que par ce moyen leur mémoire y 
fuft toufiours plus prefente dans les priè- 
res- ils ont defiré que leur nom fuft don- 
né aux familles prouenantes de ces ma • 
liages, procurez parles efforts de leur 
charité. Nous en attendons k mémoi- 
re pour commencer à exécuter leur def* 
fcin v pendant que le liurc de viecon- 
feruera le nom de tous ? pour rendre vu 
iour à y ri chacun félon fon mérite &c 
charité s ceftdequoy nous fupplionS 
très- humblement la diuine Maieft é. 

Tant defainétes penf écs& inueritions 
pour feeourir nosp^uuresSautiages > 



Il ^ Relation delà Nouueîle France 
jointes au courage de Mefficurs de ht 
Compagnie de laNouuelle France, qui 
ne fe rebuttent d'aucune difgrace du 
temps, pour faire marcher le principal 
denos affaires , qui dépend beaucoup 
de leur rcfolution & bonne volonté, 
nous confirme dans la penfee que Dieu 
toft ou tard fera quelque choie! de 
grand. ' V 

VcltRcfidencefïxc&Miponie: 
Sainéle Marie. 

Chapitre II. 

»lSLg V nombre des Pères que 
[f5 nouseftions dans iesHurôs, 
au temps de la dernière Re- 
lation , le Père Paul Rague- 
neau , & le Père loieph 
Poncet defeendirent à QuebcK l'Elit- 
dernier pour y palier l'Hyuer , & 
fur le commencement de l'Autom- 
ne arriuerent icy le Père Claude 
Pi.art, & le Père Charles Raymbault 
pour la langue Algonquinc, qui ac- 
complirent le mefaie nombre 4e 







'dé tannée 164T. %r 

treze Pères que nous eftions Tan paUê. 
C'eft en cette Maifon de la Merc de 
Dieu 011 quelquefois Tannée nous 
nous voyons tous reunis, & mefrné 
jnous cfperons quelle pourra feruir 
de retraite aux pauures Sauuages 
Chreftiens 3 qui fe fentans emportez par 
le torrent des deftauebcs & des cou- 
ftumes barbares Se infernales du 
Pays, demeurans dans les bourgs ^ 
auront moyen de fe fauuer du nau- 
frage fe retirant proche de nous: 
quelques vns font defîa fait , &; 
nous donnerons volontiers le voifina- 
gc aux familles entières qui voudront 
s'en approcher, dont d'aucuns nous ont 
donné parole. 

Quoy qu'il en foit , ce nous éft 
à tous vne confolation bien (en- 
fible de voir icy arriuer de deux y 
trois , & quatre lieues loin les 
Samedys au foir nombre de nos 
Chreftiens qui s'y rangent des 
bourgades plus proches pour y cé- 
lébrer le Dimanche , &r rendre 
tous enfcmble au milieu de cette 
Barbarie , les homageis qui depuis 



tq Hljloite de U Nonelle France 
la création du monde yauoicntcfté de- 
viez à cciuy qui feullcs meritoit.Nom- 
bre d'Algongains ayant hyuerné cet 
hyuer prés de nous , c'eftoit vn doux 
motet d'entendre en mcfme temps les 
louanges de Dieu en trois & quatre 
langues $ en vn mot , ie puis dire que; 
cette maifon eft la maifon de paix, iuf- 
ques là rnefoiequelcs Sauuagcs qui ail- 
leurs nou* font plus ennemis & les plus 
iofolcns contre nous., prennent ce fem- 
bledesfentimens & yne humeur tou- 
te contraire 5 lorsque nous les voyons 
chez nous. Nous efperons qu aucc le 
temps les chofes s'adouciront déplus 
en plus, & qu'en fin on les Verra réduits 
enleurdeuoir. » 

L ordre que Monfîcur le Cheualier 
de Montmagny noftre Gouuerneur* 
apportalan pafTé au tempsquils cftoiët 
descendus en trai&é pour punir &c re- 
primer hs infolcnccs qu icy haut ils 
àLUGient commis contre nous , a eu deiîa 
debons effc£fcs dans Tcfprit de ces Bar- 
bares , qui après leur retour n'ont pas 
moins admiré la fagefle de fa condui- 
te & deiaiuftke fur lepaflfé, qu'ils onÉ 



3h 



de tannée 1,641. Ij 

redoute ces menaces pour Faducnir. 
Iufques là mcfme que quelques nations 
entières nous ont icy rendu iuftice du 
tort que nous auions receu de quelques 
vns d'entr eux pour cuiter la punition 
& le reproche qu'ils craignoient de re- 
ceuoir 14, bas aux trois Riuieres. C'eft 
fagementfc feruir defonauthoritè, de 
réduire fous les ieûç de la iuflice vn peu- 
ple barbare, efioigné de trois cens lieues 
de vous j & c'eft employer fainéiement 
fon . pouuoir , delc rendre efficace pour 
maintenir en paix les Prédicateurs de 
la Foy, dans yn païs où l'impiété de ftn- 
folence ont régné depuis le commen ce- 
rnent du monde. Vn tel appuy dcFE- 
uangile ne feruira pas moins à la con~ 
uerfion de ces peuples, que ceux mef- 
mes qui leur annoncent la parole de 
Dieu. Un y a que Dieu feul qui en puif - 
fc eftre la iulte recompenfe : nous le 
prions que cela foit. 

Le 2.iour dcNouembrenous quït- 
tafmcs touslamaifon, nous feparant 
aucc autant de ioye pour commencer 
nosMiffions, que nous en auions ref- 
fenty^ nous royan| tous de compagnie. 




ï 6 Relation de h Nouvelle France 
Le Père Pierre Ghaftelain y fut laifFé 
tout feul pour y receuoir ^entretenir 
lcsChreftiens,&; pouruoir à la paix & au 
repos du dedans & du dehors, lors que 
lcsSauuagesyaborderoient : ce qu'il a 
faitauee vne benedi&ion de Dieu par- 
ticulière. 

L e foin de la Miffion qui porte le nom 
de cette Maifon 5 qui comprend quatre 
ou cinq bourgs des plus voifîns eftoit 
cfcheu au Père Ifaac Iogucs ^& au Perc 
François du Peron, y ayans eu les jptÙ 
mes emplois &c les mcfmes difficultés 
que nous verrons dans les Miflions fui- 
uâtes: ils ont auffi participé aux confo- 
lations qu'il y a detrauailler dans la vi- 
gne du grand Maiftrc qui nou* y cm* 
ployé, 



Z>'; 



.?* 




de Famée tSqf. 17 

t>e la Mifiion de h Conception. 

Chapitre II L 

E Perc François le Mercier 
\ a eu le principal foin de cet* 
\ te Miffion ; i'ay eu la con- 
folation de l'y accompagner 
& devoir fouuehtde mes yeux le plus 
agréable obieâ: >& le plus grand threfor 
quenous ayons en ces contrées. Ceft 
lapremiereEglifequi y foi^compofée 
de quelque nombre de Chreftiens qui 
Viuent en la crainte de Dieu , & 1 ado- 
rent en vérité au milieu dvne nation 
qui depuis cinq mille ans na recognciâ 
que les démons pour maiftres, La plus 
part de ces bons Chreftiens fe retrou- 
vent dans le principal bourg de la Mif- 
fion , qui s'eftend fur plafieurs autres 
bourgs & bourgaefes. 

C'eftdecebourgde;k Conception^ 
(qui porte le nom de toute la Million) 
qu eftoit ce bfaue & généreux Chre« 
fiien lofeph Chih^atenh^a } dont ï\ à 
efté fi fouuco* parlé dans les relations 



I S Relation de L Nouuêllè France 
précédentes, & que les Iroquois maffà- 
crerent TEfté paffé, s'eftans ruez inopi* 
fcement deflus luy. 

Qui n'euft iugé que tout l'édifice ne 
cleuft tomber en ruyne après vne mort 
û funefte , eefemble, de celuy que tous, 
tantinfidelesqueChrefticns^regardoiét 
comme le pilier & la colomne de cette 
petite Eglife naiffante ? Et fur qui 
cneffed nous iettions les yeux comme 
fur vn Apoftre de ce pays , puis que ne 
refpirantque la gloire de Dieu ,n ayant 
de 1 amour que pour luy, & ne faifant 
eftat que des veritez de la foy > qui 
fans eeffe efeiairoient fon efprit y &c 
animoientquafî tous fes defîrs 5 non 
feulement il en auoit les qualitez , mais 
auffienauoitfaitfouuent l'office au pé- 
ril de fa vie, n'y ayant lieu dans toutes 
ces contrées où deïon viuât nous ayons 
mis le pied , que par tout il n'y ait 
prefché hautement des grandeurs de 
celuy qu'ils deuoient adorer pour Dieu, 
&des obligations que nous auons au 
Sang&àlaCroixdelefus-Chrift. 

Mais tant s'en faut que la foy ait re- 
ceju aucun dommage de ce coup dans le 



NÉ 



deFdnnèei&J^i. \a 

cœur dcsCroyans que pluftoft elle fciïi-, 
ble s'eftre affermie plus qu'auparauanr. 
Sa femme , quifembloit dcuoir cftre 
îaplus abbatuë de cet accident, nous a 
dit que lors que la nouuelle Uv en fut 
apportée,elle demeura quelque têps in. 
terditc/ans penfer à rien } & que la pre- 
mière penfée qui luy vint, fut ce que fi 
fouucnt elle auoit entendu dire au dé- 
funt en plufîcurs oecallons. Ceiuy qui en 
ffilcmniftreenadtFfofédeïaforte , quy fe~ 
nons-nemî Elle s'eft en fuitte compor- 
tée de la forte dans fonâfflidion,que 
ie ne fçai ce que pouf roit faire de mieux 
vne des meiileuresChrcftiennes de no- 
ftreEurope. Plufîeurs de la famille nous 
omtditqucîesdifcoursquefî fouuentle 
defunélleurauoit faits pendant fa vie, 
ne les ayans point conuaincu de fon 
viuant , au temps de fa mort, leur reuin- 
drentdansl'efprit, & les touchèrent il 
fort.qu'ilsconceurentccque Jamais ils 
h'aiioicntbien entendu,& prirent refo- 
lution de changer de vie. 

En effet fon ffere aifnc nommé 
Teondechorrcn^quiauparauantn'auoiÉ 
? a ï beaucoup deftat de fes inftruaionSj 



x Relation de U Nouuellc France 
&bonsaduis , nous vint trouucr trois 
iours après le maflacre, pour nous de* 
mander inftamment le Baptefmc* 
On l'examine, on le fon de , on le trouue 
înfkuit & informé de tout ce quieftoit 
neceffaire à cela. On prit toutesfois 
quelque temps pour mieux encore re- 
cognoiftrefadifpofition 3 à laquelle ne 
trouuant rien à redire > il fut baptifé à la 
fefte de la Natiuité de Noftre Dame* 
On luy donna le nom de ïofeph, qui eft 
le nom du defund 5 dans refperâcequc 
Ton eut que la rertu de fon feu frere 5 
auffi bien que fon nom refufckeroit en 
fa perfonne- Nous ne f çauons pas quels 
en feront les progrez & Fifluë , mais à 
ce commencement nous ne receuons 
pas moins de eontentememt de luy que 
nous en auons receu autresfois de feu 
fon frerc, lors qu'il commença d'eftre 
Chrcftien , voire mefme y trouuons- 
nous quelque chofe de plus , auce cette 
différence neântmoins, que fon frère 
nauoit eu perfonne deuant loy qu'il eût 
pu imiter; mais celuy~cy a eu l'exemple 
de fon frcre,qui femble auoir cfté toute 
la caufe de fon bon heur. 



1 



de l'année 1 6 4L 2Ï 

La conuet fion de ce nouueau lofeph 
femble d'autant plus confiderable, qu'il 
a trempé vingt ans durant dans l'exer- 
cice del'Atftaenhrohi ou feftin&dan- 
fc de feu, le plus diabolique ? & cepen - 
dant le plus ordinaire remède des ma« 
Wics qui foie dans le pays. Il nous a 
confirmé tout cequiena defîa eftécf- 
crit autrefois; & nous a raconté qu'en- 
uiron laage de vingt ans, ilfemit par 
fantafïe de ieuneffe à fuiure ceux qui 
s'en mefloient : mais que comme il eut 
veu qu'il n'auoit pas comme les autres, 
les mains & la bouche à Tefpreuuedu 
feu , il Ce gardait bien de toucher à ce 
gui eftoit trop chaud , mais qu'il en fai- 
ioit feulement le femblant 5 & couuroit 
fonieu du mieux qu'il pouuoit. 

Au bout de quelque temps il eut vn 
fonge , dans lequel il fe vid afsifter à 
vne de ces danfes ou feitins y & manier 
le feu comme les autres 5 &: entendit en 
mefme temps vne chanfon 3 laquelle iî 
fut eftonné à fon refueilde fçauoircn 
perfection. Aupremier feftinquifefit 
de cette nature , il fe mit à chanter fa 
chanfon , ,. & Yoik petit à petit qui! fe 



%% ReUtlon de U N f omette France 
fent entrer en fureur: il prend les brai- 
ses & les pierres ardentes aucc les 
mains & les dents du milieu des bra- 
2ier5,il enfonce fon bras nud tout au 
fonds des chaudières boûillâtesje tout 
fans lefcionny douleur^en vn mot le voi- 
la maiftre palle. Etdepuis, refpacede 
vrngt ans il luyeftarriué quelquefois 
d afïifteràtrois & quatre feftins ou dan-* 
fesde cette nature en vn iour 3 pour la 
guerifon des malades. 

II nous a aifeuré que tant s'en faut 
pour lors qu'on fe brufle 3 qu'au contrai- 
re on fent de la fraifeheur aux mains Sç 
à la bouche, mais quelç tout fc doit fai- 
re en fuitte &c dependemrncnt de la 
çhanfonquon a apprifedans lefongc, 
qu autrement rien d extraordinaire nç 
(efak. 

IlnoustHfoitçn outre que pour lors 
de temps en temps il fe voy oit en fonge 
^ffifter à ces feftins,& qucîà on luy don- 
Boit ou preftoit quelque chofe qu'il por-? 
toit fur foy pendant la cérémonie. Cela 
lui eftoitvn aduertiffcmëç qu'il ne falîoit 
pasqu'il l'entreprit la premi cre fois.quil 
ïl'çut fii a r foy cç qu'il auoit veu ep fonge^ 



i 



de tannée 1641* 2} 

ce qui faifoit qua la première danfè il 
deciaroit fon defîr , &: auffi toft on luy 
iettoit ce qu'il auoit déclaré luy eftre ne- 
ceflaire pour iôûer fon perfonnage. Cela 
à mon iugement/e doit appeller de fon 
vray nom, renôuueilement d'hommage 
& de reconnoiffance que le malin efprit 
tire de téps en téps de ces pauures Peu^ 
ples 5 côme desefclaues de fa puiflance. 
Maintenant ce pauure home eft tout 
rauy 5 de f e voir en Tcftat où il eft. Il va 
fouuent fe reprefentant qu'il eft comme 
vn prisonier de guerre de ces quartiers, 
efchappé de la maki dç (es ennemisj 
pendant que fes compagnons attacher 
aux liens , font à la veille de fouffrir 
d'horribles tourmens: ce font fes pro- 
pres penfées. lia tout d' vn coup rompu 
auec toutes les fqperftitions du pays , &C 
en tousîcsfeftinsoùilaeftêinuitê de-* 
puis fon baptcfmc, il à genereufement 
gardé la libertéque nous demandons de 
nosChrcftiens en'telies rencontres; Se 
par tout où il fc trouue,il fait ouuertemët 
profeffiori de ce .qu'il eft. lia voulu que 
la volonté du defund fut exécutée, 
touchant la petite Therefc fa'niepce^ 

h iiij 



§4 Relation de h NouueUe Frmce] 
& qu'elle fut menée à QuebeK , & mï- 
fc entre les mains des Mères Vrfulines^ 
refolu à tout ce que Dieu en ordonne* 
ïojt . Et en vn mot, ilnous donne tout 
contentement, 

Ge bon homme iufques icy n'eftoit 
pas beaucoup confiderable parmy ceux 
de fa Nation : mais de puis qu'il s'eft fait 
Chreftien i\ a efté regardé de tout au- 
tre œil par les Capitaines mefmes, &les 
j>lus confîderables de fon bourg, qui 
font voulu mettredans les affaires» O t 
vniour comme il fefut engagé à nous 
rendre quelque femice ( c eftoit pour 
faire le voyage de la Nation Neutre, & 
afsiftcr au retour les #cres qui y eftoient 
CS3LMifsions)s 5 efiailit en mefmc temps 
encontre qu'on le voulue employer 
pour les affaires du public 3 il tafcha de 
ioindrcl'vn aueclautre, & enpropofa 
les expediens au Confeil : mais n'ayant 
peu eftrc agréez par ceux qui y prefi- 
«oient 3 Içs deux affaires eftansdeuenus; 
Incompatibles, il pria qu'on ne trou- 
uaft point mauuais qu'il ne fc meflaft 
point de celles du Public, faifant ync 
jprqtçftatiqn folernnelle * Que par tout 



BWÉ 



de l'année lé $u 2J 

où il s agiroit du feruicc de Dieu & du 
îioftre 5 il n y y auoit affaire qu'il ne poft- 
pofaft à celle la. 

Sa femme dvn très* bon efprit Sr ây- 
nebeile humeur eftant deucnuë Caté- 
chumène en meftne temps que fon ma- 
ryfut baptifé, fut en fin baprifée elle 
mefmeà Pafques dernier 5 &: nommée 
Catheiine.-nous en cfperons beaucoup. 
Plaifc à Dieu bénir ce mariage confir- 
mé Chreftiennement dans toute la fta- 
bili té fou h ai table. 

Cen'eftpas feulementfur lafamilfe 
dudefun&Iofeph Chih^atenhvay quç- 
les benedittions du Ciel font tombées 
heîsrçufemcnt depuis fa mort 5 mais nous 
en v oyons des effe&s pleins de confola- 
tion fur tot*s les autres Chreftiens qui 
compôfent cette petite Eglife^ carà pei- 
ne pourrions nous defirer plus de con- 
tentement & de fatisfaéfcion que nous 
receuons de ce petit troupeau.* qui nous 
paroift comité vne petite maile d or et? 
purée àlafournaife de pluiîcurs tribu- 
lations, qui ont en fin feparé le vray d'à- 
ucc le faux: de forte que nous nevoyôs 
prefquc plus perfonneparmy aosChre- 



26 Relation de h NouueUe France 
ffiens, delà fincerité du quel nous ayons 
fuiet de douter. 

L e bruit cftât venu au bourg de la Cô- 
ception enuiron la my-Iâuic^quenos 
PP. de la Miffîô des Apo ft.aux Khionô- 
tatehronous s'eftoiét perdus dâs lesnci- 
ges,cn retournât ici faire vn tour^quel- 
ques vnsdeces bôs Chreftiés aùffi toft 
Cç mirée en deuoir de les aller chercher 
cm fecourir j maislesayâttrouué à il ou 
3. lieues du bourg qui s envchoiér,aprcs 
àuoirpaffé la nuit dâs les bois affezhcu- 
reufemét par vne bonejrcncontfe ou 
pluftoft çôduitc de Dicujils prirét le de- 
uât pour faire préparer à mâger à cespau- 
ures PP. qui n'auoiêt mangé de cciour. 
Le défunt depuis le trâfport de noftre 
demeure hors de sôbourg,âuoic deftiné 
vne partie de fa cabane pour vne chapel- 
le. Cela defon viuâtnauoitpûeftreexe- 
euréjfamorteftâcfuruenuëau téps que 
le bourg châgeoit de place , &c que cha- 
cun fe faifoit 7ne nouuclle cabane.Mais 
au mois d 'Octobre enfuiuant, le tout fc 
trouuat difpofé,laChappclle fort cômo, 
de y fut drcfféci&la première Méfie d'h 
te le 14. du racf me mois. C "çjft çn cette 



vm 



de Vannée 1 6^1. %f 

Chapelle(de laquelle en noftreabfence 
ce nouueau Chreftien a la clef) que s^af- 
femblét matin &foirlcsChreitiës,pout 
faire leurs prières, auxquelles prefidelc 
Chreftien le plus ancië &le plus côfïde- 
rable pour le presëc 3 de cette petite Egli- 
(c,nômé RenéTfondih^aae. Ceftluy 
fur tous qui a le foin de remarquer ie 
S inSllouv.cciï. à dire, le Dimanche: ce 
qu'il fait aucc les autres , difant tous les 
ipurs-de J^femaine vne dixainedefon 
chapellet à,ce deflein. 

Iissafïemblent en cette mefmc Cha- 
pelle 5 touslesDimâches^oupourenten- 
drcla.Mcfïc& rinftruâiô publique lors 
que nous y sômes 5 ou pour dire en com- 
munauté leur chapellet. Quad ils pensët 
que nous ne spmes pas pour noustrou- 
uer auec eux le Dimâche, raremët quel- 
quVn d'eux mâque-il à fç trouuer c\\t% 
nous pour célébrer ce S. iour.Ce'Iui dot 
ieparlois maintenât René Tfondihya- 
bc y a paffé quelquefois les 8. Jours. Or 
deuant que côcîurç ce qui appartientà 
cette petite Eglife 5 ie ne puis obmettre 
cequieftarriuéàce bonSauuagc, qui 
cftoit bien capable d'ébranler la foy 5 fi 
PieuneTeutailifté bié particuliercmeç* 




|8 Relation de U Nouueîle France, 

Il-eft'aagê d'enuiron foixantc ans. 
Au commencement qu'il fut en aage de 
faire des feftins &d y affifter 5 il eutvn 
longe dans lequel il luy fut défendu de 
faire iamais fcïlm de chien , ny fouffrir 
qu'on luy en fift, qu'autrement malheur 
luy arriuerok: il auoit toufiours euvn 
grand foin d'obferuer ce fonge ? iufques 
à ce que Tannée paffée au commence- 
ment de lhyuer 3 citant alléenvifite 
en quelque bourg, quelque fien amy 
îuy deilra faire feftin de chien ; il fe fou- 
uintauffitoftde Ton fonge > toutesfois 
penfant en mefme temps qu'il eftoit 
Chreftien&quefes fonges ne luy de- 
noient plus eftre conftderables j il ac- 
ceptais feftin. Il ne fut pas pluftoftdc 
retouràfamaifonquc voila vne fienne 
fille $ vn de fes fils malades, & en fuitte 
qui meurent. Ce coup Fefb ranfla,&: luy 
lit faire le faux pas , que nous auons re- 
marqué en k precedenteRelâtion.Mais 
5'eftant releuê de fa cheute au bout de 
quelques iours% par laffiftance& les 
bonnes paroles de feu noftre Chreftien, 
qui l'ayant premièrement gaigné à 
Pleure regaigna derechef cette fccoiv- 



âeV année i6$ll zQ 

de fois. Il noas auoit depuis dôné beau- 
coup de contentement, mais voicyvnc 
occafîon dans laquelle il a du tout repa -" 
rélafautc de fa cheutc par la fermeté 
defafoy , &par la conftance.qu'ily a 
fait paroiftre. 

René donc vn peu après fon bapîef- 
me , fe trcuuant à la pefche auec noftre 
feu Chreftien Iofcph Chih*accnh*a } 
eeluy-cy vintàfongcr tout ce qui en ef- 
fet luy cft arriué enuiron quator- 
ze mois après. Sçauoir que trois ou 
quatre Iroquois l'attaquoient, que se- 
ftant défendu il auoit eftéteraiïé, qu'on 
luy auoit cnlcué famouftache , & qu'on 
luy auoit donné vn coup de hache à 
l'endroit de la tefte d'où on la luy auoit 
enleuée. Le feu Chreftien s'efuciljant 
après ce fonge 3 s'addrcfTe à René (on 
compagnon. Ah ! mon camarade 5 dit- 
il , c eft à ce coup que fi nous a eftzons 
ChrcftienSjilnous faudroit auoir re- 
cours à noschanfons& fcftins 5 pour ef- 
facer le malheur de mon fonge : mais ce 
neftpasluyquiaeftéle maiftre de nos 
Vies 5 c eft celuy qu on nous a enfeigné, 
& çn qui nous croyons 5 qui fcul en dif- 



jjo Relut ion de U NouueUe France 
pofera félon fon bôri plaiflr. Et là deffiifr 
Juy racole Iefonge queie vies de dire* 
NousauÔs fuictdepéferquecemcfme 
fongelûireuintpluiieursfoisdepuisxar 
ceux de la famille déposée que fbuuët le 

matin ils l'ont entédu parier en fe réueil. 
l'anr,& dire ( Ejï-ce toyquien es le mxijire} 
non , non ^ il n'y ci qne Dieu qui endifpofem. 
Or ce qu'il auoic longé iuy citant arriué 
depoinit en poinft,&Ic bruit eftant dis 
lepays,qu'il eftoit mort pour nauoir pas 
gardé fon fonge 3 qui le menaçât des en- 
nemisduy cômandoit vn facnfîceoufe- 
ftinde 2. chiens: cela eftoit bié capable 
deréueiller dâsl'efprit du pauureRené, 
aulfi bien que desautres bonsChreftiés, 
Ja créance generafe,& la déférence que' 
tous cesPeupIesréndétenfongc, côme 
au maiftre de la vie & de la mort. Il a plû 
toutefoisà Dicule deliurerde cette té- 
ration ,& affermir du tout fon ef prit & 
fon courage Jl eft le premier à foudre les 
difficultcz qui fe prefentent làdeffus, 
qui ne font pas petites. 

Côme nous eftions à fa cabane cet hy- 
uer , onluy vint apporter la nouuelie 
«ju'yn fié Ris auoit efté pris des ennemis. 




de l'année 1641. ^1 

& emmené vif en leur pays. Cette nou- 
uelk le toucha de premier abord ,&: co - 
me rentrant en foy mefme^helas ! mon 
Dieu, dit-il , que puis ie trouuer à redire 
après ce que vous en auez ordonné? 

Voila î'eftat de noftre petite Eglifc 
naiffante ,dâslaquellefinousne voyôs 
pas vn grâd troupeau.au moins auos no 9 
la cofolation d y voir la crainte de Dieu, 
&le feruice de faMaicfté en recômâda- 
tion. Surtout,pédantl'Àduét & le Ca- 
refme on n'a pas mâqué matin & loir à 
lifiuc de leurs prières > de leur faire vns 
petite inftru&ion en cômun 5 pour efta- 
blirdâsleurefprit& dans leur cœur les 
principes de la vie Chreftiéne Le fruiâ 
s'en eft cnfuiuy tel que nous eufïions pu 
fcuhaitter. 

Nousauôsvifité tous lesautres bourgs 
& bourgades apparrenâtes à cette Mif- 
iïon,nous en fommes reuenus auec cet- 
te penfée, que toit ou tard ils feront à 
nous,oupluftoftàDicu. le ne puisob- 
mettre la fînguliere obligation que nous 
auons à Dieu, de nous auoir conferué le 
Perc François le Mercier 5 qui en l'vn 
des voyages d'hyucr paffant parnecef- 
fitépar deflus ynlac g!acé,fe yid plutôt 



02 Rdct tion de U Nouvelle France 
tombé dansleau 5 qu ilnefefutapper- 
ccu de la foibleffc de la glace. Quelques 
Saunages qui venaient apresluys arre* 
fièrent tout court Jongeans plusaujdan- 
ger où ils eîioient qu'à fecourir le Père § 
ce qu'ils ne voyoïent pasmcfmcpou- 
uoir faire (ans fe mettre dans vn plus 
grand danger. Le Perc eftendant fes 
coudes fe fouftenoit le moins mal qu'il 
pouuok de gîace en glace, & en fin 
ayant rencontré va endroit vn peu plus 
terme quele relie * (ehazarda de faire 
vn effort 5 & leuer vnc jambe fur la gla- 
ce. Le Saunage le moins efloigné deluy 
îe voyant en cet e$at> met bas vn'fac de 
bled qa il auoit fur le dos , & s'approche 
doucement du Pere 5 &le fa ifï /Tant par 
refpauîe & par la jambe , il fit vn effort 
pourle tirer; mais y (entant trop dere- 
îiftance , il le quitte pour retourner 
promptement en lieu de plus grande af- 
feurance. Là après aùoir confideré le 
Perc, qui de fon codé continuoit à fai- 
re ce qu'il pouuoit pour faciliter le fe- 
cours dont il auoit befoin-, il nefepût 
ten ir qu jl ne retournaft faire vn (ccond 
effort plus grand que le premier,par le- 
quel 



de l'année I 6^ïl 5ï 

quel en fin il tira le Père hors de l'eau. 

Voila quelques- vns des hazardsqul 
font infeparabiement attachez à k re- 
cherche de nos pauures brebis errantes 
en ces quartiers, ainfi que nous verrons 
Encore cy après 5 mais ce font les deli* 
ces des feruiteurs du bon Pafteur. 

Des Mifôons de S. lofeph aux j€ttiwvetè 
nongnaha^ & de S* Iean Baftijie. ^ 
aux *Arendacronon$. 




Chajpitre IVJ 

Es deufr Miffions font âffcÈ 
, heuteufement peuplées pou£ 
' donner vn raifonnable cm- 
■ ploya fîx&a huia ouurierst 
ftiaislepeu de nombre que riousfom-* 
nies dans les Hurons , h'eftant pasmef* 
nie fuffi fânt de fournir deuxPeres à cha-' 
que MUÏxon, nous nous fommes Veus 
obligez de réunir ces deux fouslc foia 
du Père Antoine Daniel, & du Perc Si* 
tnon le Moyne. Leur peine en eftae- 
creuë notablement , quand mefmc il 
toy auroit que jadiftagee des bourgs 



|4 -R dation de h Nouvelle France 
qu'ils doiuent cultiuer dont les che- 
mins de IVn à l'autre , font très- toui- 
ller t m fcft z des iroquois ennemis des 
.Huroos; nuis leur ioye croift à pro- 

Î>ortion puis que les démarches que 
oh fait à là conquefte dVnc feule 
amc,fônt autant de pas vers le CieU 
On va brufler vn Iroquois en vn 
bourg affez eflo'gné j quelle confola* 
tion de partir dans le fort des chaleurs 
de Mifté pour deliurer cette pauure 
viâime de l'enfer qui luy eft prépa- 
ré. On l'aborde ; & on l'inftruit lors 
toefmc qu'il gemit fous la cruauté des 
fupplices > incontinent la foyj trouue 
place dans foncœur $ il recognoift &c 
adore pour autheu r de fa vie 5 e celuy dont 
iamais il n'^uoit entendu le nom qu'à 
l'heure de la mort. 11 reçoit la grâce 
du Baptefme > & ne refpire plus qu'au 
Ciel: on redouble les feux & les flam- 
mes ^ & tout ce que la cruauté four- 
nit à des efp ries enragez de fureur. Ce 
îiouueau $ mais ce généreux Chreftier* 
monté fur l'efchafaut qui eft le lieud© 
fon fùpplice , à la veuë de mille per- 
fonnes qui font {es iuges * fes b@ur- 




de l'année iÀ|r# je 

tcaux &fes enemis; efleue & fes yeux 
& fa voix vers le Ciel , n'y ayant rien 
defTus la terre qui arrefte fbn coearj 
il s eferie d'vne voix vïgourfeufe , fir 
fait fçauoir à tout le monde les cali- 
fes d-Vrie ioyc qui parôift fur fort 
front dans ic plus fort des tourmens 
qu il endure ; Io fakhril)otat de Sa- 
raie* nentai 5 onne ichien àihci aron- 
hiae ceth de Eihei, Soleil qui estef- 
îtioihdemes tourmens > efeoute mes 
paroles j ic fuis fur le poinâ de mou* 
rir : riiais après cette mort, ceftlç 
Ciel qui fera ma demeure. Ilrcdou- 
ble& répète fouuent ces môts,&; meurt 
dedans ces douces cfperances : Quel 
bon-heur pour cette ame? mais quelle 
ioye reflent celuy qui a couru huiâSc 
dix Hcuëspourluy procurer cette grâ- 
ce. Cet heureux prifonnierfc nommoit 
TehondaK^ae , & en fon baptefme Io- 
feph nô du bourg àâ$ lequel il fut brûlée 
Dans le bourg de S Jean Baptiftc, vn 
ieune homme tomba fubitement ma- 
lade, & malade à la mort , fouuènt de- 
puis quelques années on luy auoit 
parafe de Dica, foit § Quebeic oîi il 



3 6 Relation de h Nouuelle France, 
auoit cftéf ept ou huiét mois dans noftf e 
feminaire , foit après f on retour au pais 
dans les fréquentes vifîtes qu on auoit 
fiât en fa cabane ,• mais iamais ny la foy ■ 
nylacrainte de Dieu neftoit entrée ca 
cetefpritj (es difeours n'eftoient rien 
que des calomnies contre nous, que des 
blafphemes contre Dieu 5 & ccfembiok 
des marques infaillibles dVne amerc- 
prouuéc. Que les penfées de Dieu font 
efloignées des noitres ! Ce ieunc hom- 
me n'eft pas pluftoft tombé malade qu'il 
ouurcdelay-mefmeîesyeuxàlaverité: 
la crainte de l'enfer que iufqu'alors il 
auoit réputé des fables > luyfaitpenfer 
au Paradis.hclasis'efcrie il 5 ie me meurs^ 
8c les Pères ne font pas icy. Courez 3 ic 
vous en prie > mon frère , en quelque 
part qu'ils foient (dit -il à vn fien frerc 
aifné principal Capitaine de cette na- 
tion ) courez vifte 5 J & qu'ils fçachent au 
pluftoft le péril où ie fuis. Ce frerc parc 
en hafte & vient trouuer nos Pcrcs à r z, 
lieues de là. Dieu fçait de quelle part ils 
Yolcrent à ccpauure malade > qui leur 
ouureles bxas,leur demande pardon, 8c 
foufpire après le Baptefmc* Quand 



m 



deV Année l6$il 37 

Dieu difpofc vnc ame & lûy parle au 
profond du cœur , il ne faut pas tant de 
paroles. Ii reçoit bien toft le Baptefme y 
Se enfemblelapaix dcrefprit, &ce peu 
quiluy reftoit de vie 3 il l'employé iuf- 
qu'au dernier moment à le deliurer du 
malheur éternel. 

Quelque reuolté que puiffe eftre vn 
cfprit contre les veritez de noftrc foy> . 
Une faut pas defefperer de luy auamtia 
mort. Si Dieu quieftfeul offenfé attend 
l'heure de noltre falut aucc tant de pa- 
tience & de longanimité , c^eft à nous à 
future fes conduites, &âdorcr en tout les 
reiTortsdefadiuincprouidenca : 

Nous l'auons veu encore depuis peu 
en la perfonne d'yn autre icune homme 
du bourg faina Ignace nommé lof eph 
Te^atirhon, Le Séminaire de QucbeK 
fauoitnourry deux ans entiers, &n'en 
eftoit forty quauec la grâce deChre- 
ftien & la crainte de Dieu ;mais en cet 
aageil çft bien difficile de conferuer vn 
fi précieux threfor dans le règne de 
limpudicité'.fe reuoyâtdans fon païs,il 
n'eft pas long-temps fansfe voir enga- *r 
gé daas les vices qufypaffent pour de» 



w* 



» 



3 S ^-éltinmieldJsSouueïïefrmee, 
Vertus. Nos rcmonftrances & Ici 
touches de Dieu k reduifoient de 
fois à autres en £on deuoir, maisquey 
dansles Huronsauffi bien qu'au milieu 
delà France, qui n'eftpas^fortifié d'm 
fecours extraordinaire du Ciel, fe voit 
bien toft retombé dedans Ton malheur* 
&lepisetf,que plus on tôbe,pluson en- 
fonce âUant dedâs le précipice, vn aby f-' 
me en attire vn autre?} & bien fouuent la 
foy fe voit eftoiifFéc au milieu de tant 
dépêchez. Nous craigniôs ce mal-heur 
pourceieuncChreftien j mais le mo- 
ment de fon faîut eftoit venu. Il eft 
furpris d'vn accident de feu qui pen- 
m l'emporter furie champ : ce feu en 
eftouffe vn -.jplas' infernal qui dcuorok 
foname ; il ne fallut plus penfer qu'au 
Ciel j nos Pères y courenu & luy pre» 
ftent aflîfrance. J> Mère de Miieri- 
corde qu'il reclama iufqu es àla mort sas 
doute lé fecourut en cemoment, d'où 
dependoit rcternité;& nous fitîvoir que 
pas vn nefe perd de ceux queûieu choi- 
iïtpourïesefleusr • • 

Noftre confolation parmy nos pei- 
I?! 5* à' allez ain ^ # bourg en bourgs 



de F année lé 41. 39 

de village en village recueillir ces ef* 
pics de froment que les Anges f eparent 
de Tyuroye, pout que dans le Ciel ils 
compofent cette couronne des efleus, 
qui a coufté tant de Tueurs & de fatigues 
au Fils de Dieu, 

T>eh Mifôon des ^pofires attx Khio- : 

nontùtehronons ou Nation 

duBettm. 






Chapitre, VV 



' o 




E P. Châties Qzmltt & îe 
P.Pierre Pijartontculefoiiv 
de cette Miflionsàlaculture 
de laquelle ils n ont, rien ou- 
blié de tout ce qu'on pouuoït attendre? 
de bons ouuricrs. Les difficultés fç 
tfôuuent d'autant plus grandes en cet;, 
te Miffion $ que cette Nation nçft point 
du nombre de celles qui défendent 
la traite des Hurons, ceux qui s'en attri- 
buent 5 ne le permettant pas comme 
nousauons défia dit autrefois* Çç qui 
fait qu'ils nous confiderent comme 
f%aagers % & comme perfonnes mm 



<40 Relation de h Nouueïïe Franc» 
lesquelles ils n'ont aueuneliaifon. Mais 
en outre les calomnies ordinaires de 
; ceux parmy lefquels nous viuons, 
rcmpliuans tous les iours leurs oreilles, 
& leurs efprits, ils ne nous regardent 
**" n?' V n œ,Ifou PÇ° nnc ux , de quelque 
. f ( î ue nous ieur venons appor- 
ter,- d'où rient qu'ils tournent inconti- 
nent en mal tout ce qu'ils nous voyent 
wc, & fur tout les avions les plus fain- 
fo S * n'^oportans au refte autre raifon 
deiev * ir dé fîai:cç ? quele f ujet que leur en 
^«iuteu^ JfsHurCOspar leurs difeours, 
" * pour e<iov lcir & ap'oriuoifer ces ef- 
.fetirS ; lïous iug^fmes qu 3 feroit a pro- 
pos, tfUcîesPcreS ûikm ectte^nnée en 
fetHrMiii5on,fiffentïe poffibiepoury te- 
nir quelque affembiée générale des. 
. principaux du p'JJV* , pour les ïn£? rmc r 
dcuëmet de nos intCJrtiôs. Et ne voyan* 
meilleur moyen d'arriucr là, que celuy 
des preCens , ils en emportèrent aueç 
eux,& eftans arriuez au pays donnèrent 
à entendre leurdcfîsin. 

Te ne fçay fi iamais affaire y a cfté de< 
battue comme celle- là ; les vns ajjrcanS 
lapropolitionjies autçes ne youlans oui? 



de F année 1 6^1. 41 

parler ny d'aiïernbléc 5 ny de prefensve- 
nansde noftre main, difans haut & clair^ 
que c eftoit le charme duquel nous nous 
voulions feruir,pour ruiner le paï^com- 
me nousauions fait iufqucsicy ceux ou 
nous auions cité. Laiïem >lée toutes- 
fois fetint.mais lesprefensy furent re~ 
fufez : ce qu'on gaigna fut qu'en cette 
gflemblée xics plus Notables du Pays, 
noftre coromiffion de la part de Dieu 
leur fut fignifîéej&lVbîigatioaintiméc 
de reconnoiftre & honorer fa Maiefté 
diufne 5 & N. Seigm Îefus-Chri(i"3 com- 
me le mailtre de leur vie & de leur falut, 
Pcuteftre y auoit-illà quelque Prede- 
iliné , qui en fon temps fera Ton profit 
d'vn fi famd difeours. 

Depuis ce temps, les Pères n'ont pas 
Jaillé d'aller par tous les bourgs & bour- 
gades de leur département 5 &:y ont fait 
leur foncier, aucc toute liberté.commç 
ayans vn pouuoir indépendant de tou- 
tes ces cérémonies, Et Us y ont trouuç 
tout autre vifage & accueil que celuy 
que leur auoic voulu donnera entendre 
vn Capitaine > qui en plein Conicillcuç 
Ht coixunandenaent de vuider. au plu- 



4 i Rehtion de ld Nouueïïe France 
ftoft le paisj s'ils n'eftoientfoges ; vôh 
re mefmeil n y a point eu de bourg , où 
depuis ils ayentefté .mieux receu* quç 
ecluy où demeure ce Capitaine 5 les 
liàbitanss'efforçans^cçfenible * de re- 
parer la faute de leur chef. Mais ils en 
demeurent là pour le préférât, & ne par* 
1ère point encore tout^debô d'ëbraffer 
îa Foy, Nous verrons, auec le temps, ce 
que la confiance produira dans ces cf- 
prits, fi ce n'eft que Dieu foilicité par 
quelques faindres âmes , ait agréable 
d buurir vn chemin plus court. 

Nous commençons à douter fi les 
fléaux & les punitions quiarriucntà 
ceux qui mefpril ent les viiitcs&i dou- 
ces fcmqnees du Ctel| , ne lerôt point 
vnedes inuentions de fa borné , pour 
faire ouurir les y eux à ces panures aueu- 
gîes; Quoy que s en (bit , il eft aiïeuré 
qu'au bourg d'Éhvae furnoffî-qaê S.Pier- 
re & S. Paul principal bourg de cette 
JVliffion 3 d'où le P. Charnier fut chaffé 
Tannée paflee, tous les malheurs imagi- 
nables sot arriuezdeuât la findel'année. 
4apluspartdc$cabanesfuientbruilées 
parles eanemis^enuirô. trois raois après 



de F année Uf&fï 4f 

Pîufîeurs font morts de fâïm^ de froid, 
ou de vérole 5 d'autres ont pery dans les 
eaux$ plufieurs ont efté pris des enne^ 
fnis, fcn fin, lachofea paru fi extraordi- 
naire 3 qu'vnCapitaine d'y n bourg voifia 
Ta bien fceu remarquera attribuât à au* 
f re caufe îa defolaîipn de ce bour g 3 qu au 
refus qu'ils auoiët fait des Prédicateurs 
deTEuangileran pafle. 

le grofîirois de beaucoup ce Chapitre 
fi iauois entrepris de déclarer icy par le 
menu tout ce qu'il a fallu que les Pcrçs 
ayent fouffert de ces Barbares lefpacc 
de 4. ou 5. mois qu a duré le temps prin- 
cipal de leur Mifîïon Car pour ne rien 
dire de ce qui eft commun à tous les 
Millionnaires de ces contrée^ dont on 
a pu voir quelque chofedâsla demie- 
ïeR dation ;, & qui a efté d'autant plus 
côfiderablecetteannée,queies neiges 
icy ont efté ex traordinairemét hautes. 
A lias vn iour d'vn bourg à vn autre>char 
gez de leur pacquet > fortis qu'ils furent 
dVn petit boquet.ilssétiiérfoudain cha- 
çû vne main les faifir par les efpaules, 
f£ vne voix criant 5 vous eftes morts! 
Àuffi tçft ils fç virent par teirc. Ils 




44 Relation de U Nouueïle France, 
nattendoient en fuittc rien moins que 
ic coup de hache oudecoufteau ; mais 
rien autre chofe ne s enfuiuit. Ils fe rele- 
uent donc , & apperceurenc des Sauua- 
ges tous nuds,qui$'enfuyoientrvn d Vn 
cofté s l'autre del'autrc^ fans qu'on ait 
pu fçauoir ny conjcâurer ce qu'ils 
auoient prétendu en cette action , ouce 
qui auoitarrefté leur deifein. 

Vne autre fois faifans voyage 5 ils fe 
rencontrèrent das les neiges iufques au 
deffus des genoux 5 les pieds dans l'eau, 
& le vêt -fi rude, que deux Sauuages fai- 
fans ce mefme iour le mefmc chemin^ y 
moururent de froid. Vne chofe remar- 
quable fe paffa à la moçt de IVn des 
deux, Cek?y~cy faifoit le voyage auec 
vnefiennefœuriumelîe : la voyant en 
au ffi grand daroger de mourir que luy, il 
prit la peau d'O urs 5 dont eftoît couuerte 
iafœur, &luy donna fa peau où robe de; 
Caftor, comme eftant chaude: & en ef- 
fet la fille refehappa i Se le ieune homme 
mourut. 

A propos de cet a&e de pieté, fen di- 
ray icy vn autre arriué à la Nation 
Neutre pendant que nos Peresy eftoiêt 



de Fa méeiê^U j|£ 

Vn ieunc enfant allant puifer de Peau 
dans vncriuiere glacée , tomba dans le 
trou : vn fien frère en ayant efté aduer- 
ty s'en court aufli toft , & fc iette après 
luy; il fut fi heureux que d'attrapper foa 
petit frerc, &le retirer deleau parvn 
autre trou , encore aflez à temps pour 
luyfauuerlavie, 

La confolation que les Pères ont rc- 
ccu à lafin de leurvoyage 5 a efté > outre 
quelques enfansbapdzezl'année pafféc-- 
qu'ils onttrouué morts , & d autres 
qu'ils ont nouucllcment baptifé 5 de 
voir généralement parlant ces Peuples 
adoucis & appriuoifez de la moitié plus 
que Tannée pafTée; plusieurs qui com-* 
mencent à entendre volontiers parler 
de Dieu, & quelques vns mefmes qui 
fembleroicnt fuffifamment difpo(e£ 
pour le Baptefme , fi l'expérience rre 
nous auoit fait voir qu'enfait de Barba- 
res, le pluftoft baptifer n'eft pas le meil- 
leur. Quelques Algonquins de ce quar- 
tier commencent mefme defia à prier Se 
chanter les louanges de DieuJ L'exem- 
ple de quelques- vns de leur langue 
qu'ils ont veu icy en noftre maifon > &c 



j$ 6 Relation de la Nouuelle France 
d autres dont ils ont entendu parle*** 
leur donne, cefemble quelque fain-* 
de émulation, Dieuialejryeûilleao 
croiftre & confirmer. 

Ces Algonquins nous font d autant 
plus confiderables que nous fçauons 
qu'ils ont commerce auec des Nations 
Occidentales ,oû nous n'auons encore 
pu trouueriiioyë d aborder. Peut-eftre 
eft ce là la porte que Dieu snfon tempe 
nous ouurira 5 fî nous Iuy fommes fàdeleà 
à ce quenous auons en main* 

De la Mifîion des o€nges aux KAttiYLadarate 
ou Peuples de la Nation Neutre. 

Chapitre VII h 







"Efticy vne des Millions iioti- 
uelles, que nous auons com- 
mencé cette année àvnedeâ 
Nations des plus confiderables qui foie 
en ces contrées. Il y auoit long temps 
que Ton iettok lesyeux de ce cofté là, 
conformément au fouuenir de tout 
plein de perfonnes. Mais nombre d on- 
urier5 en langues eft rangeres ne fe trou- 
vent ou nef c forment pas fîwftj fi le S; 



fefprit n'y met la main dVnc'façon ex- 
traordinaire 1 lors particulièrement: 
qu on eft deftitué du fecours & de laflï- 
ftancedeMaiftres. TrucherAens ou In- 
terprètes qui les enfeignent 5 comme 
nous le fommes en ces quartiers. 

En outre 5 ce n'eftoit pas l ordre d'aller 
aux extremitefc^ans palier par le milieu^ 
& de S'appliquer à cultiuer les Nations 
plus eflojgnccs ^deuântquedauoirtra- 
uaillé aux plus proches. Ce qu ayant 
efté fait les années précédentes, nous 
nous trouu âmes en e(tat,au commence- 
ment de l'Automne^de pouuoir deftiner 
deuxGuuriersà cette Mifsion/ansfaire 
aucun tort aux précédentes. 

Geluy fur lequel le fort tomba , fut le 
P. Ican de Brebeuf 3 lequelayant autre- 
fois eitéchoifî, pour nous introduire le 
premier D &établiren ces cÔtréesj&Dieii 
luy ayant donné pour ce regard rne fin- 
guiîere benediétiô 5 nomement en lalâ- 

gue s il sébioit que ce no 9 deuoit eftrc vn 
preiugé de ce que fa diuine Maiefté de 4 

mâdaitenccrencotrejoùileftoitque- 
itiô d* vue introduction toute nouuelle^ 
dans viy Nation différente de lan- 
gage , au moins en pluficurs chofes^ 



4? Relation deU Nouueïle France 
&CML* (s'il plaifoità Dieu donner fa bè± 
îiediétion) il feroit neceffaire deftablir 
vne demeure fixe^& permanente , qui 
feroitlaretraittedes Miffionnàires d'a- 
lentour, comme celte- cy où nous forcî- 
mes à prefent , Feft des Miffionnàires 
des quartiers de deçà, 
Celu'y qui -luy fut donné pourcompa- 
gnon fut le Père Iofcph Marie Chau- 
raonot, venu de France Tannéà d'au- 
parauanc que fon auoit reconneu très- 
propre pour les langues. 

Cette nation eft grandement peu- 
plée : Ion y conte enuiroli quarante 
bourgs ou bourgades/ Partant de nos 
Murons pour arriuer aux premiers Se 
plus proches , on chemine quatre où 
cinq iournées $ c'elt à dire 5 enuiroa 
quarante lieuës^tirant toufiours droit au 
hud. De forte que nous pouuons dire* 
que ii félon la dernière & plus cxa&c 
obferuation qu'on a pu faire , noftre 
nouuelie maifoodeSainéte Marie (qui 
eftau milieu dupais des Hurons) eftà 
quarante quatre degrez& enuirô vingt 
&cinq minutes d'eflcuatîon , l'entrée 
de la Nation Neutre du cofté de nos 

Hurons* 



de l'année le %t. ïa 

Huions, aura «Teflcuation 42.dcgrez 8e 
demy où enuiron. Car de penfer en fai- 
re pour le prefentvne plus exade re- 
cherche & obferuation dâsle pais mef- 
mc,c'eft ce qui nefe peut. La Veué du 
ffiul inflrument feroit pour porter ài'cx- 
tremitéceux quin'ont çû fouffrir celle- 
des efcritoires, comme nous verrons cf 
après. , 

Du premier bourg de la NationNeu- 
îre, quel'on rencontrey arriuant d'icyy 
continuant de cheminer au Midy ou 
Sudeft 5 ilyaenuironquatréioutnêesdè 
chemin iufques à lemboucheurcde la 
Riuiere fi célèbre de cette Nation, dans 
l'Ontario ou lac de S. Lôuys, Au deçà 
de cette Riuiere, & non au deià,comme 
le marque quelque Charte, font la plus 
part des bourgs de la Nation Neutre^ 
Il y en a trois ou quatre au delà , rangea 
d'Orient à 1 Occident; vers la Nation 
du Chatj bu Erieehronfcs. 

Cette RiuiereouFleuùe , efl ceîuy 

parlequelfedefchargenoflregrandlad 
des Hurons, où Mer douce,- qui fe rend 
premièrement dans lclacd'Erié,ou de 
la Nation du Ghati & iufques là elle 

d 



50 Relation de la Nouuelle France 
entre dans 1er terres de la Nation Neu* 
tre.&prcnd le nô d'Ooguiaahra^iufques 
à ce qu'elle Te (bit defehargée dâs l'On- 
tario ou lac defaind Louys 5 d'où en 
finfortlefleuue qui palTe deuantQue- 
bcK,ditdeS Laurent Defortequefï 
vnefoisoneftoit maiftrede la cojftcde 
la mer plus proche de la demeure des 
Iroquois 3 onmonteroit par le fleuuede 
fain<£t Lautens fans danger > iufqucs 
à la Nation Neutre 5 & au delà de beau* 
coup; auec efpargnc notable de peine 8ë 
de temps. 

Suiuantreftimedes Percs qui y ont 
efté , il y a bien au moins douze mille 
âmes dans toute Teftenduë du pays qui 
fait eftat de pouuoir encore fournir qua« 
tre mille guerriers,nonobftant les guer- 
res, la famine, & la maladie qui depuis 
j.ansyontextraordinairemétregné. 

Apres tout , ie croy que ceux quionî 
autrefois donné tant d'étendue à cette 
Nation, &luy ont donné tant de peuples 
ont entendu par la Nation Neutre, tou- 
tes les autres Natioras qui (ont au Sud 
&S.uroùeft de nos Hurons 5 qui en ëffcéi 
font en grand nombre^mais quia» c©m- 



âe l'année ÏS41. 51 

fciencemcnt hayans elle connues que 
confufémcnt^auoicnteftéprefque cô- 
prifes (dus vn mefmc nom. La cognoif- 
tance plus grande qu on a eue de puis ce 
temps là , (bit de la langue , (bit du païs> 
â fait qu'on à diftihguédauantage. 

Au refte, de plufîeurs Nations diffé- 
rences dont on a maintenant la co^noife 
f ahee y il ne s'en trouue pas vne qui n'aie 
commerce ou guerre atiec d'autres plus 
cfloignées. Ce qui confirme qu en ef- 
fetlamultitude e(t grande de ces Peu- 
ples qui nous relient à voit ; &quc s'il 
h'yapasencoregrademoif&oàfaireil^ 
a de grands champs à labourer &femer^ 
NosFrancoisquil.es premiers ont efté 
îcy,ont furnommé cette Nation, la Na- 
tion Neutre > & non fans raiton. Car ce 
païs eftant le paflage ordinaire parterre 
de quelque Natiô d' îroquois & des Hu- 
rôs ennemis iureZjils fe côferuét en paix 
égalemétauecles deux. Voiremefmc 
autresfois les Hurons & les Iroquois 
fe rencontrans en mefme cabane du 
fnefme bourg de cette Nation 5 les 
tûs& les autres eftoienten affeutance 
tant qu'ils n e fortoient à la campagnol 



j 2 Relation deU Nouûeîlç France 

mais depuis quelque temps la furie dei 
vns contre les autres eft iî grande qu'en 
quelque lieu qu e ce foit, il n'y a pas d'a£- 
feurance pour le plus foiblc, particuliè- 
rement s'il eft du party Huron, pour lé* 
quelc^tteNation 5 po^rlapluspart 5 feni* 
bleauoîr moins d'inclination. 

Nos Hurons appellent là Nation 
Neutre Attiwandarônit 5 comme qui di- 
roit, Peuples dVne langue vn peu diffe- 
rente:car quant aux Nations qui parlenl 
dVne langue qu'ils n'entendent aucu* 
hément 3 ils les appellent AKtfanà&e , de 
quelque Nation qu'ils puifï'ent eftrc* 
comme qui diroit eftrangers. Ceux de 
la Nation N eutre réciproquement pouf 
lamefme râHbn appellent nos Hurons 
Attitfândà^on&. 

Nous àuôns tout fujet de croire qu'il 
fty a pas longtemps qu'ils ne faifoient 
tousquVn Peuple , & Hurons & Ira- 
quois 3 & ceuîC de la Nation Neutre $ & 
qu ikriennent dVne mefrrie famille^oii 
de^quelques premières Touches abor- 
dées autrefois aux codes de ces quar- 
tiers. Mais que par jfucceflion de temps* 
lîsfefentefîoifnex &: feparex les tus 



de F année I £4 r . y j 

des autres v qui plus, qui moins de de- 
meure, dinterefB & d'affeâion: de for- 
te que quelques vn$ font deuenus en ne* 
mis, d'autres Neutres 5 &d'£utres font 
demeurez dans quelque liaifon & com- 
munication plus particulière. 

Ces Peuples qui font Neutres entre 
les Hurons & les Iroquois 3 ont de cruel- 
les guerres aucc d'autres Nations Occi- 
dentales • & particulièrement auec les 
Atfîftaehronons, ou Nation du Feu : de 
laquelle Tan pafTé ils prirent cent pri* 
fonniers 5 &: cette année^y eftans retour- 
nez en guerre auec vne armée de deux 
mille hommeSj ils en ont encore amené 
plus de centfeptante: enuerslefquels il S 
fc comportent qaafî auec les mefmç 
cruautez que les Hurons enuers leur 5 
ennemis 5 toutesfois ils ontceladcplu$> 
q\id$ brufjkntles femmes prifonniçrcs. 
deguerre > auffi bien quelcshommes : 
ce que ne font pas les Hurons , qui 5 ou 
leur donnentia vie, ou fe contentent de 
ks afTomaier à la chaude D &: emporter 
quelque partie du corps. 

Le viure & le veftir de cette Nation 
m temhlp p4$ beaucoup différent de de* 

d ii| 



1 4 MehtJonde la Nouuelie France 
îuy de nos Huions, llsontleblcà dlli* 
de , les hizoks &les citrouilles en cf- 
gale abondance. Lapefche pareille- 
ment y feixible efgale 5 pour l'abondan- 
ce de poifïon , dont quelques çfpçce*. 
le trouuent çn vn lieu , qui ne font point 
en l'autre. Ceux de la Nation Neu- 
tre remportent de beaucoup pour la 
chaffe des Cerfs, des Vaches & des 
Chats fauuages, des loups, desbeftes 
noires > des Caftors Vautres animaux, 
don t les peaux & les chairs font precieu- 
fes.L'abotjdâcedechairyaeftégrande 
cette année pour les neiges extraordi- 
naires qui font furuenuë^quioni facili- 
$é la chaffe. Car eftant choie rare que dç 
voir dans le pais plus dVn demy pied de 
neige 5 il y enauoit cette année plus de 
crois pieds. Ifr ont auffi quantité de coqs 
d'Inde fauuages 5 qui vont par troupes 
dans les champs &: dans les bois. 

Pourierc'fraifchiffcment des fruifts, 
ilnes'y en trouue pas plus qu'aux Hu- 
rons 5 fi ce neft des chafiaïgncs dont ils 
OXit quantité , & des pommes de bois, 
yn peu plus groffes. 

Ils vont couucrts d'vne peau fur la 
cliairnuecommctouslesSauuageSiînai^ 



del 'année 164I. 5$ 

aisec moins de retenue que les Hurons 
pour le bray é , doc plufieurs ne fc feruét 
point du tout : d'autres s'en feruent, mais 
pour l'ordinaire de la fQrtequàgrâdpei- 
ne ce qui ne fedoit voir fe trouue caché. 
Les femmes toutefois font ordinaire- 
ment couuertes au moins depuis la cein^ 
tare kifques aux genoux. Ils fe&iblent 
plus jdelb ordez & impudents en leuics 
impudicitez, que nos Hurons. 

Ils paffent leurs peaux aucc beaucoup 
de foin & d'induCtric^ s eftudient à les 
enjoliuer endiuerfes faços^mais encore 
plus leur propre cor ps.fur lequel depuis 
1? îefte iufqu aux picds.ils font faire mil- 
le diuerfes figures auec du charhan pie- 
que dans la chair, fur laquelle auparauât 
ils ont tracé leurs lignes. De forte qu'on 
leur void quelquefois le vifage &i'efto- 
mae figuré, cô me le font en France les 
morions & les cuiraifes & les hauflecols 
des gens de guerre, & le reft e divcorps; à 
Faduenant. 

Pour le refte de leurs couft urnes & fa- 
ços defaircjls font prefqueen tout sem- 
blables aux autres Sauuages de ces con- 
irçes^pecialemët enlcur irreligiô&gon 

4 Mi 



L 



\6 RehtionieU Nouueîle France, 
pernemét,foit politiqj foit œconomiq^ 

Il y a toutesfois quelques chofes en 
quoy ils femblent yn peu differéns dç 
nos Hurons. Premierement^ils paroif- 
(eût plus grâds, plus forts& mieux faits. 

S econdernen 1 3 lafFcÊiiô enuers leur§ 
morts, fembleeftre bien plus grandie. 
Nos Hurons incontinent âpres lamort, 
partent les corps au cime tierç 5 &nelcs 
enrciîrçntque pourlafeftedes Morts; 
©eux de la Nation Neutre , ne portent 
les corps au cimctiçrc qucleplustar4 
qu'ils peuuentj lors qu c h pourriture les 
ïendroitinfupportables. D'où çç fait 
que les corps pafTent fouuent Thyu^ 
entier dans les caban eSj& les ayant vnc 
fois mis dehors fuç vn cfçhafïaut pour 
pourrir 3 ils en retirent les os le pluftoft 
qu'il fe peut 3 & les expofent en veue>ar- 
rangez de cofté & d autre dans leurs ca- 
banes D iufques à la fefte des Morts, Cet 
pbje<f$ quils ont deuantlesyeux 3 leurre- 
ïxouuellant continuellement le reflenti- 
ment dcleurs pertes D leurfoit ordinai- 
rement ietter des cris y & fairedes la- 
meiitatiojnstoutà fait lugubres, le tout 
en c^ianfon. M ais cela ne f e fait que p^ç 
|çs fermes . 



de F année lé 4^* 57 

Latroifîcfme chofe en qixoy ils (cm- 
frlent différons de nos Hurons, c'eftcn 
la multitude^ qualité des fols. On. ne 
trouue autre chofe, allant parle pays^ 
que des gens qui font ce perfonnage 
âuec toutes lesextrauagances poiïibles, 
& libertez qu'ils prennent 5 & qui font 
tolérés de faire tout ce qui leur piaift* 
crainte de defpiaireà leur démon. lis- 
.jettent &: efparpillent les biaifcs àcs 
£oycrs 5 rompent & hrifent cp qu'ils ren- 
contrent, comme s'ils eftoiéfit furieux, 
quoy qu'en effeâ:, pour la plus part ils 
foientaufïiprefensà eux iuefmes, que 
ceux qui ne font pas ce perfonnage- 
Mais ils fe comportent delà forte) pour 
donner, difent-ils "; ce contentement à 
leur démon particulier, qui demande Sç 
exige cela d eux : fçauoir à celuy qui 
leur p^rle en fonge, & qui leur fait efpe- 
rcr raccoicpliffcmcnt de leurs fouhaiçs 
pour le bon fuc^z de la chalïe. c 

Les Pères cftans en ces quartiers ap - 
prirent que lesOneiochronons'Cqut font 
yne des cinqNationsd'IroquoLs)auoiét 
vne faconde gouucrncmcnt fort parti- 
culier. Les hommes &ç les femmes y 



| S Relation âeli NouueUe France 
manient alternatiuement le* affaire$:de 
forte que fi c'efhnaintenâtvnhome qui 
les gouperne, ce fera après fa mort vne 
femme, qui de fon viuant les gouuerne- 
xz à fon tour , excepté ce qui regarde la 
guerre^ & après lamort de lafemme 5 ce 
fera vn homme qui reprendra derechef 
le maniement desaf aires. 

Quelques anciens racontaient à nos 
Pères qu'ils auoient cognoiflance d'vne 
eeitaiaeNaUÔOecidétale 5 ver$ laquelle 
ils àlloiê t faire L guerre, qui n'eftoit pas 
beaucoup cfioignée delà mer» Que les 
habiï as du lieu y pefchoiét les Vignots-* 
qui font vneefpece d'huiftres.dontref- 
caiile fert à faire la poureelai nc.qui font 
les perles du païs Voicy la façon qu'ils 
defenuent leur pefche* Ilsobferuenc 
quandl^ mer more aux cndroirsoùcc^ 
Vignots abondents&lors que la violen- 
ce des flot s les pouffe vers [e- bord, ils fe 
iettentà corps perdu dansles eaux > Sç 
p faiiiiTcnt de ceux qu'ils, peuucnratrap- 
per. Ils en trouuent quelque fois de il 
gros, que celt tout ce qu'ils pètsuent 
faire quç d'en cmbrafîer vn. Or p!u- 
leuîs aifeurent v c^u'il faut que cefoient 



de T Annie l6qi. 59 

feuncs gens qui n'ayent encore eu co- 
gnoiffance de femme, quifaflent cette 
pefctie^qu'autrement ces animauxfe rc- 
îirét d'eux. le m'en rapporte à la vérité. 
Ih racomoient que ces mefmcs Peu- 
ples ont vnc cfpece de guerre auec cer- 
tains animaux aquatiques, plus grands 
& plus légers à la courfe queics Ori- 
gnaux. Les ieunes gens vont agacer dâs 
Feau ces animaux^qui ne manquent pas 
guflïtoftdegaignerJaterre, & pourfui» 
ure leurs agrefïeurs. Ceux* cy fe (encans 
fuiuis de trop ptésàettcnt quelque pièce 
iîe cuirjCÔmcïouiiersfauu^geSîà ces ani- 
maux qui s^mcilét&s^ulen t;, peu dât 
que les chaffeu rs gaignent le deuât : qui 
autant de fois qu'ils le Tentent fuiuis de 
trop prés \ font le mefme que la premier 
re fois, iufques à ce qu'ils foient am- 
uez à vn foi t ou embufeade dVne trou- 
pe de leurs gens 5 qui enuironnans la be- 
îte, s'en rendent en fin les maiftres. 
Voila ce que &ousauqns aprisdcplus 
çonfiderable de ces contrées. 

Plufieurs de nos François qui ont 
çftéicy 3 ont Mt autrefois voyagé en ce 
|>^ïs dclaNatiôNcutre,pour en tirer lis 



o Relation de U Nouueiïe France 
profits &: les auantages de pelleterie, & 
autres petites denrées qu'on en peut ef- 
perer. Mais nous nauonscognoifTance 
d aucun qui y foie paffé à deffein dy 
prcfcherTEuangile, (mon du Rcuerendt 
Père lofephde Ja Roche Dailion Re- 
eollcft,- qui en 1626. y fit vn voyage 3 & 
y pafTa Thyuer. Mais les François qui 
eftoient pour lors icy p ayans appris le 
mauuais traittement qu'il y auoit reçeu,- 
craignans que les choies nepafTafFçnt à 
rextreniité 3 Ie retournèrent quérir, & ra- 
menèrent au Printemps de Tannée d a- 
pres. Le aelequi porta le fufdit Perc& 
fairece voyag^auffi toft qu'il eut mis le 
pied aux Hurons, neluy ayant pas per- 
mis de fe i ormerauparauant à lalangt^ 
é k trouuant la plus part du temps fans 
Truchement, il eftoit contraint d'in- 
ftruire ceux qu'il pouuok 3 pluftoft par li- 
gnes que de viue voix . comme il racon- 
tcluy-mefrneen vne fiennelettre im- 
primée. Cela ioint aux mauuais tours 
c^ue luy louèrent po^r lors les Hurons^ 
qui craignoient le rranfpof t de la trai- 
te 3 (cm biables à ceux dont nous par- 
lerons tantoft'-, ne luy permit p^s en 4 



de? année i6q\> 6l 

peu de temps, de faire ce qu'il cuit défi- 
lé pour le feruice de Dieu. 

Quatorze ans donc après ? les deux 
Percs denoftreCompagnie 5 quiont eu 
charge de ectto Miffion D partirent de 
cette Maifon de S. Mariette fécond iour 
deNouembrc de 1 année pafïée 1646, 
Arriue£ qu'ils furent à^S. lofeph ou 
Teanauftajae dernier bourg desHuronSj 
eu ils dcuoient faire leurs prouifions 
pourleur voyage, Sttrouuer des guides 
pourle chemin. Ceux qui leurauoient 
donné paroîeleur; ayant manqué , ils ne 
peurent faire autre chofe , f que de s-ad- 
dreffer au Ciel } après quelque vœu fait, 
le Père de Brebeuf, rencontra vn ieune 
homme qui n^auoit aucun delfein de fai- 
re ce voyage,ïe nefçay par quclmouus- 
mentil s addreffa a luy , quoy que c'en 
loit,ne ftiy ayant dit que ces deux mots* 
Quioacicye.-fus allons nous-en de côpa- 
pagnie ; ce ieune homme fans refiftancs 
les fuiuit fur le champ, & leur tint iîdel- 
le compagnie. Il s auoient aucc eux deux 
de nos François domeftiques,tant pour 
les affilier en leur voyage que pour prë- 
dre le prétexte de trafiquer par leurs 



$ % Relation dtîa Nouvelle France 
mains ; &pafler comme marchands darii 
te païsGn cas que fans cette côfîderatiô 
les portes dés cabanes leur deufséc eftre 
ferméeSjCômme en effet il fat arriué. 

Ils couchèrent quatre nuiéfcs dans les 
bois,^ le cinquielme iourils arriuerent 
au premier bourgdela Nation Neutre* 
nommé Kands/cho , qu'ils furnomme- 
rent de tous les Sain&s, 

Comme on n'ig&oroit pas la rnauuai- 
fe dif position des cfprits de ces Peuples^ 
abreuuez feulemeùc de tous les mauais 
difeoursqui s'cftoienttenHsdc nouscii 
nos quartiers les années pafïées 5 & qui 
nVnauoiêtd'ailieursautrecônoiirance^ 
on iugea à propos d'y aller auec prefenS 
& de vife'r à quelque affemblée des 
Capitaines & Anciens que Ton efclair- 
ciroit de nos intentions.. 

Ilfolloit pour cedeffein s'addrefferà 
celuy des Capitaines qui manie les af- 
faires du public 3 nommé TfohahiiTea. 
Son bourg eftohâu milieu du païs : pour 
y arriuer il falloit paflfcr par plufîeurs au- 
tres bourgs & bourgades : âufquel- 
les les Pères arriuans ils eftoient tous 
cftonnez , que leffroy auoit marché 
deuant eux > &: auoit par tout fait fermer 



dé Tannée 1641* é$ 

lès portes des cabanes. Le nom d'Echon 
(quieft celuy quelesSauuages ont dcU 
nédetouttempsauP. de Brebcuf) rc- 
tentiffoit pat tout 5 cômc celuy d'vn des 
plus fameux forciers ou démons qu'on 
Te fut iamais imaginé Toutefois le pré- 
texte de la traite adoucifïbittout 3 &cétc 
confideratiÔlesfîtarriueraffczheureu- 
femétiufquesau bourg de ce principal 
Capitaine , qui fe trouua eftre allé à U 
guerre, pour ne reuenir qu'au Printéps* 
Nos Pères s adrcfTent à ceux qui en Cotx 
abfencc faifoient les affaires, ils leur ex- 
pofent leur defTein de publier l'Euangi- 
îe par toute Tcftendué de leurs terres, Se 
de contracter par ce moyen vne parti- 
culière alliance auec eux. Pour preuue 
dequoy ils auoient apporté vn collier dû 
deux mille grains de poureelaine, dont 
ils defiroient faire prefent au Public* 

Les Capitaines après auoir tenu con* 
feiljdirêtpourrefponfe, Que le chef du 
païscftâtabfcntjonnepouuoitdeuâtsô 
retour accepter les Presës 5 quifeiô leurs 
couftumes, les obligeoientà en faire de 
réciproques. Que fï nous voulionsatte-* 
dre iufques là nouspouuions cepéndaal 



&4 Relation de U NouueHe Frdhce 
aller librerfrent dans le pns 5 poury dôtl^ 
îîer telle inftruâipn- quil nous plat- 
roi t. 

Rien , cefcmbîc^riepcuuoitarnueir 
plus à propos poiir donner temps d'in- 
former en particulier quelques-vns des 
plus Anciens, & commencer à §ppri- 
uoiferces êfpritsfauuages* Mais deuanfe 
quecommencer 5 *les Pères logeront à 
propos de retourner fur leurs pas pour 
reconduire nos domeftiquès hors du: 
païs 5 puis reprendre pour la féconde 
fois leur chemin v & commencer leur 
fon&iom Ce qu'ils firent 3 mais le pré- 
texte de la trai&e leur manquantes eu- 
rent bien àfouffrir en fuitte de mille ca- 
lomnies quofr'fufcit'bk à l'occafîon de 
leur voyage. 

Nos Huroris difoient, qu'Echon met* 
tant pour la première fois le pied dans 
leur païs,auait dit: î'yfêray tant dan- 
nées [ pédant lefqtrelles ïcn feray inoi£- 
fïrtant, & puis i'iray aiileuts en faire 
autant^iufques à ce que i aye perdu tou- 
te la terre. 

D'autres difoient } «qu'Echoit âpres 
aitoir fait mourir par maladie rme partie 

des 



r detannéeiiqt ç. 

■ûe$ tintons , eftoic allé fair^e alliance 

aueclesSonontyheronons.quifontvné 
Nation d'Iroquois ; la plus redoutées; k 
plus veafine de nos Hurons 5 comme 
ri'eftans efloignez que d'vne iournéé 
du dernier bourg de la Nation Neutre 
ducoftéde rOrientjnommê Onguia- 
ahrà, du mefme nom que la Riuiere. 
Qu'illcseftoitaliétrouucr pour leur 
faire prefent de colliers de pourcelaine 
&fersdeflefche, &les excitera venir 
acheuer de ruiner le pais. 

D'autres nous aduertifloient à roreifc 
le, que nous priflïons garde à cette affaiJ 
ïe. Qu'il n'y auoit eu autre caufe du 
mafïaeredVn deno« François faiticy 
il y a quelques années , que des voya- 
ges femblables.qui mettoient le pars en 
iaioufîc,& en erainte du tranfport de la, 
traite. 

D'autres difojentqueîorsqu'onauoiÊ 
enterré cet excellent Ghreftienîofcph 
Cni^atenhyâjEchon fe tournant du co- 
fté dupais des Sonontvehronons, qui 
rauoicnttué.dit tout haut (Sonontye- 
hronon , c'eft fait de toy, tu es mort ) Si 
qu'auffi toft après le Père s'eftoit aehe- 

e 



6ê Rehtiûn de h Nouueîle France 
miné vers leur quartier pour leur porte^ 
la maladie 5 laquelle en effeâ: fe trôuuoit 
parhiy les ennemis bien forte 5 pendant 
lefejout des Pères à la Nation Neutre* 
Surquoy les H u rails nous pribient dd 
prendre bon courage , &r de faire mou- 
rir tous leurs ennemis; 

le ne Pçay fî depuMeur départ iufqueS 
à leur retour il s'eft paffé fepmaine 3 
qu'on ne nous foit venu apporter nou- 
ueileSj quayans efté trouuez dans là 
Nation Neutre par les ennemis , ils 
auoient eflé maflacrez de leur main. 
Mais ie ncfçaysllya à douter 5 fi ces 
bruits ne venoient point delà part des 
Barbares de nos quartiers mefmes > qui 
couuoient de long temps quelque mau- 
vais defîein^ qu'ils voy oient ne pouuoir 
iamais exécuter plus impunément que 
pour lors 3 ce mafTacré deuant eûre attri- 
bué à tout autre piuftoft qu à eux j &le* 
quelfe faifant dans vne Nation eftran- 
gerCjleurpaïs n'en demeuroit aucune^ 

ment refponfable. 
Quoy que c'en foit.iî eftafreûrêquvri 

deftosHurons, nommé A.^enhoKtfi 3 ne* 

ireu dVn des principaux Capitaines d# 



£épa 



de l'année ié^ù 'fy 

/aïs. en compagnie dVn autre Huron 
icrté par plufieurs bourgs de h Nation 
NcutreJors qaenos Pères y eftoientj i'e 
difawtenuoyé de la part des Capitaines 
& anciens de ce quartier , auec prefens 
de haches qu'il môftroifc,pour dôner ad- 
uis aux Capitaines que l'on fe defîft de 
ces François,s'ils ne vouloiét voir la rui- 
ne du païs 5 pour ne nousauoir pas preue- 
nu.Et ces porteurs d'aduis adiouftoient 
qu'en cas qu'ô fift refus de faire le coup, 
«juela refolutiô eftoit prife aux Hurôs, 
del'executer incontinent après le re- 
tour des Pères: & que la chofe eut défia 
cfîé exécutée fî nous! ne nous fuffions 
tous ralTemblez eufernble en vne mef- 
memaifon. 

Cet A&enhokyi ayant en fon chemia 1 
rensôtré les Pères dâs vn bourg, leur fît 
mille carciTes 5 & les inuitoit & quafî for- 

çoitdecôtinueràcheminerplusauâtdâs 
le pais auec luy.Mais eux ay as à faire ail- 
leurs le lauTerentaller.Depuisayâsapns 
les difcours& propofitiôsdu perfonage 
ils ont fait réflexion auec quelques Sau- 
tiages du païs , fur le deiTein que pouuoit 
auoir eet A^cnhoic^i, lespreilànt fi fore 



.68 Relation âeU MouuèÛe frmct 

de faire voyage auecluy; & ils n'en ont 

rien conie&uré que de mauuais. 

Ccluy-cy , quoy que le plus dange- 
reux,nefutpas toutefois le plus effron- 
té. Mais vn nommé Oëntaraeftant ve- 
nu à la Nation Neutre, après auoir en» 
tretcnulepaïsdetous les mauuais dïf- 
cours & calomnies, dont les précéden- 
tes Relations font pleines f Que nous 
noutiffions la maladie à noftre maifon ; 
que nos eferiturcs nettoient que for- 
ccllerics r que nous auions fait mourir, 
tout le monde dans lesHurons , fous 
prétexte de pref ens : que nous nous dif- 
pofions à faire mourir toutlereftcde la 
terre. Adiouftoit, qu'on euft hardiment 
à nous fermer par tout les portes des ca- 
banes , fi on ri* en vouloit bientoft voir 
ladefolation. Etil fut fi impudent que 
de fouftenir le tout en prefenec de nos 
Percs , & de quelques anciens du pais, 
qui voulurent confronter les vns auec 

les autres. 

OrquoyquelePerede Brebeuf ré- 
futa pertinemment tous ces mauuais ef- 
prits,leur fermât à tous la bouche , & les 
ïempliuantdeconfufion: Si eft-ce que 



ie td,nnêcl6éfi. 6 S 

le venin vne fois ietté ne fortoït pas fï fa- 
cilement du coeur de eespauures barba- 
res qui craignet tout, pour ne pas cônoi. 
ftre celuy qui feul mérite d'eftre craint 
& redouté. Etplufîeurs autres Hurons 
funienus là delïiis 5 qui confirmoient 
tous ces difeours, donnèrent en fin tant 
d ombrages de nous aux chefs & aux 
Capitaines j qu'au bout d'enuiron deux 
mois & demy que les Pères auoient 
commencé leur fon&ion , ceux à qui ils 
çeftoient adreffeE au commencement, 
pour tenir confeil , & qui auoient ren- 
voyé 1 affaire au retour de Tfohafaiffen 
principalCapitaine 5 lesmanderét&leuf 
déclarèrent le pouuoir qu'ils auoient de 
décider les affaires prenantes , en l-ab> 
fenccdeTfohahiffen. Qu ils comraen- 
çoient à iuger que noftre affaire eftoit 
de cette naturel partant qulls en tou* 
loient délibérer furie champ. LàdcC* 
fus faifansmiine de tenir confeil, &: dcîb* 
bereriurcet affaire deiïa reMuë par 
entr'eux;, l'vn d'eux s'approcha des Pè- 
res pour leur intimer le refukat, qui 
eftoit; qu'on refufoit leur prefent. Les 
Pères dirent que ce n eftoit pasiafeuk 

c ixj 



f b Relation de h NouueÏÏe franco 

çhofe qui les amenoit • mais principal 

lement le defîr de leur donner la cônoiA 

fanée dVn Dieu , & defon Fils lefus- 

Chrift noftre Seigneur, & partant qu'ils, 

defîroient fçauoir s'ils refufoien t d .'eftrc 

enfeignez^auffi bien qu'ils refufoient le 

:>refent. A cela ils rcfpon dirent a Que 

30ur la Foy qu'on leur auokprefchée 3 il$ 

; .'acceptaient, n'y trouuans rien que de 

bon; mais que pour le pre(ent ils lerçfu- 

fbient allument* 

Les Pères allez contens& fatisfaits 
de cett^refponfe* comme penfans auoia; 
le principal de £e qu'ils prctçndoient, 
qui eftoit la liberté de prefcher&publier 
FEuaîlgiledansîepaïs^ugerétcepçndât 
à propos de demander la caufç du refus 
du prefent ydifans auoir eu commiffioA 
de le faire J &eftre obligez de rêdre c&- 
pte de ce refus. Ils dirent au cômenec- 
ment que le Fifo eftoit pauure, & qu'ils 
n auoiët moyen de leur en faire de réci- 
proque Les Pères firét refponfe que s'il 
n'yauorquecela, ils nefîffent point de 
difficulté d'accepter le presét, qu'ils re- 
nonçaient au retour, & à la recognoi'Ê- 
gnec de cette nature 5 qu'il leur {uffifoit 



de Famée le 41. jà 

qu'ils nous tinflfcnt pour frcres. Ils pcrfi- 
Itèrent au refus, &ne pouuans apporter 
de prétexte qui ne fuft au0ï toft leuç ;en 
finie chef duConfcil dit,Hé!quày doc, 
ignorez- vous ce qu'A^vnhcKyi dît 3 f% 
eft venu faire icy ? & en fuite c le danger 
qU voixs elles, &où vous mettez le païs? 
A cela on s'efforça de refpondre com- 
XXie au refte 3 mais on ne trouua plus dq- 
reiile capable d'étëdre^l fallut, fe retirer^ 
Les Pères cependant ne fe tinrent pas. 
chaffez du P^ïs par i'iifuç de ce Con- 
fciU Us ingèrent bien toutefois que fi 
par le pafle ils auoient §u,de la pein e, al- 
fans parles bourgs ils en auroient do* 
refhauant plus que iamais, Eneffeét ils 
napprochoientpas pluftoft dVn bourg, 
qu'on çrioit de tous coftez 5 voiçy ; le§ 
Âg&a qui viennëtÇc'eft le nô qu'ils don- 
nent à leurs plus grâds ennemis) barres 
vos portes: de forte que les Pères fe pre- 
fentans aux cabales pour y entrer fe^* 
Ion Tordre & la couftume du, païs^ 
*i a y trouuqicnt pour l'ordinaire quç 
vifage &ç bois ? n*eftaus regarde? que 
çqmn^e des forciers qui portoien£ 
h nrart 5ç le malheur par tout : quç § 



fi Relation ie U Nouueâe Franc* 

d'aucuns les reccuoient.ccftoitfoilîucnt 
par crainte qu'ils ne fe yangcafïentdu 
refus , que pour fcfpcrance quqh euft 
de grand profit, Dieu fe f eruant de touç 
pour nourrir fesferuiteurs. 

Au refte , il oeil paè croyable dan$ 
quelles frayeurs les dif cours de nos Hu* 
rons auoient ietté les efprits de ces pau-* 
urcs Barbares^ défia de leurnaturel ex- 
trêmement défîans 3 particulièrement 
de$cftrangefs,&fur tout de nous, def«* 
quels ils n'auoient iamais entendu que 
du mai; Tous les difcoiurs & les calom- 
nies forgées par nos Hurons, les années 
précédentes 5 ayant dés lors rcmply 
leurs oreilles & leurs efprits. La fculç 
veuê des Pères faits & veftus dVnc fa- 
çon frefloignée de la leur, leurs démar- 
ches, leurs geftes, & tous leurs, deporte- 
xnenslcur fembloient autant de conui- 
£tion & de confirmation de ce qu*oa 
leur auoit dit. Les Breuiaires , eferitoi- 
res & eferitureseftoient cenfez p^r eujç 
ïnftrumens de magie; s*iJs fe mettaient 
à pder Dieu, , e eftoit iuftement dans 
leur idée, exercice de forciers. Ondi- 
foit qu allans au ruifleau poudauer leurs 



deF*nnM6$n j$ 

pîats,ils cmpoifonnoisnties eaux : que 
par toutes les cabanes par toutou ils paf« 
ibieut , lescnfaascftoictntftifîsdvnc 
toux &: dVn flux de fang; queles fem- 
mes deuenoient fteriles. $ref, il n'y 
auoit malheur prefent & à venir > donc 
ils ne fufîent confiderez comm.t la four- 
Ce. Et plufieurs de ceux ehea lef quels 
cftoient logez les Pères , n'en dormoiët 
ny iour ny nuidt : ils n'ozoient toucher 
à leur refte , ils rapportaient leurs pre- 
fcnSjtcnans tout pour fit ; pe&. Les bon- 
nes vieilles fe tenoient défia pour per- 
dues^ neregrettoient que leurs petits 
enfans 3 qui euïTent pu repeupler la 
terre. 

Les Capitaines ïntimidoient IcsJPc- 
resdelarriuée des Sononttfchronons , 
qu'ils affeuroient n'eftre pas loin. D'au- 
tres ne diflimuloient pas que nos pre- 
fens n'ayant pas efté acceptez * c'eftoit à 
dire, qu'il nyauoit point d'afTcurance 
pour eux au pa*s. L'infolence fur tout, 
& la tyrannie de quelques hoftes eftoit 
infupportable, qui leur commandoient 
comme à des etclaues, & voûtaient en 
tout eftre obeïs. Quelquefois ils ne leur 



74 Relation de h NtruucHe France 
çÎQnoientprefque rie pour viure^&daui 
tresfûisîlsles côîraignoiét daller chez 
tous leurs parens 5 pour manger ce qu'on 
leur prefenteroit, & puis payer ce qu'ils 
ordonnçroiçnt. 

Bref on ne parloir plus que de tuer Ss 
inâger ces deux pauurcs Pères. Les fols 
cependant cuiraient par les jbourgsâe 
par les cabales. Trois vnefoispour va 
coup entrent nudsconielamain 5 das 
la cabane où iig ftqient$ & après y auoir 
fait plusieurs to H ; ; de leur rnelHerVs'en 
allèrent i âmtÏM fois ces£Uss;enve« 
noient aiïcolr pioche <ïeux y &dçman« 
doient à fouiller dans leurs iacs;& apn .. ' 
leur âuoir rauy ce qu'ils auoient entre 
les mains, s'en alloierçt faifans les fols* 
Bref 3 il fçmble que les Pères fuiTenf 
cornai ç yriç balle de laquelle l e ioûoiét 
les démons ^u indien de ceti e Barbarie^ 
mais auec ordre de la diurne Prouiden- 
çe 3 que rien ne leur manquât!, Comme- 
en effeâ en quatre mois qu'ilsontefté 
là , rien iapiais ne leur a manqué de ce 
qui eftoit necelfairepour la vie v hygi^ 
fte 3 ny nourriture fuffifante, & fe ioqÇ 
iQufïoursbien portez parmy despeines 



de tannée lê^îl • jf 

'fc des incommoditez , qui fe pcuucnt 
îîîicux conççuoir qu'expliquer. Leur 
induftiîc cpijfiftpir à faire .prouifion 
de quelque pain cuit fous la cendre, à 
]a mode du païs ,, qu'ils conferuoient; 
les trente & q^aïaatc leurs durant ? pour 
s'enferuir d^nsla neceflitç^. 

Les Pères ont parcouru en leur voya- 
ge dix-huiâs bourgs ou bourgades $ à 
tout €5;lefqii elles ils ont donné vn signa 
Chreftien 5 duquel no ^nous feruirons 
cy après au^ occafîqi^ , Ils fe font arre- 
fteE partiels iieremen; i dix -,auf quels il$ 
ontdonnèautâtd-inftrudîon qu'ils onç 
2 fx\ trouuer d'audiêce. Ils font eftat d cn- 
* uiron cin q ces feux,&de troismille per- 
fennesquepeuuétcôtenircesdixbour- 
gades } aufquels lisent propofé & publié 
FEuangile. Maisilcft biendifficileque 
îefonn'en aitretenty dans tout le païs. 
Nous ne faifons toutefois eftat dans no- 
ftrefupputation que de ces trois mille. 

Or les Pères ne voyanspas les çfprks 
affez difpofez 3 les bruits & les frayeurs 
S augmentais îoufïours de plus en plus, 
iugerentà propos de retourner fur leurs 
pas, êc s'en rçuçtyr au premier bçurg de 



€j Relation de h NoumUe Frxncfy 
KandtfchooudetouslesSain&Sj oùik 
fembloient cftrele moins mal venus j & 
là trauaillantà Tinftru&ion deshabitâiis 
du lieu 5 atendre le Printemps que nous 
auiôs arrefté de les renuoïer querir.Mais 
Dieu en difpofa autrement 3 &de leur 
cofté & du noftrc. Car pour eux eftans 
arriuez à my- chemin de leur retour, an 
bourg deTeotongniaton/prnommé de 
S . Guillaumfljla neige furuint en fi gran- 
de quantité 3 qu'il leur fut impoffibled& 
pafler outre. Ce malhcu'r.,s*il le fautain- 
fï appelleront caufe du plus grand -bien* 
& de la plus grande confolation qu'ils 
ayent receu en tout leur voyage. Car 
n'ayanspû fubfifter en aucun lieu er> 
paix & en repos, pour eftudier au moins 
quelque peu le langage du paÏ5 3 & fe ren- 
dre encor plus capables d'agir à laduc- 
nir jilsfc trouuerent dans ce bourg lo- 
gez chez vne hoftelTe , quis'eftudioit de 
leur donner autant de contentement 
que tous les autres par le paffe leur 
auoient donné fuiet de defplaifïr. 

Elleauoitvn foin tout particulier de 
leur faire la meilleure chère quelle poiK 
uoin Et voyant qu'à caufe du Carefme 



de F année 1641. && 

îîsnc mangcoicnt point de chair, donc 
pendant en cette faifon elle auoitabô* 
dance, & de laque lie feule on faifoità 
manger dans fa cabane 5 elleprenoit la 
peinede leur faire. vn potà part,aflki~ 
fonne de poîfïbn , beaucoup meilleur 
qu elle n'eut fait pour elle mefme* Elle 
prenoit vn fingulier plaifir de les inftrui- 
reen lakngue, leur disant fyllabepar 
fyllabelcs mots, comme feroit vn mai- 
lire à yn petit efeolier ; leur di&ant 
mefme des Narrations entières , telles 
qu'ils les;defiroient. Afon exemple les 
petits enfans s qui ailleurs par tout s'en- 
luyoient ou fe cachoient en leur pref en- 
fe,icy àfenuy des vns des autres leur 
rendoient mille bons offices 5 &nefe 
pouuoient laffer de les entretenir,&lcu£ 
donner tout contentement , foit pour la 
langue ,foit pour quoy que ce fuft. 

Ceneft pas tout. Toutes les autres 
cabanes du bourg 5 neceflant décrier 
après elle qu'elle euft à chaffer les Pe- 
resj & àimtimider de tous les malheurs 
dont on les faif oit les porteurs $ ellefe 
mocquoit de tout , & refutoit fi perti- 
nemment toutes les calomnies qu'on 




f$ Relation de U Noutieïïe France 
leur impofoit, qu'elle reconnoiffoit n e- 
ïtre quimpoftures, parce qu'elle voybli 
& remarquoit elle mefrne en leurs façôs 
de faire, que nous neuffibns pu le faire 
pluspertinemmêr. LdrsquequelquVfl 
la fflenaçok de la mort, & de la dcfola- 
tion de iafamiile,qui s'enfuiufoitapreâ 
le départ des Pères , éc ce pour les auoir 
accueillis en fa maifon : ellerepliquoit 
quec'eftcitvnechofeordinaireauxhô- 
mes de mourir, &qu'el le s'y attëdoitbiêi 
mais que ceux quiparloient delaforte; 
eftoiëtceux-li mefmequih vouloient 
cnîorceîer,& faire mourir elle &fes erï- 
Hs.q^aureftcjelîeaimeroitmieuxs'ex- 
pofer & fa famille au danger de la mort^ 
que âcks congédier en vn temps,où ils 
pourroient périr dansles neiges. 

Non feulement elle auoit à refpôdre à 
ceux de dénommais encore à quelques 
vnsde fapropre cabane, quiluyrepro- 
choiententr'autres chofes,quefon pefc 
eftâcforcier, ce neftoitpasmerucillefî 
elle fe pîaifoittantà retirer des forciers, 
mais cela ne l'eflbranloitnon plus que le 

refte.Lespetitsenfâsauoiét d'ordinaire 
des querelles fur ce mefme fuittaue'c 
leurs côpagnôSi iufques àfc battfejjQur 



m 



de Tannée le 4Ï. J$ 

k dfcféfe des PP.Ce qui e(t fur tout cô- 
^ïïderable eft que cette bonefemme ne 
felaffaiamais ny de fouffrirtât d'impor- 
tunitez,ny de côtinuerfonfoiù &'fa bo- 
ue chère enuers ksPeres iufques au iout 
deleurdepart* Lefeul regret qui refta 
aux^eres fe fcparâs d aucc elle, fut de ne 
lui pouuoir encore douer le bié que no$ 
sômes venus apprteraux plus barbares 
de ces côtréesjla difpofîtiô pour ce faire 
n'eftant pas encore fuffifanre. Ils cfperét 
que les bônes prières de ceuxqui entfch • 
dront parler de cette hofpitaîité D ©btiê- 
dront raccompliflement de ce qu'ils 
©ntcômencéà opérer dans fon efprit. 
Le plus grâd dcfplaifîr que receut cete 
fémc 5 fut de ne pouuoir epefeher la vio- 
léce qu'elle voyoit foufrir a ces PP. Vh 
fol de fa cabane fc mit à cracher furie j* 
Chaumonot, à luy déchirer fa (otanc , à 
levouloir brûlera châter tât d 5 iniures ; Se 
â faire tât de tintamares pîufîeurs nuits 
durât, que les PPaie pârét dormir.D au- 
tres venoiét qui leur enîcuoiét en fa pre 
fence par force ce qu'ils auoient de pîos 
jprecieux, & pour toute fatisfadtion ne 
partaient de rien moins que .de les 
brâflfcr* & peUt»;cftrc lWTcnr-ils fait; 






8o MeUtion de U Nouvelle Franc* 

û leurs bons Anges n y éuffentmîs k 

main. 

Le père de celle bonne hofteffe fuiv 
uenant fur la fîn 5 agréa tout ce q%e fa fîl- 
îeauoit fait pour les Pères, & leur tef- 
xnoigna vne fort particulière affection, 
promettant de nous venir voir à noftre 
niaifon. le prie noftre Seigneur que fc* 
pas ne foient pas perdus* 

Ce fut fans doute vneprouidencede 
'Dieu toute fpcciale, que le retardera et 
des Peresen ce lieu: car en vingt* cinq 
iours qu'ils demeurèrent en cette cabar- 
ne, ils eurent le moyen d'ajufter le Di- 
ctionnaire , ôihs Peuples de la langue 
Huronne, à celle de ces Peuples, & fai- 
re vn ouuragequi feul meritoit qu'on 
fîftvn voyage de plusieurs années dans 
le païs : nos Saunages fe plaifans beau- 
coup plus auec eeuxquiparlent leur pro* 
pre langue , quauec ceuxqui n'en font 
qu'approcher 5 qu'ils tiennent iufques 
làpoureftrangers* 

D'autre part nous autres ne reccuans 
icy que rarement de leurs nouuclles$ les 
Hurons àquionconfioit les lettres 5 les 
perdans en chemin ^ ou les iettans par 

malien 




de tannée 1641. St 

înaliceou parcrainte; nouscftlons en 
peine d é ce qui fe paflbit. Ce qui nous 
fïtrefoudre a yenuoyer quelques vas 
qui les accoiupagnaflentà leur retour, 
à quoy s offrirent volontiers nos Chré- 
tiens de la Conception 5 nonobftant 
tous les bruits qui couroient de'cequi 
fe pa(i oit, dont deux accompagnez de 1 
deux de nos domeûfquesfirët le voya- 
ge 5 Et il plt fit à Dieu nous les rendre 
après hui&iouis de chemin & de fati- 
gue dam les bok ? le propre iour de S. 
loleph , } Patron du paiSj encore afFez à 
îépi pour dire la Méfie, qu'ils n auoicn-C 
peu ttirc depuis leur départ* 

Pendant tuutes ces bourafques&: te- 
peftcs,lcs Pères n'ont paslaifle de pour* 
tioir au (alut des petits enfans , vieil- 
lards , & malades qu'ils ont peûabor» 
der,& qY ils en ont trouué capables. En 
tous ces dixhuiit bourgs qu'ils ont vi* 
fîté >Une s'en eil trouué quVn ,fçauoir 
celuy de Khioetoa^furnommédefaint 
Michel 5 qui leur ayt donné l'audien- 
ce que meritoitleur Ambaffade* Dans 
ce bourg s'eft réfugié depuis quelqu.es 
années , pour la crainte de leurs enné^ 

F 



$'% Relation de h Nouuelle France 
mis 3 vne certaine Nation eftrangere* 
qui demeurait au àelàcPÊrie ou delà 
Nadondu chat 3 nommée Avenrehro^ 
non , qui femble n e{fre venue en ces 

quartiers que pour ioiiyr du bonheur de 
cette vifite 5 & y auoir ,efté conduite par 
la prouidenee du bon Pafteur 5 pour y en- 
tendre fa voix. On les a fuffifamment 
înftruits ; mais les Pcres ri ont pâsiuré à 
propos de paffer encore outre à les bap- 
tizer ;le faindÈîprit Fera meurir cette 
f emece qu'on a ietté dedâs leurs cœurs, 
& en fon téps on ira recueillir la moiffon 
qu'on a défia arroufé de tant de fueurs, 
Ceft en cette Nation que les Pères 
firent le premier Baptefme déduites, 
enlaperfonne d'vne bonne vieille^, qui 
auoit défia prefque perdu l'oiiye. Au 
Baptefme de laquelle eft remarquable 
Imeââon d Vne bonne femme dç la 
mefme cabane 3 qui feruit aux Pères de 
truchement , luy déclarant les myfteres 
oç noftre Foy 3 plus clairement & effi- 
cacement ,que les Peresydifent-ils^n a- 
ument fait auparauânt à elle mefme. La 
pauure femme n'eut rien à répliquer, 
finon que pour eftre -défia vieille* elle 



de l'année 16 $\. g| 

âuroit trop de peine d arriuer iufques au 
Gel : en outre qu'elle n'auoit rien dont 
elle peut faire prêtent aux Peres:& qu'il 
eut fallu attédrefesenfans qui eftoient 
à la chafle, afin d'auoir d'eux les habits 
teeceflaires pour té parer. Il fut facile 
de la contenter là defïiis : Scelle fut eiî 
fin heuireufemérit baptizêe. Deux ot^ 
trois autres adultes ont auïïî participe 
au bonheur de cette vifïte : Et quelque 
nombre de petits enfans,quiparaduan- 
te s'en font allez au Ciel.Ëntr autres vn 
petit Huron aagé de deux ans qui eftoic 
pour lors â la Nation Neutre, & fe trou- 
ua malade : il en refehapa pour ce coup, 
mais quelques mois après , retourné 
qu'il fut au païs , il fut tué par les enne- 
mis entre les bras de fà mère. 

Les Pere's ont remarqué en leurs me- 
fnoires, qu'vne des plus fpeciales Pro- 
uidences de Dieu en leur endroit a elle 
qu'on leur eût enuoyé pour les rame- 
ner, yn de nos domeftiques, qui l'année 
pafféefut atteint & gafté de petite vé- 
role. Car les Barbares de ces contrée»? 
le voyantfe defabufôient delà créance 
qù'6ùleuraùo«donn6c a &dâs laquelle 



84 Rd* titjfa de h Nouuellejrance 
ils eltoient > Que nous eftions.des.de~. 
irions iiuraartels^ & mai ftres. des ma- 
ladies , tient .nous difpofions à noftrc 
bon plaifîrypuifque il peu de chofea 
efté capable dç eonpimencer àleu-r de- 
fî.ller les -yeux j lis pourront bien 5 auec 
Ic'tcmps, fedefabufer entièrement, & 
fe rendre 5 enxe.faifaDt ., .plus capables 
'des lumières. & âç% viiuesducïeL Ce- 
pendant nous voyons aiTez que c'eft 
Dieu feuî qui nous a protégez dâs cette 
nation e&rangerç* puifquc mefmé dans 
lesHurons quinous (ont alliez/ouoent 
ony a attenté fur nos vies vVoicy vn ac- 
cident qui eftarriué depuis peu. 

Le Pfcre Jofeph Marie Chaumonot 
retourné de la Nation Nc.utrc 3 fiic quel- 
que temps après donné pour compa- 
gnon au Père Antoine Daniel , qui cô- 
mençolc ch (on. quartier les Mi/ïïon$ 
d'Efté. Arriué qu'ils furent à faind Mi- 
chel , bourg delà Miflïon.<icfa.in& lo- 
feph 5 vn reune efeeruelé, dont le dia- 
ble s'eftoit délia voulu feruir pour plu- 
fieurs autres mef chants coups contre 
nous, prend la refoîiuion d'en tuer vn 
des deux, 11 Ce cachç à cafté d'v&eca- 



de F année têqx. 85 

banc, où les Pères eftoient en vïfirc, 
pourinftruirejdelaquelleeftansfortisil 

prend (on temps , qu'ils auoienticdos 
-tourné j & prenant delà main gauche 
îe chapeau du Père Chaumonot , qui 
marchoitle dernier > luy def charge ds 
ia main droite vh coup de pierre qu il 
tenoit , fur le haut de la telle nu ë* ïe ne 
fçay ce qui empefcha le mal qu'il audit' 
enuie défaire, tant y a que celuy-cy 
s'aperceuant que fon coup ne reùffïl- 
fok pas comme il auoit prétendu 5 Jl 
court à vnehacheJâleue pour la râba- 
tre fur le Perd, Mais dans cet "entre - 
deux, le Père Daniel Ton compagnon^ 
^quelques Huronsaccourent 3 quiar-, 
refëerent Je bra.s & le coup. Vn de ûbil- 
Chreftiens de te bourg, "voyant le Pè- ; 
re Chaumpnot en cet éftat, entreprend 1 ; 
fa cure & fa-guerifon. En effet n ayant I 
trouoé que contùfîdn et trèmeur en là 
partie offenfee , il la fcarlfîe.auecvHC 
pi#rre 5 lafouffle,&rabreuuede failue, 
ptiis il applique dèffus le maftic de cer- 
taines racines , auec quoy il le mit éh 
eftat de ndus reuenif voir le lëdtmën: - 
Quant au meurtrier , la îufticc qui s eu 

f iij 




8 6 Relation de la Nouuelle Frmcf 
enfuiuiï fut 5 que quelques- vçs de fes- 
plus proches ïay dirent qu'il n auoiç 
point cTefprit: Nous fuppiions noitre 
Seigneur de deuenir le Père de ces. pau^. 
ures àueug^s y & qu'ils Foient en fin Tes 
héritiers y nq^coheçitiérs ôç confire^ 
res. 



BE 1^4 MI S SI ON DITE JJ V 

. SainB Ej (prit aux NipiJiirU 

mms k 

Chapitre VIL- 



i 
I i 




\ Es AfKkvanehronons felonnos 
; HuroiiSjOuNipifTiriniens felorç 
\ les Algonquins , font yne Na-«. 
tionde ia langue A|gonquine, qui tient* 
plus des errantes que des fedentaires, 
Ils femblentauoir autant de demeures, 
que l'année a de faifoas : au Printemps 
partie demeurentpour la pefçhe > au ils 
lapenfent meilleure y partie s en va en 
traite à des peuples qui salfembîent au 
puage delà mer du Nort 5 ou glaciale' 



de l'année 164t. §7 

fur laquelle ils voguent dix iours, après 
en auoir fait trente par les riuieres pour 
y arriuer. 

En eftéilsfe raffemblcnt tous y fur le 
paffage des Hurons aux François ^ aii 
bord d'vn grand lac qui porte leur nom 
efloigné de Quebeq enuiron deux cens 
îieuës 5 & de nos Hurons enuiron feptan- 
te 5 de forte que leur demeure principa- 
le eft comme aux deux tiers du chemin 
deC^iiebecq à nos Hurons.' 

Enuiron le milieu de l'Automne ils 
partent pour s aprocher de nos Hurons, 
furies terres defquelsils paffent ordi- 
nairement rhyuer : mais deuant que d'y 
arriuer , ils pefchent du ^oiffon le plus 
qu'ils peuuentV lequel M font fecher: 
c eft la monnoye ordinaire^ de laquelle 
ils acheptent leur principale prouifîon 
de bled^quoy qu'ils viennent garnis de 
toute autre mar chandife, eftans gens ri- 
ches & accommodez. Ils cultiuent 
quelque peu de terre proche de leur de« 
meure d*Efté : mais c'eft plus pour déli- 
ces y & pour manger en verd \ que pour 
en faire mefnage* 

* . £ iiij 



88 Relation de UNouuelle France 

Nos Pere-s de Québec ^ & des Troïs^ 
riuieres > ayans par le paffé heureufe-* 
ment îrauaîlié à la culture de tous les 
peuples errans , qui eftoiepe les plus 
proches d'eux 3 les ayans tantoft tous 
rendus homes &£ Chreftiens 5 ièttoient 
(les yeuxfurcetteNatioi^îaplus proche 
de la dernière qui cfi defcenduë 5 pour 
fe venir habituer proche d'eux Mais 
comme ils ne venoient plus à la Traite, 
à raifon de quelque empêchement 
qu'y mettoient les autres d au -deffous, 
on nef çauoic; comme entamer cette af- 
faire. Lifté pafiFè Dieu eût agréable de 
difpoferlm chofes de la forte 3 qu'ils fc 
refolurent de fonderie gué, & d'en- 
noyer quelque canots à la Traite au^c 
François. Ils y arriuerent heureufe ~ 
nient, fans aucun empefehement 5 & 
ne nepouuoit venir plus à propos pour 
ce que nous prétendions. 

O n tem parle donc, non pa s de quit- 
ter leur païs , &: fe venir ranger proche 
des autres Algonquins défia habituez: 
jnais bien de receuoir auec eux quel- 
ques viisde nos Pères, pour les inurui- 
$$t lis témoignèrent qu% lauoienç 



de Tannerie 41. 89 

fort agréable. Ce qui fit que les Pères 
Claude Fijart, &: Charles Raymbaut, 
partans de là bas pour nous venir affi- 
lier, eurent charge de s'offnt en paf- 
fant 3 à eux. Mais ne les ay ans pas trc%- 
né à leur demeure d'Efté 5 & âyans ap- 
pris qu'ils deuoient venir hyucrnereti 
nos quartiers, ils abordèrent icy 5 fans 
perdre efperance d'y voir ceux pour 
îefquels particulièrement ils eftoient 
enuoyez: 

Ils n'ont pas efté fruftrez de leur at- 
tente. Ces Saunages quelque temps 
après arriuerent , au nombre d'enui- 
ron deux cent cinquante âmes 5 &: pri- 
rent en ce païs vn tel département , 
pour leur 'hyuernemenî ij qu'il fcm.bic 
quecefoitie f ai n'a; Bfprk, & point au- 
tre qui les ayt conduit." 

Ce fut à deux portées d'arquebuze 
denoftremaifon , du mjefmecofté de 
la riuiere , fur laquelle elle eft §mté 7 
qu'ils prirent leur place. C'eftoitiufte- 
ment pour n'auoit l'incommodité dç 
leur voy finage , & pour nen eftre d'ail- 
leurs fi.efloignc2 , que nos Pères ne 
pçufïcnt coflamodementjtous les ioui| ; 









_ 



ÇO Rciation de U Nduuelle France 
les aller trouuer pour les inftruire ; à 
quoy ils n'ont pas manqué. 

Il faut aduoûer que ces fortes de Na- 
tions ont ie ne fçay quelle difpofitioa 
d'cfprit, plus grade pour la femence de 
la Foy que nos Hurons. Les Pères ne 
les eurent pas entretenu quinzeiours, 
! qu'ils s'afïe&ionnerctentierernét à les 
ef coûter : ècn'auoient point plus grand 
contentement que lors qu ont leur fai- 
(oit chanter les grandeurs de Dieu J Ie$ 
articies delà creance&: des Comman- 
demeos. Brcf,il nefepeut rien voir de 
pluscomplaifant, que la façon & ma- 
nière auce laquelle d'abord ils Ce conv 
portentauecies Pères. 
# Le principal Capitaine de cette Na- 
tion nommé fciKafouniir.fît au comme- 
cernent vît çry publics que chacun eût 
à prier p honorer Dieu , de la manière 
que l'enfeignoientles François. 

Les petits ènfans en fuiçte fe mirent 
& s'appliquerei>t de forte àaprendre 
ks premiers principes delà Foy , quen 
peu 4e temps ils s'y tiouuerent nota- 
blement aduancez. ! 
_ lis ne font aucune difficulté de biffer 
inftruire & baptifer leurs malades. 



de tannée J64I. $t 

Voîre mefme quelques vas d'eux con- 
tribuent volontiers à leur inftruction. 
Quelques - vus opt elle baptifez en cet 
citât, £ qui il a pieu Ddeu de rendre la 
fantç. 

Les Pères toutesFois ne fe font point 
encore pu refoudre d'en baptifer aucun 
qui fut en faute, pour iaftance qu'ils 
ay eut fait dei eftre,de(irans vue pluslô- 
gue efpreuuedelcurTefolution & con- 
fiance: & pour ce faire ils ont pris refo- 
iutiondeles fuiure 3 lapart où ils iroient 
refte d'année: Srpar niefrne moyen s ad- 
uancer &fe fortifier toufiours de plus en 
plus en Fvfage de leur lague, qui fe trou- 
ueenplufieurs chofesdiiferentede cel- 
le dont ils ont eu la première teitttu rç i 
auecles Algonquins des quartiers d'en 
bas. Us partirent dicy le huidiefme de 
May, veille dç rAfcenfioa, tous enfern- 
bîw de compagnie , auec efperancedar-* 
riuerà la principale demeure de cette 
Nation à la Pencecofte. Plaife à cet 
adorablp Efprk dont leur Milfion 
porte le nom 3 preadre en ...mcfmè 
temps vue parfaire poffelïion des 
ef pries >: ..& des coeurs de ces panures. 



$% Relation deUNomtelle France 
Peuples , & des îîoftrcs 5 y régner éter- 
nellement, ' 

La commodité quïFy auoit'd*ih- 
ftruirë'IesNipiflîrihiensj à raifon du 
voyfinage, &k bonne difpoficio qu'ils 
faifqient paroiftre à receuoir linitru- 
dion \ fît que dans le peu de temps que 
dure leur hyucrnçment: on ne peut fe 
refoudre de les quitter ,■ pour s appli- 
quer à d autres de mefme langue, qui 
eftoient venus auffi hyuemer dans le 
païs, LePereClaude Pi}art 3 toutefois 
Tifitaquelquesautresendroitsre^lVa 
defquels il trouua bien cinq cens per- 
sonnes afïVmbleès 5 de diuerf es Na- 
tions, aufquellss en paflfant il am ôça le 
Royaume de Dieu, &leur fît chanter 
fes louanges. Prcfque par tout il y 
trouuaquelquepredeftinéj quin'aten- 
doit que fa yifite , pour s'en aller aqi 
Ciel. En voicy vfi exemple afTez re- 
marquable. 

Les Tontthrataronons, Nation AF 
goaquine, hyuernoiént aunordbrfcde 
quinze cabanes, fur les terres delà Mif- 
(ion defainâ: Icaa Baptifte aux Arcn- 
daehronons, LePete Claude Pïjart 



de r année \6^lè 93 

les allant vifîter,y r'eccut route forte de 
bon accueil. Lefoireftant venu, com- 
me ileftoit prés de s'endormir, il en- 
tend vnevoixplaîntiue^ildemâde que 
ceft? onluy ditquec eftoit vne panure 
vieille malade-, qui eftoit en la cabane 
voy fine, qui s'en alîoit mourir Le Perc 
demade à l'allervoir^e chef de la caba- 
ne. Capitaine confiderable^ fe leue 3 & 
allume vniîambeau,ceft à dire vneef- 
corce d arbre : & le Père eftant en pei- 
ne d'eau pour le baptefme, ce Capitai- 
ne luy fait promptement fondre de la 
neige ^le Père entre, in ft ruit cette pau - 
ure créature , l'interroge - elle lay don- 
ne toute fatisfaâion, comme fi elle eût 
eftéinftruite de longue main, il la ba- 
ptife % & vn peu après elle meurt heu- 
reufement. 

Le Pcre trouua en tous ceux qu'il vi- 
(ïra 3 vnefemblable difpofition d'efprity 
à celle qu'il auoittrouué aux Nipifsiri- 
niens^maisbeaucoup meilleure en ceux 
qui auqient le plus fait de voyages,, &c 
hanté dauantage les magazins de nos 
François aux Trois riuieres, & à Que- 
beq depuis quelques années en çà A 




9 1 Relation de h NouueUe France 
Nous verrons ce qiriuec le îép% & aticè 
le renfort que nous efperôs de cfctte là- 
gue; iious pourrons faire dauantage à 
Faduenir.pocr toutes ces pauurcs brebis 
eîrâte^tâtdel'vneque dcl autre lâgue. 
îe ne fçaurois me perfuader qiie le 
manquement du progrès de cette affai- 
re, doiue venir du"cofté dont on- nous 
menacè'f n Françe.qui eftrimpuifTance 
ddfournir aux frais de l'entretien & en- 
treprïfe de tous ces defleinSi Le maiflre 
du banquet qui nous enuoyèpourinui- 
ter & forcer nos eftropiats 5 cTentrer dans 
la fa le du fcfëiri 3 n a que trop de puiflan- 
ce & de fageffe 5 pour nous mainte- 
nir & fouftenir iufques au bout ; & 
iln'eft pas croyable qu'il nous vueil- 
le îàiffcr en fi beau chemin. Parmy 
tant de fainftes &c genereufes antes > qui 
font maintenant en Frarlce 5 quifernblët 
nauoir autre occupation, que de voir où 
& en quoy elles pourrôt employer 5 pour 
îeferuice de Dieu &deleurRedépteuî\; 
& parcemoyensalTeurercepeudebiês 
de la terre , dont la mort ne leur fait que 
trop voir qu'ils n'en peuuent autrement 
auoirquelvfufrui&j quelle apparence 



de V année 1 6^1 k* 

c?e defefperer de voir, deuant que de 
mourir, , cette njaifon fixe de fainâe 
Marie matrice de tous les Millionnaires 
& chacune de ces fept Millions & celles* 
encore qui fuiuront P Dieu aidant > cy 
après eftablies& fondées à perpétuité : 
perticulierement neftantqueftion que 
delà nourriture & entretiê de deux ou- 
uriers Euangeliques en chaqueMiffion. 
Ces Millions portée des titres & d^s nos 
aïTez capables defatisfaire à la deuotion 
de ceox qui en voudraient eftre les Pe< 
£cs:mais fï leur inclinatiô les portoit à les 
dominer autrement, ie ne voy aucune 
loy qui les peut empefeher den efire 
tout enfcriible & les pères & lesparains, 
Le faind Efprit au fam& iour de la des- 
cente duquel ie ferme cette Relation > 
fera le maiftre & le conducteur de cette 
affairpi laquelle auflî bien que toutes les 

autres quiregardent ces contrées, ie ne 
puis allez recommander aux S S priè- 
res & deuotions de ceux qui en auront 
quel^iç cognoiflfance» 







9 S Relation de M Mamelle France 



QVELQVESVNS ONT SGVH<AITT& 

de voir vn ejchœriïiUon de la langue Hu- 
ronnepouren recomoijîre fœconomie <& 
leur façoteàe s'énoncer i ienay pâ choijir 
rien de meilleur quvn des entretins des plus 
ordmaires.qneut auec Dieu fur la fin defcs 
tours ïofeph Chih%atenhy# cebraueChre- 
Jiiendont nous auons fût mention $ on y 
fourra par mefme moyen recognoiftretBf* 
prit de Dieu qui lepouffoit* 

S Seigneur Dieu en fin donc ic. tû 

A chie^endioDitfonné ichien onë- 

connoi5: à 1? honre ■ luurc n auvenant ieteco- 

îcre ytocKti ichien nonhya onen- 

gnois :c'elUoy qaias fait cette terre 

terre: Ifa ichien fateienondi de &a on- 

^uc voila, & re Ciel, que voila : tu nous as 

dechen 3 din de&aaronhiate :ifâ s&vaati- 

fait nous autres quj fonimes appeliez hommes. 

chiae dajon* e avaaîhl. 



Tour atnft comme nous autres 



femmes 



To ichien iottionionhtf a ichien atfaven- 

rrjaiftres du canot que nous auons fait canot , & 

dio de ïa aa&ahonichien., din 

de la cabane que nous auons fait cabane * de mef . 

deanonchiaaa^ânonchichien 3 to ati 




J*è ^ |um maiftre toy quî hèus as crcé 

iuotti delà efaicsendio.de sicyaaticbkil 

C'eftpeu toutesfois que nous fomroes maiftrct 

Ochroniiochicn riendi davavendiô 

die tout ce ras nous auoksj peu de temps feulement 

de ftan ïcftanohapnjïondavaicato 

nous fommcs lei maifh/es du canot que nous anon* 

a^atfendio / de h aayâhoal* 

Fait canot. Se de la cabane que nous auons 

chien , din de anônehia aa^nondïi- 

fait cabane, peu de tempV feulement en fommes/ 

chien, ïondavak x ato atmaendio 

nous les maiftres. Qnantàtoy^our toufionrs , 

icn. Tan de fa aondecbaon 

. u . ttt 9 râs lc maiftr c de noos^qui fom- 

îchieii chievendio ayaton de aionVe 

mes appelï^ hommes: & pendant que Ion eft encore 

aMâtfi:, dind'afïon àondhaL 

en vie, pourroit-on douter quetujn'cn Coiskmziûrc 

aioçhron ati chics endio ? 

& pour lors principalement tu es le raaifhre quand 

to naonoe aat anderasti chie^ endio de 

nous monta, mourir, Toy fcul tomàfait 

aayenhei* Son&aàataKhuondî 

tuesmaiflre parfaitement ,-ffi n'y en a pas aucun 

chicgendio aat H ftatf d^t tfatan 

autreauectoy. Tu es principalement celuy que nous 

tateftu J(k iehieii aat aicfatandihi| 

«icurionicramiirc j tu es principalement ccîuj que nous 

iûichicnaat aieuttndiW 

aetttïonsaïmeri pareeque ceft toy quiescres-puif- 1 







98 Relation deldNouueHè France 

i*nt &vcntàbclmentc'cfttoy aufli qui nous ayftft 

aat attoàin âa ifa ichitn àat sWannort- 

cxtremcment : très- véritablement quant aux autret 

hvc: daaKattoain aa atân d'^at 

qui font hommes , Se auxautr es qui fontdcmonfi* 

norwc, dindVa d'ondâti, 

hy les vns ny les autres ne font poi ht punTans , ny le* 

ftan iefaien deti tchattindayr, enon* 

hommes ny les démons : non non ils ne 

#c dind'ondaîti.-ftanichièa W hat> 

font point pui flans les démons , de plus aufft ils ne 

tïndavr ondarâ, es/a ichien tfe oit * 

nous ayment pas» 

tinnônhtfc. 

G'cft pourquoy maintenant d»vne façon Jjarticulie- 

Ondaié ati nôfthva anderaKti 

xc iè rends grâces, de ce que tu as voulu qu'il me cd- 



atones 



d'iferi 



'ahaiente-* 



gnoiffe» Extrêmement tu nous âyme : en firi 

mi Daat anderaKti SK^anRQè'ë: onnë 

maintenant ie me confacre à toy rrioy que 

cliknnon^a onataan^as de KÏi&- 

voic^ * en fin maintenant ie te fails rnon maiftre tu es 

honr.orine ichië norihyâ dnycndioftî da- 

principalemcnt le maigre de moy quç voicy ordonne 

aie cbieilendio dcK'iEhonfcn^ 

feukmtnt de ni^y que Voicy : n importe que lé 

dionranitochdek'iiithon : ôiané to de 

ioiiffrs U je pénferay feulement , il y 

catonnhontaionajCerhoîiitoehicn ehë* 

aduifera feulement le maiftre aafolu de moy 

4ào&ràaa itoehien daak ay endio de **ii* 



rçue voîcy. Toy tu nous as' tous pour créa- 

îçhon. I fa ichicn averti SK^aata^an 

tures en uoftre famille: encore bien q^e 

davah^atfî^: avanchkran ishien d c 

ie n'y fades prefent , & quelque accident nous arriuaft 

çeikhontak* ch|a ftaaonata&aa 

en imftre famille , ie penferay feulement, celuy là vôîS 

d a^ahvatfïa, eerhori itoerhié , tehaagnea 

qui principalemcnt*nous a pour créatures s 

iehicii daak fonaata^an aa \ 

mais pour moyie ne fuis rien du tout > quand hiea 

tannendj, ftanichiçrve&tcen, de tç 

i'yeuflesefté nouobftant nous fufïions morts, 

ikhontak^ aontkhicnaia^çnhçqnnçnj 

quand bien iy euffes efte. Voila donc que graft* 

de te ikhontaç. Qnnc ichkn andc- 

dément ie remercie ! voila quçie te cognois 

rafctiatoncs aa J jOnne ichien j onentere 

pour ce qui regarde tes dcfTcins : ie ne veux pas ion- 

ftaat ife»dionr«tenaa:tc^aftatoaçn- 

g fr fî en noftre famille il arriuera quel-* 

dionra^mon Cauah^afia tca«anic: 

que chofe : ie penferay feulement , i il y aduifera 

çcrhonjtQchien , ehendioijian 

Dieu qui nous aime /foitquM ait dcfTein qu'ils 

de DiHfqiH^nhtfc :din d'elle rhpnahât- 

deuiennent pauures en leur famille : ie penferay feule- 

tieflaha to d attwatiia : : eerhon ito- 

ment voila le deflein de Dieu qui 

chien kond'ihondionryrende Diou fo- 

nous ay me .• foit qu'il ait deffein que celuy. là f©it 

Mfinoflhyc i din d'eherhon ahoiri*ane? 



|0O É.eUtionèeh N^otmeÏÏçFmncil 

riche : ic penferay fedement ie ne fçs?y ce que pre- 

|ia fen % cet bon itochien ftan ne ifaerhai 

tend Dieu : i'eti feray d'autant plus en crainte , & 

de Diou t anderakticatandihi > ça<: 

prendraygarde à la façon que ie vis : il eft 

îejienftà itochfcn Yiondhai i akief- 

t>îenaifé ^ue les riches foient pécheur* t 

fen itochien d aorrihouanderafKÔ dao- 

parce que fans çjé'on s'en apperçoiue : voila 

kiVanne | aerhpntegahentt ^ orme 

auflî toft le diable qui les accompagne Helas ! c'eft 

ichien oki hitfci. O ! oneb 

en vain que font les glo deux quelques hommes qui 

ûtochjicn attinaendae non^e d Va on- 

£bnt riches .• non afïeurement nous ne 

daie dondakiouane t ô ichien te onata- 

nottsentrefurpaflbns pas foit riches foit pauures 

sçejbkfchegnonch deendàkfoârdin d 5 ^- 

Tu nous ayme..cga.lcmeut & les, 

effas. Chia te sk&aynonh#e iGhieti^a^ 

pauures & les riches. O que c'eft donc à la bonne. 

^aota din d^oki&ane. O outoekti 

heure qu'en fin ie re cognois en tes d eflèins toy 

onneonentere tifendionryten de 

^l nous aime Dieu ; d'autant pîusiere- 

xkouannonhowe de Diy,- anderasti ato- 

xnercic , d'autant plus ic m'abandonne à toy 

nés y anderakti ichien omtonchiens 

jnoyquèvoicy me voila maintenant que iç : 

çk'iikhpn, onne ichien nonhoua aak- 

Secoue de moy tout ce que nous e Primons 

Ihiatehoue on'ftan iefta a^andoronkoua 



dclUnnéeléqt, î$j 

pendant que nous viuçns .' en fin donc ie àW-fais plus 

d'aflbn aiond'hay : onncichiea tesitati~ 

deftat # toyfeulvniquement difpofe de moy 

doron,fonh*a to hara fendionran de 

que voicy qui en es le maiftre. 

Ic'iiKhon daat chieouendio aa. 

C'eut efté beaucoup feulement que tu eufFes voulu 

AioutektiK ichien de te \{cïmtti 

quelcsiiomraesfoieur/ nonobftant on de» 

on* e ichien aionton, oont ichien aion - 

uroit t'en remercier il y auroit encore beaucoup danc 

•ones ae^ancichiçn ai&~ 

on iouyroit fur la terre de routes 

tcnhnrakvatdcK'ondechcniacn de Ri 

leschofesquetunousaslaiflees: mais de plus en cela 

iefta skvaentandi : onek ichië ko- 

grandement tu nous as obligé j que tu as vou- 

daieanderâfctislc^atharatâdiid'iferi y 

h, qu'ils aillent au ci el quad ils mou*- 

aronhiaiekhienahendeta de hendi«* 

ront, là où à iamais ils vi. 

hei toati de aondechahaon ichîen de ta 

uronr. le ne veux pas maintenant examiner ce que 

^otidhei.Tc^aftatonoh^aaatorettaftaac 

c^eft véritablement du Paradis ie prefumerois 

ioKÎrren dearonhiae 3 anacndaek 

yar otop de moy lî ie penfois , / que ie recfcrrh? ce que 

Jtochiendeçrhai, taiatorettaj 

$*en cft3 aufîî bien ie ne fuis rien cela feul me 

onek inde cate ondaie ichîen aï». 

4euroit fu^fit de ce que ie fçay ce que ceft de tes corn- 

|oék%deerfiyatere ti chie^ea- 




EO* Relation de h NouucGe France 

f&andemens. En fin voila .que maintenant ie cro f 

dacea. Onne ichien nonfera rihviofta 

& tout de bon : il n'y à rien du tout dont ie ; 

daak attoain aa : ftan ichien agnaktan ta 

doute aucunement, car tu n ^ 

te^endiomhatandik^oiiekindete 

point menteur^ m dis toufîours lamenté 

chicndachi^anc ara ko ti ç&ncicmfa 

quoyquetudife: cela ' mefufnt, que tu aye* 

do ftan chihon : ondaic is en ta 5 çliïcti 

dit : ie ne vous refuferay rien dans le ciel ,, 

ftan tc^anonftatlndihai de aronhaic^ 

parce que quoy q U e ce fait net'eft di^ciïc]. 

anckfrufc ftan iefta te fatsndoronkyan- 

fi. [de plus - tu nous aime, Yoila le fujer 

diK^evaiiliïén skyarçno^e. Kqndaje né- 

ée mon ciperanec ta parole, N'eft 

akhrendaentak^a ti chie^end^tea Qi* 

il pas donc yray que nous deuons plus faire de difficui* 

ichien teskandorQnatçoain f 

té de loufFrir pendant noftre vie : voil^ 

a^atonnhontaiona afîbn aiondhai: Konn 

ce qui en arnucra : d'autant plus nous en tirc- 

daieechaaawnk .* eaanç çafcateng- 

rons de profit dans le ciel: outre que on eft 

nrak^at carchaie; eya ichien tetfax)»- 

inoins tenant de fa vie quand on cft dans l'afflidiorç 

lîonftc d'aoiidhaidaotetfîrati. 

Ah ! véritablement ce n'eft plus me chofç \ crainte 

Ou [ichien téSKandaron 

qqelamort, c'eft pour néant que nontcraigpQns t 

4? cnheo*ijonek atooljien ti aa atandi^ 



r ' delUnnée 164t. 1 ÎOJ 

C fort de mourir pendant que nous vivions? véritable- 

deenhcpntanon adiôdhanô ichié 

tnent nous n*auons point d'efprit , en mefmc temps 

tfeoncdiontr cohaonoc ichic 

qu'au ciel on va lors que Ton meurt , en mef~ 

fcronhiae haient d'dîina aihei 3 to hao- 

mc temps precifement on eft heureux au ciel. 

noc aat aionkuafta dearôhiac; 

Nous fommes femblables à ceux qui vont en traite * 

Toitochien iotti d aononches > 

pendant que no-us viuons:iîs foufFrcnt continuellement 

dafibft aiondhai: te hôtonhontaïonaeh 

ceux qui vont en traite / ie vous Iaifïc à penfer 

ichien d onnonches : aioehron ati 

ïî on Ce refioiiit, quand on eft fur le retour : on pente 

aontones, onne tfaoonhaKC : aenrhai 

feulement voila que nous allons arriuer, nous voicy au 

ïtochtcnonnetfonaorjhaK> onne a&é- 

bout de nos 1 fouffrances : de mefmC 

dionhianonatonnhontaionan: to ati 

en dcuroitilarriuer lors que l'on eft fur le poind de 

naiaMnk don' ontaiheonche, 

mourir, on denroit ^>ertfer feulement tout maintenant 

aiaenihoii itochien onmoat 

ie feray au bout de me peines. Voila 

cendiorihia d atonciiontaiona^i. Kori- 

mon fentiment Seigneur 

daicncndih&aendionrvten de chfcerw 

Dieu : enfin donc ie ne crains plus la mort, 

jdio Diy s onne ichien tcSKatâdijc enjieô 

ic me refïoiiiray quand ie feray fur re pomd de 

eatoncsichien dcK'ihconchc, 



tè4 Relation de U Nmuelle îr&nté 

mourir. le ne veux pas m'afHiger m 9 at* 

Tc^aftatoeatonhontaïona eva- 

triftant pour la mort de quelqu'vn de mes 

endionrachenKde eatKiDidc&ennÔhoKi 

proches, ic penferay feulement, il en difpolc 

cerBonitochien^hcndionran de 

Dieu, il aura ddfeîii qu'ils partent, qu'en Pa- 

Div, ehe* hôn ichien aionraSK^a, aron- 

radis ils aillent , & pourmoy ie penferay feu- 

hiae ichien haient, endi- de eerlio ichié* 

Icnicnt, grandement il les aime , puis qu'il a voulu 

anderakti faonnqnhve , defaayefi, 

qu'ils partent, & que parfaitement ils fôient heurejuu 

ahonra^&^a^andcraâi ahonKvaïtâ* 



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